économies (Image par Steve Buissinne de Pixabay)
Au sortir du 2ème tour des élections législatives de 2024, les macronistes et leurs alliés se trouvent confrontés à un problème délicat : comment continuer à gouverner au service des « plus riches », auxquels ils doivent leur accession au pouvoir, alors qu’ils viennent d’être désavoués par les électeurs. Si les habitudes démocratiques de la Vème République étaient respectées, l’échec de la coalition présidentielle « Ensemble Pour la République », arrivée en 3ème position derrière le RN et le NFP, ne permettrait plus à E. Macron de conserver son rôle de « premier de cordée », qui entraîne et conduit ses cohortes d’exécutants et de sympathisants. Le risque est alors grand qu’une alternative politique aboutisse à la dénonciation de la politique menée depuis 2017 par Macron et ses gouvernements successifs depuis, voire à leur mise en accusation.
Un contexte providentiel au secours d’E. Macron :
Par chance, la circonstance particulière des jeux olympiques a permis de détourner momentanément l’attention des Français, grâce à l’action vigoureuse de la communication gouvernementale et des médias de formatage, qui ont saturé les ondes et les réseaux en célébrant un olympisme humaniste et fraternel, au-dessus des contingences politiciennes. Pendant ce temps de latence, E. Macron a pu disposer des délais nécessaires pour ourdir une réponse au coup de semonce démocratique des législatives et pour trouver des arguments susceptibles de justifier l’imposition d’une gouvernance de droite, contraire aux usages républicains. Ceux-ci impliquaient que le chef de l’État demande à un candidat, issu du parti ayant obtenu le plus de suffrages, de former une équipe de gouvernement.
La manœuvre d’E. Macron, de ses affidés et sympathisants se déroule en 4 temps :
- Temps N° 1 : on feint de reconnaitre le résultat des urnes en admettant que le camp présidentiel est battu
- Temps N° 2 : on déclare que le NFP arrivé en tête, n’a pas la majorité nécessaire au gouvernement du pays
- Temps N° 3 : on déclare constituer cette majorité à la faveur d’alliances et coalitions avec des partis de droite, des groupes politiques, voire avec le RN d’extrême droite, jusqu’alors dédaigné, jadis honni et exclu du fameux « arc républicain », figure de style à la définition imprécise et à la géométrie variable en fonction des besoins.
- Temps N° 4 : lorsqu’une coalition inattendue se forme à gauche sous l’emblème du NFP, on tente de la démanteler en la reconnaissant partiellement comme un interlocuteur possible, à l’exception de LFI, tout en négociant en douce un rapprochement avec le RN devenu acceptable…
Un nouveau premier ministre sorti du chapeau de Macron ?
C’est dans ce cette ambiance que Macron nomme à la fonction de premier ministre un improbable joker : Michel Barnier. Astuce ou coup de chance ? Cet « outsider » providentiel, est en fin de carrière politique, issu d’un vieux parti de gouvernement en déroute (1). Compte tenu de son poids électoral, LR est le petit poucet au sein d’un conglomérat, où surnagent, aux côtés des marconistes et d‘Horizons, quelques rescapés des grands partis conservateurs et gaullistes français (ex UNR, UDR, RPR et UMP), renforcés par des centristes, alliés instables et opportunistes.
Michel Barnier s’est fait lors du ″Brexit″ une réputation de négociateur talentueux au service de l’Union Européenne. Il serait donc possible, par une sorte de tour de passe-passe homothétique, de le présenter à l’opinion comme un négociateur compétent, capable de constituer autour de lui une coalition de gouvernement relativement stable et de poursuivre ainsi l’essentiel de la politique menée depuis 7 ans par E. Macron et ses alliés. Et puis Michel Barnier, c’est le contretype de Gabriel Attal, le premier ministre ″démissionnaire″. L’un apparait comme jeune, ambitieux, doué, dynamique, intrépide, mais aussi novice, tandis que l’autre semble posé, mature, expérimenté, compétent, rassurant…
Michel Barnier va exploiter ce contraste dès son premier discours, le 5 septembre à l’occasion de la passation de pouvoir à Matignon. Il invoque toutes sortes de vertus dont il serait porteur : l’humilité, le pragmatisme, la persévérance, l’écoute, le ″dire la vérité″, le respect à l’égard de toutes les force politiques, le ″plus agir que parler″…Il s’agit de rétablir la confiance de l’opinion en nos gouvernants…
Michel Barnier à la manœuvre
Après avoir formé, en concertation avec l’Élysée, un gouvernement censé représenter une large coalition politique où, malgré le refus du NFP d’y participer, la caution de la ″gauche″ est apportée par Didier Migaud, un transfuge du PS. Michel Barnier et son équipe toilettent en toute hâte le projet de loi de finances 2025. Celui-ci, déjà mis en forme par le gouvernement Attal, a pris du retard sur le calendrier légal, suite aux longues tractation politiques qui ont suivi les législatives.
