
Maximilien Robespierre (Image par Vizetelly de Pixabay)
Nous avons le plaisir de présenter à nos lecteurs un article encyclopédique consacré au chants révolutionnaires.
Certains sont connus des français, au moins partiellement, mais très peu de gens savent dans quel contexte et pour quelles causes ces chants ont été, composés, diffusés, remaniés.
Ainsi, le chant quasi-universellement connu « La Marseillaise », n’est pas un chant révolutionnaire mais un chant de marche. Beaucoup le croient composé à Marseille et /ou par des Marseillais, mais il a été composé pour les paroles et la musique par Rouget de Lisle, un jeune officier. Celui-ci le chante pour la première fois à Strasbourg en 1792…
Quelques uns de ces chants continuent à être chantés collectivement lors de manifestations ou d’assemblées syndicales ou politiques…
Dominique SENAC, historien, a consacré dans son travail solidement documenté sur l’histoire du monde ouvrier, un chapitre important sur ces chants révolutionnaires du 19éme au 20émé siècle. C’est ce travail, illustré de différentes reproductions de tableaux, dessins, gravures, partitions musicales et affiches, que nous avons le plaisir de vous présenter ci-dessous.
La rédaction du Clairon le 20/10/2024

combat de rue (AI gen Image par Robert Krasiuk de Pixabay)
Histoire du Mouvement Ouvrier
La première insurrection des Canuts
La crise économique sévit en France depuis 1827. Les canuts (6000 artisans tisseurs de soie lyonnais qui emploient 30 000 ouvriers) ont réduit leur production durant de longs mois. Il fallait pourtant entretenir les métiers à tisser et payer compagnons et apprentis. Les salaires se sont effondrés. Pour beaucoup c’est la misère. En 1831, malgré la reprise de l’activité et des journées de travail de 14 à 18 heures, les 1400 « soyeux » (banquiers-négociants – donneurs d’ordre, aussi appelés « fabricants ») refusent d’augmenter les salaires… Le 18 octobre 1831, une délégation de canuts rencontre le préfet du Rhône et des représentants des soyeux.
On est alors au temps du « socialisme utopique ». Le mode de production capitaliste, la grande industrie, sont encore relativement peu développés en Angleterre et presque complètement inexistants en France. Lyon est alors l’exception.
Les contradictions, les conflits en résultant, ne sont encore qu’en devenir. Ces conditions ne permettent pas de comprendre la nature et les causes des problèmes sociaux et encore moins d’y remédier. Des humanistes, des philanthropes (Saint-Simon, Cabet, Leroux, Fourier…), s’efforcent d’élaborer des systèmes idéaux, issus de leur cerveau, censés supprimer l’injustice et la misère qui accablent les travailleurs. Ces idées nouvelles se répandent parmi les ouvriers. Tantôt tolérées, tantôt réprimées pour cause de loi Le Chapelier de 1791, les sociétés de secours mutuel, produit du compagnonnage, deviennent parfois le paravent d’embryons d’organisations ouvrières clandestines : les Sociétés de Résistance ouvrière ou « Résistances » qui luttent pour des améliorations de salaire et de conditions de travail. Les Canuts ont créé leur Société secrète de Résistance : le Devoir mutuel.
Le 26 octobre, les canuts obtiennent le tarif (prix minimum garanti de la façon). Mais 104 soyeux, invoquant la loi Le Chapelier, refusent de l’appliquer. Le 21 novembre, les canuts cessent le travail. La grève est générale. Ils descendent de la Croix-Rousse en manifestation. La Garde nationale tente de leur barrer la route et tire sans sommation. Il y a des morts. Les canuts s’arment, des barricades sont édifiées. Sur leur drapeau noir figure la devise « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Les ouvriers d’autres corps de métiers (notamment les maçons) se joignent aux canuts. Le 23 novembre, ils sont maîtres de Lyon. Ils veillent à ce qu’il n’y ait aucun pillage. La plupart des ouvriers, croyant le tarif acquit, reprennent le travail la semaine suivante. Le 3 décembre, une armée de 20 000 hommes, conduite par le duc d’Orléans [1810-1842] et le général Soult [1769-1851], reprend la ville. 90 ouvriers sont arrêtés, 11 sont poursuivis en justice (Ils seront acquittés à Riom en juin 1832). Malgré son échec immédiat, la révolte des canuts a un retentissement international. Le ministre-banquier Casimir-Périer [1777-1832] déclare avec suffisance : « Il faut que les ouvriers sachent bien qu’il n’y a de remèdes pour eux que la patience et la résignation. »
Le 2 février 1832, Auguste Blanqui [1805-1881] prononce ce discours devant la Société des amis du peuple :
« Il ne faut pas dissimuler qu’il y a guerre à mort entre les classes qui composent la nation. Cette vérité étant bien reconnue, le parti vraiment national, celui auquel les patriotes doivent se rallier, c’est le parti des masses. […] Telle est donc la situation des partis immédiatement après la révolution de juillet. La haute classe est écrasée. La classe moyenne qui s’est cachée pendant le combat et qui l’a désapprouvé, montrant autant d’habileté qu’elle avait montré de prudence, a escamoté le fruit de la victoire remportée malgré elle. Le peuple, qui a tout fait, reste zéro comme devant. Mais un fait terrible s’est accompli. Le peuple est entré brusquement comme un coup de tonnerre sur la scène politique qu’il a enlevée d’assaut, et, bien que chassé presque au même instant, il n’en a pas moins fait acte de maître, il a repris sa démission. C’est désormais entre la classe moyenne et lui que va se livrer une guerre acharnée. Ce n’est plus entre les hautes classes et les bourgeois, ceux-ci auront même besoin d’appeler à leur aide leurs anciens ennemis pour mieux lui résister. En effet, la bourgeoisie n’a pas longtemps dissimulé sa haine contre le peuple. »
En avril 1834 une nouvelle révolte des canuts est écrasée dans le sang…

