Manifeste pour un Théâtre vivant, contre l’inculture et la barbarie

Masques de Théâtre (‘image par Christian Dorn de Pixabay)

Lettre aux spectateurs passés, présents et futurs du festival de Ségure

Y a-t-il encore une place pour le Théâtre dans ce monde qui tremble et qui gronde ?

Il n’est pas simple, semble-t-il, de se demander en ce moment à quoi bon défendre le théâtre, jouer, diffuser, ou même d’avoir des doutes, du style : est-ce encore utile dans notre monde court-termiste, est-ce encore un art souhaité, et par qui ? Les jeunes seraient, dit-on, partis ailleurs et Voltaire ou Rousseau leur seraient inconnus depuis belle lurette ?… Rien n’est moins sûr. Voyons pourquoi…

Les enseignants qui nous faisaient apprendre par cœur dans les années 50/60 les stances de Rodrigue ou les imprécations de Don Diègue ont certes été remplacés dès les années 70 par d’autres, plus jeunes dans le métier. Le programme avait changé. Il fallait à présent prôner la mixité sociale et, avant tout, éviter les ghettos éducatifs. Au diable la culture bourgeoise, c’était, ici et là, le mot d’ordre. Dans un tel contexte, le relativisme prévalait également. Il n’y avait plus une culture à assimiler mais des cultures à confronter. Il est vrai que le monde commençait sérieusement à se métisser. Il a continué dans ce sens.

Le problème, c’est que sans récit structuré de nos propres histoires, on peut se retrouver bien démuni parfois et devenir une proie facile pour les démagogues, les fondamentalistes, les intégristes et toutes les dérives sectaires. Ne plus considérer histoire, géographie et littérature comme essentiels a certainement été une erreur. Mais les fautifs ne sont pas nos enfants.

Le fait étant, c’est là que nous intervenons, nous, gens de théâtre, en affirmant d’abord que la nostalgie n’est certainement pas la meilleure façon de s’adapter à l’époque actuelle, autrement plus diverse dans ses sources d’information. (*) Ensuite nous avons le devoir de penser que nos enfants et petits-enfants, nous leur faisons confiance pour l’avenir. Ils sont lucides et intelligents. Beaucoup savent que les vraies valeurs, qu’elles soient françaises ou chinoises, traversent le temps et qu’il n’y a donc aucune raison que nos descendants ne se penchent eux aussi un jour, sur les écrits de Molière ou Shakespeare. Avant tout, parce que l’universalité de ces deux auteurs transpire de chacun de leurs mots et que cela vaut largement un post balancé sur le net par une influenceuse inculte basée à Dubaï.

Vous m’avez compris, nous continuerons de résister, de raconter et de vous proposer le théâtre dans toute sa diversité, parce que le verbe est notre premier mode d’expression. De plus, grâce au progrès, parfois si injustement décrié, les œuvres artistiques de l’Inde, du Brésil ou d’ailleurs sont désormais accessibles à tous, nous instruisant fructueusement sur la marche du monde.

C’est dans cet esprit que nous accueillerons entre le 20 et le 24 août au Festival de Ségure à Tuchan, dans les Corbières audoises, six équipes de comédiens professionnels pour deux représentations chacune, il y aura de l’étrange, du farfelu, de l’émotion, du raisonnable et du pas raisonnable du tout !

Un tout prochain courrier vous donnera le programme complet de ce festival 2025, neuvième du nom (on a la preuve) et que nous mettrons, même si cela paraît provocateur en ce moment, sous le signe de l’espoir. Notre part positive ! … Écoutons-la.

Bien à vous.

Patrick Chevalier et toute l’équipe du festival 2025.

 

(*) n’oublions pas qu’étymologiquement, le mot -information-désigne l’« action de former l’esprit » ou de « se former une idée de quelque chose »

2 commentaires

En avant, toute ! Résistance, résilience, tous à bord du joli vaisseau Ségure 2025 (et suivants…) ! Longue Vie et Vive le Théâtre !

Burger catherine

Excellent et si juste avec une vibration due à l’émotion, à la sincérité du propos, à la conviction forte. Hier soir à l’église Ste Aurelie de Strasbourg la Chapelle rhénane interprétait « les 7 dernières paroles du Christ ». Émotion lorsque son directeur a annoncé que c’était probablement leur dernier concert; car de tous côtés on saborde les crédits de la culture (ainsi que ceux de la santé, de l’éducation, de la solidarité etc..) et c’est alors que d’une voix forte un spectateur a crié dans cette jolie petite église « NON A LA GUERRE »-

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