Le 1 octobre 2024 à l’Assemblée nationale, Michel Barnier, utilise sa « Déclaration de politique générale », pour préciser et conforter son image d’″homme de la situation″.
Dans son discours, il commence à se référer à l’autorité tutélaire de De Gaulle qu’il cite : « Je vous demande de faire beaucoup avec peu et en partant de presque rien ». Le ton est donné. Après une longue digression qui se veut un hommage à tous les Français faisant avec courage « beaucoup avec peu » dans leur vie quotidienne et après avoir reconnu leurs attentes, le moment est venu de leur demander de nouveaux efforts. Ces efforts relèvent d’une exigence absolue : « la réduction de notre double dette, budgétaire et écologique ». Cette exigence est fondée selon lui car elle repose sur la « vérité », mot qu’il répète 3 fois en 3 lignes de texte. Mais il faut ajouter une coloration dramatique au discours : ce sera la métaphore d’une épée de Damoclès qui pendrait « sur la tête de la France et des Français ».
Il est alors temps de porter l’estocade : « La véritable épée de Damoclès, c’est notre dette financière colossale : 3 228 milliards d’euros. Si l’on n’y prend garde, elle placera notre pays au bord du précipice. »
Disparue la mention à la dette écologique, c’est l’argument comptable qui emporte tout : il est irréfutable, indépassable…Désormais la route est ouverte pour l’énoncé des sacrifices demandés aux Français et pour égrener la litanie des coupes budgétaires dans les services publics.
Là-bas, dans le firmament néo-libéral, Ayn Rand, Milton Friedman et Margaret Tatcher doivent sourire d’aise…
Le PLF sera l’expression du changement dans la continuité….
Pour rassurer les milieux financiers et conserver des conditions d’emprunt favorables, Barnier et son équipe ont choisi de ramener le déficit 2025 de 6,1 % à 5% du PIB, soit un peu moins que le déficit 2023 établi à 5, 5%. Pour ce faire, il faut ″trouver″ environ 60 milliards € répartis en 40 milliards € de coupes dans les dépenses publiques et 20 milliards € dans l’augmentation des recettes fiscales. Rien de neuf idéologiquement : on est dans la continuité du mantra néolibéral qui pointe du doigt le coût des services publics, alors que la dette a principalement augmenté en raison du trou dans les recettes causé par la politique fiscale menée depuis 2017 par Macron et ses gouvernements successifs. Ce manque de recettes dépasse largement les 60 milliards recherchés, mais pas question de rééquilibrer la politique de l’offre qui consomme beaucoup d’argent public et dont les résultats se font attendre en matière de réindustrialisation de la France.
Côté recettes, il y a dans le PLF l’annonce timide d’une taxation des plus riches, peut-être aussi des grandes entreprises, mais qu’ils se rassurent : elle ne sera établie qu’ à titre exceptionnel et ne sera pas bien méchante puisque selon les dires d’experts, elle ne devrait rapporter que 2 milliards d’euros. En contraste à ces 2 milliards € le réseau d’expertise STATISTA estime la fraude fiscale en 2023 entre 80 et 100 milliards €, la fraude aux cotisations sociales entre 5,6 et 7,1 milliards € et la fraude aux prestations sociales entre 2,9 et 3,3 milliard €. (2)
Ne vaudrait-il pas mieux chercher des recettes de ce côté-là, plutôt que de rogner une fois de plus les budgets de la Santé, de l’Éducation nationale, de la Culture, et les revenus des retraités. ?
A ce stade on peut se demander quel sera l’impact de ce PLF, aussi drastique qu’inapproprié, sur le maintien et le développement des projets en cours, quelle qu’en soit la nature…Il émane de ce projet gouvernemental une telle fascination à boucher le trou du budget 2025, qu’il est impossible d’y retrouver des mesures réellement efficaces, susceptibles de soutenir et conforter le développement du pays et à assurer la continuité des grands projets en cours. Le débat sur l’examen du PLF 2025 à l’Assemblée nationale sera chaud et son issue incertaine…
Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 18/10/2024
Notes
- Le LR a obtenu 5,41 % des suffrages exprimés lors des législatives 2024[↩]
- https://fr.statista.com/infographie/29761/comparaison-fraude-fiscale-fraude-sociale-montants-detectes-et-estimes/[↩]