Plaque commémorative de l’insurrection des canuts
(Mairie du IVe Arrondissement de Lyon).

Histoire du Mouvement Ouvrier
Le 27 janvier 1848, le perspicace vicomte Alexis de Tocqueville [1805-1859] alerte la chambre des députés :
« Regardez ce qui se passe au sein de ces classes ouvrières […]. Ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques sont devenues sociales ? N’écoutez-vous pas ce qui se dit tous les jours dans leur sein ? […] que la division des biens faite jusqu’à présent dans le monde est injuste, que la propriété repose sur des bases qui ne sont pas des bases équitables ? […] et ne pensez-vous pas que lorsque de telles opinions prennent racine, quand elles se répandent d’une manière presque générale, que, quand elles descendent profondément dans les masses, qu’elles doivent amener tôt ou tard les révolutions les plus redoutables ? Telle est, Messieurs, ma conviction profonde : je crois que nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan […] »
La révolution chasse Louis-Philippe qui abdique le 24 février 1848 et fuit. Le lendemain, les ouvriers exigent du gouvernement provisoire qu’il proclame la République. Alphonse de Lamartine [1790-1869] refuse le drapeau rouge des ouvriers et impose le maintien du drapeau tricolore. Au même moment, Karl Marx [1818-1883] et Friedrich Engels [1820-1895] publient Le Manifeste du parti communiste qui constate :
« La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale, n’a pas aboli les antagonismes de classes. Elle n’a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d’oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d’autrefois. Cependant le caractère distinctif de notre époque, de l’époque de la bourgeoisie, est d’avoir simplifié les antagonismes de classes. La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat ». Il se conclut par cette adresse aux travailleurs : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ».
La IIe République apporte le suffrage universel masculin, l’abolition de l’esclavage, et des flots d’illusions : c’est une République bourgeoise. Durant tout le mois de mars des assemblées, des meetings, de plusieurs centaines, parfois plusieurs milliers, d’ouvriers, occupent divers lieux dont les places publiques de la capitale. Ils y discutent essentiellement de leurs intérêts matériels et moraux, de la formulation de revendications que des délégations portent au gouvernement. Chaque corps d’état organise sa propre réunion et élit ses délégués. Les organisations ouvrières, jusqu’alors secrètes, sont légalisées. Les corps d’état créent leur Association, leur « corporation ouvrière ». Certaines reproduisent les formes traditionnelles héritées des Devoirs, mais d’autres sont déjà des « prototypes » d’organisations syndicales (Rémi Gossez). Le calme, la discipline et la détermination de la puissante manifestation pacifique de 200 000 ouvriers défilant à Paris le 17 mars, ont terrifié la bourgeoisie. Pendant 20 jours, Limoges (« La Rome du socialisme » selon l’expression de Pauline Roland [1805-1852]) a été administrée par un pouvoir ouvrier, avant que l’Armée ne rétablisse « l’ordre ». La bourgeoisie massacre à Rouen, complote et manoeuvre à Paris. Le brutal dénouement survient en juin. La fermeture des Ateliers nationaux pousse les ouvriers à la révolte. Le 23 juin 1848, des barricades sont dressées dans les quartiers populaires de Paris. Le général Cavaignac [1802-1854] dirige la féroce répression qui s’ensuit (5000 ouvriers tués dans les combats et 1500 fusillés ultérieurement). C’est la plus effroyable clarification des rapports réels entre les classes. La République sans républicains est balayée par le coup d’État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte…



Histoire du Mouvement Ouvrier
révolution-(Image par Clker-Free-Vector-Images de Pixabay)
Après le désastre de Sedan, l’Empire s’est effondré. La République a été proclamée le 4 septembre 1870 à Paris ; le IIe Reich allemand, le 18 janvier 1871, dans la Galerie des Glaces à Versailles. L’armistice du 28 janvier 1871 met fin à la guerre franco-prussienne. La France est occupée et amputée de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. Elle doit payer une indemnité de guerre. Les élections législatives du 8 février sont remportées par les monarchistes. Mais ils ne peuvent restaurer la monarchie car ils sont divisés entre « légitimistes » et « orléanistes », Adolphe Thiers [1797-1877], est désigné comme chef du pouvoir exécutif de la République française.
Le 18 mars 1871, sur ordre de Thiers, l’armée tente de saisir les canons de la Garde nationale, payés par souscription populaire pendant la guerre franco-prussienne et le siège de Paris. La population s’y oppose. C’est un échec. Thiers et les bourgeois des beaux quartiers fuient à Versailles. Le pouvoir vient de passer au prolétariat sans qu’il l’ait cherché. Les communards n’y étaient pas préparés. Néanmoins, pendant 72 jours, la Commune de Paris, obligée de consacrer l’essentiel de ses forces à combattre pour se défendre contre les Versaillais, va tenter, avec peu de moyens et beaucoup d’amateurisme, de confusion, d’improvisations, et d’erreurs, de répondre aux besoins de la population parisienne. Les Communards ont osé monter à l’assaut du Ciel ! (Marx) Dans la préface de La guerre civile en France, Friedrich Engels note cependant : « Le plus difficile à saisir est certainement le saint respect avec lequel on s’arrêta devant les portes de la Banque de France. Ce fut d’ailleurs une lourde faute politique. La Banque aux mains de la Commune, cela valait mieux que dix mille otages. Cela signifiait toute la bourgeoisie française faisant pression sur le gouvernement de Versailles pour conclure la paix avec la Commune. »
Affiche de la Commune de Paris N° 170 du 19 avril 1871 – Déclaration au Peuple Français (Source : argonnaute.parisnanterre.fr)
Histoire du Mouvement Ouvrier
La semaine sanglante
(Paroles : Jean-Baptiste Clément, 1871 – Musique : Pierre Dupond– 1849)


affiche en référence à la Commune (Image par Clker-Free-Vector-Images de Pixabay)

On ne connaît pas le nombre exact de victimes de la Semaine sanglante. Selon une estimation, il y aurait eu 4000 Parisiens tués au combat, environ 20 000 personnes exécutées sommairement. Un charnier de 800 communards n’a été découvert qu’en 1897 dans le quartier Charonne. Selon le rapport Appert 46 835 personnes ont été arrêtées. Vingt-six Conseils de guerre à la justice expéditive, ont prononcé 10137 condamnations dont 270 peines de mort. La presse réactionnaire a forgé la légende noire de la Commune et des Communards, notamment le mythe des « pétroleuses ». 20 000 Fédérés survivants, extraits de leurs geôles, ont été délibérément transportés dans des conditions inhumaines, dans des wagons à bestiaux, à destination de Fort Boyard, des pontons, ou des geôles des forts militaires de la côte atlantique.
Les départements les plus durement touchés par la répression sont, par ordre décroissant : la Seine : 8938 arrestations, la Seine et Oise : 1267 arrestations, la Creuse : 953 arrestations. Au total 1334 maçons de la Creuse ne reverront jamais leur village : tués au combat, fusillés, incarcérés, déportés au bagne …
Après l’écrasement de la Commune de Paris, le mouvement ouvrier français est décapité et va mettre des années à se relever. Les militants qui ont réussi à échapper à la mort et aux arrestations, fuient ou se cachent en attendant le moment propice pour partir en exil à l’étranger. Néanmoins, dès 1871, quelques syndicats se réorganisent dans la clandestinité. Six ans plus tard, en octobre 1876, un congrès corporatif est autorisé, rue d’Arras à Paris. Les 360 délégués, représentant 72 chambres syndicales parisiennes et 16 provinciales, écartent toute discussion à caractère politique par crainte de la répression. On ne discute que des questions économiques. L’épreuve de la Commune a aiguisé les profonds désaccords entre communistes et anarchistes. L’AIT n’y survit pas. Elle est dissoute lors d’une conférence à Philadelphie en juillet 1876. La première loi d’amnistie des Communards est votée le 3 mars 1879.


C’était hier, samedi, jour de paye,
Et le soleil se levait sur nos fronts J’avais déjà vidé plus d’une bouteille,
Si bien que je m’avais jamais trouvé si rond.
Voilà la bourgeoise qui rapplique devant le zingue:
« Feignant, qu’elle dit, t’as donc lâché le turbin ? » µ
« Oui, que je réponds, car je vais au métingue,
Au grand métingue du Métropolitain ! »
Les citoyens, dans un élan sublime, Étaient venus guidés par la raison.
À la porte, on donnait vingt-cinq centimes
Pour soutenir les grèves de Vierzon.
Bref, à part quatre municipaux qui chlinguent
Et trois sergots déguisés en pékins,
J’ai jamais vu de plus chouette métingue, µ
Que le métingue du Métropolitain !
Y avait Basly, le mineur indomptable,
Camélinat, l’orgueille du pays.
Ils sont grimpés tous deux sur une table,
Pour mettre la question sur le tapis.
Mais, tout à coup, on entend du bastringue ;
C’est un mouchard qui veut faire le malin !
Il est venu pour troubler le métingue,
Le grand métingue du Métropolitain !
Moi je tombe dessus, et pendant qu’il proteste,
D’un grand coup de poing, j’y renfonce son chapeau.
Il déguerpit sans demander son reste,
En faisant signe aux quatre municipaux
À la faveur de c’que j’étais brind’zingue,
On m’a conduit jusqu’au poste voisin
Et c’est comme ça qu’a fini le métingue,
Le grand métingue du Métropolitain !
Morale :
Peuple français, la Bastille est détruite,
Et y a z’encor des cachots pour tes fils !
Souviens-toi des géants de quarante-huit
Qu’étaient plus grands que ceusses d’au jour d’aujourd’hui,
Car c’est toujours le pauvre ouverrier qui trinque,
Même qu’on le fourre au violon pour un rien.
C’était tout de même un bien chouette métingue,
Que le métingue du Métropolitain !
Le Congrès ouvrier de Lyon d’octobre 1886 fonde la Fédération Nationale des Syndicats (FNS). C’est un progrès considérable. Dans les années 1890, des Bourses du Travail ouvrent dans plusieurs grandes villes. Elles accueillent les syndicats d’une même localité. Grâce aux subventions municipales, les Bourses du Travail disposent de moyens matériels et financiers beaucoup plus importants que les Chambres syndicales et les Fédérations de Métier de la FNS. Mais les Bourses du Travail doivent aussi lutter pour préserver leur indépendance à l’égard des municipalités. En février 1892, à Saint-Etienne, 15 Bourses réunies en Congrès, fondent la Fédération nationale des Bourses du Travail de France et des colonies (FNB). Les deux organisations sont rivales.
L’unité de la classe ouvrière organisée devient un enjeu majeur. La Confédération Générale du Travail (CGT) est fondée par le Congrès, réuni du 23 au 28 septembre 1895, à Limoges. Mais tout reste à faire : la Confédération est très mal organisée, son existence même est précaire, ses moyens et son action, très limités. Ce n’est qu’au Congrès de Montpellier de 1902 que sera réalisée l’unité organique tant recherchée et que des statuts plus rationnels seront adoptés….
Sous la pression du mouvement ouvrier, l’idée de législations sociales et d’une réglementation internationale du travail fait son chemin en Europe. En France, la loi du 2 novembre 1892 limite à 10 heures par jour le travail des enfants de moins de seize ans. Elle interdit le travail des enfants de moins de 13 ans, le travail de nuit des enfants de moins de dix-huit ans, des filles mineures et des femmes dans l’industrie.
La grève insurrectionnelle de Limoges
En février 1905, à Limoges, ouvriers et ouvrières de la chaussure ont fait grève pour des augmentations de salaires mais aussi pour exiger le renvoi du directeur tyrannique et pervers, instituant un véritable droit de cuissage dans l’entreprise. La grève a été victorieuse. Le 27 mars 1905 les porcelainiers grévistes de l’usine de Théodore Haviland [1842-1919] obtiennent la réintégration de trois ouvriers licenciés. Mais le conflit gagne l’usine de son frère, Charles Haviland [1839-1921]. Les ouvriers exigent le renvoi du contremaître Penaud dont l’autoritarisme et le comportement révoltant à l’égard des ouvrières sont connus et dénoncés en vain depuis longtemps. Les patrons ripostent par un lock-out général à partir du 13 avril.
Le 14 avril, 1200 ouvriers forcent les portes de l’usine Haviland, incendient l’automobile de Théodore Haviland. 500 ouvriers font le tour des fabriques et débusquent les Jaunes. Un premier accrochage a lieu Route d’Aixe avec un peloton du 20e chasseur qui attend les ouvriers, sabre au clair. Des barricades sont dressées. Deux armureries sont pillées. Des arrestations suivent. Le 17 avril, à l’issue d’un meeting à la Bourse du Travail à l’initiative de la CGT, un cortège se rend à la préfecture pour exiger la libération des ouvriers arrêtés. Le préfet refuse. Le maire socialiste Emile Labussière [1853-1924] condamne le lock-out qu’il qualifie de « pacte de famine ». Il tente une démarche qui échoue. Alors, la foule envahit le champ de foire et défonce la porte de la prison. Les dragons chargent. Les ouvriers se réfugient dans les jardins d’Orsay en surplomb du champ de foire. De nouvelles barricades sont édifiées. Une grêle de pierres s’abat sur les cavaliers. Mais une heure plus tard, une compagnie d’infanterie arrivée en renfort, ouvre le feu et prend d’assaut les barricades. Plusieurs corps gisent sur le sol. La plupart ne sont que blessés et choqués. Camille Vardel [1883-1905], 19 ans a été tué, atteint par une balle. Toute la presse française et étrangère rend compte des événements de Limoges, « La ville rouge ». Le 20 avril, 30 000 personnes sont présentes aux obsèques de Vardel. Le secrétaire de la CGT déclare : « Nous voulons que, dans nos ateliers, on respecte nos femmes et nos enfants » Daté du même jour, un communiqué du Comité confédéral de la CGT indique : « Le conflit actuel a eu pour origine les actes immondes d’un contremaître, soutenu par tous les patrons porcelainiers. Le Comité confédéral souligne que c’est pour protéger ce pourceau que l’armée a été lancée par le gouvernement contre les travailleurs limousins. ». Les ouvriers des usines Haviland reprennent le travail ; l’armée quitte la ville. Le 26 avril, toutes les usines rouvrent leurs portes.
Le Congrès ouvrier réuni salle du Globe à Paris, du 23 au 25 avril 1905, fonde le Parti socialiste-Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Sa déclaration de principe proclame : « 1°) Le parti socialiste est un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange, c’est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste, et pour moyen l’organisation économique et politique du prolétariat. Par son but, par son idéal, par les moyens qu’il emploie, le parti socialiste, tout en poursuivant la réalisation des réformes immédiates revendiquées par la classe ouvrière, n’est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte de classe et de révolution ».

Le 12 mai 1905, plus de 44 000 ouvriers du textile de la région d’Ivanovo-Voznessensk, à 250 km au Nord-Est de Moscou, inventent dans le feu de l’action une nouvelle forme d’organisation : ils constituent le premier « soviet » (Conseil des délégués ouvriers) de l’Histoire. Il se réunit pendant 72 jours, dirige la grève. Des soviets se constituent dans 58 villes. Trotski [1879-1940], rentré d’exil en février, co-préside pendant 7 semaines, le soviet de Saint-Pétersbourg. Le 17 octobre, Nicolas II accorde un parlement élu : « la Douma » et une amnistie des condamnés politiques. Les exilés rentrent en Russie. Le 9 novembre, Lénine [1870-1924] arrive à Saint-Pétersbourg.


Le 19 juin, les arrestations commencent au petit matin. A Narbonne, les dragons tirent sur la foule. Il y a deux morts le 19 et 4 autres le 20 juin dont une jeune fille de 20 ans : Julie Bourrel dit « Cécile ». Dans la soirée, la nouvelle de la fusillade parvient à Agde. 500 soldats du 17e Régiment d’Infanterie se mutinent, pillent l’armurerie et marchent de nuit jusqu’à Béziers où ils arrivent le lendemain et fraternisent avec la population. Clémenceau ordonne de faire cesser la mutinerie dans la journée. Après négociation et la garantie qu’il n’y aura ni sanction, ni poursuite, les soldats du 17e RI rentrent à Agde par le train le 22 juin. Le régiment est envoyé à Gafsa en Tunisie.

L’Industrial Workers of the World (IWW) est un syndicat américain fondé à Chicago en 1905. Ses militants ont adopté les principes et les pratiques du syndicalisme révolutionnaire. C’est la seule organisation ouvrière américaine à s’être opposée à l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917.
Le mouvement ouvrier dans la guerre
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soldats 14_18 (Image par Grégory ROOSE de Pixabay)


Montéhus pensait-il vraiment à un lieu réel ou à des faits précis, lorsqu’il a écrit La Butte rouge ? Difficile de trancher. Polémiquer sur la localisation de la « Butte rouge » n’a guère de sens, tant la part d’imaginaire est évidente dans les paroles de la chanson.
Butte de Warlencourt près de Bapaume dans le Pas-de-Calais ou Butte Bapaume près du village de Berzieux dans La Marne ? Peut-être…
Mais là s’arrête la vraisemblance. En 1923, date de création de la chanson, il n’aurait pas été envisageable de faire pousser de la vigne sur la Butte rouge. Y faire des vendanges aurait été, par conséquent, complètement impossible.
Les sols des sites où se sont déroulés les plus intenses combats de la Grande Guerre 1914-1918 étaient extrêmement pollués par toutes sortes de débris, et d’engins dangereux enfouis. 110 ans plus tard, certains sites, classés en « zone rouge » regorgent encore d’obus, de grenades et autres munitions actives non neutralisés et de diverses substances toxiques. En admettant même qu’un viticulteur téméraire s’y soit aventuré et qu’il ait tenté de faire pousser de la vigne sur la « Butte rouge », Au plus tôt, il aurait planté ses ceps en mars 1919 puisque la guerre s’est achevée le 11 novembre 1918. Or, il faut en moyenne 4 ans dans les conditions les plus favorables entre la plantation d’un cep et la première vendange…
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La Grande guerre finit le 11 novembre 1918 à 11 heures. Le bilan est terrible : parmi les militaires, 10 millions de morts, 8 millions d’invalides, un déficit de naissances impossible à quantifier ; 8 millions de civils, victimes directes ou indirectes des combats. Sans parler des 20 millions de morts de la « grippe espagnole ». Toutes les zones de combat sont dévastées. Le quart nord-est de la France est sinistré. Des villages entiers ont été rasés, 20 000 usines, des centaines de milliers de maisons et la quasi-totalité des infrastructures ont été détruites. Trois millions d’hectares sont définitivement impropres à l’agriculture. LesÉtats-Unis sont devenus le principal créancier de l’Europe.
En Russie, La révolte des 50 000 soldats de la Légion tchécoslovaque, le 25 mai 1918, donne le signal de l’intervention de troupes étrangères pour écraser le bolchévisme. Les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, le Japon, y envoient des corps expéditionnaires et arment et soutiennent les « Blancs » (tsaristes) contre les « Rouges » (Bolchéviks).






L’appel du Komintern
Hans Eisler – Stephan Hermlin (1926)

En réponse au coup de force du 6 février 1934 et au danger fasciste, la classe ouvrière française impose l’unité à ses chefs. Le 12 février 1934, il y a 4 millions de grévistes ; d’impressionnants cortèges défilent un peu partout en France. 100 000 manifestants marchent en rangs serrés sur le Cours de Vincennes à Paris. Un immense espoir est né. Une dynamique s’est engagée. La base veut l’unité mais les dirigeants des organisations ouvrières continuent de diviser et freinent le mouvement. Enfin, le 27 juillet 1934, la SFIO et le PC-SFIC signent un pacte d’unité d’action. Le 17 juin 1935, une dizaine d’organisations dont le parti communiste, la SFIO, les centrales syndicales, la Ligue des droits de l’homme, lancent un appel pour « Le pain, la paix, la liberté » et forment le « Rassemblement populaire », présidé par Victor Basch [1863-1944], par ailleurs président de la LDH. A l’issue du Congrès réuni à Toulouse, du 2 au 5 mars 1936, la Confédération Générale du Travail est réunifiée et elle adhère à la Fédération syndicale internationale (FSI). Léon Jouhaux [1879-1954] est ovationné. Les élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936 traduisent une forte poussée ouvrière**. La journée du 1er mai 1936 – juste entre les deux tours – est marquée par une puissante mobilisation. Le nombre de grévistes, de participants aux meetings et aux manifestations, dépasse souvent les attentes des organisateurs. La victoire du Front Populaire est nette.








