La France produit-elle trop d’électricité ?

 

Lignes électrqiques (Image par Monika de Pixabay)

 

Jamais nous n’avons produit autant d’électricité en France et, en plus, il semble que cette production soit vertueuse. Alors que l’on craignait les coupures en hiver il y a encore peu de temps, il semble à présent que nous produisons trop.
Dans une lettre adressée aux producteurs et distributeurs d’électricité RTE fait le point sur la situation.

2024 une année record

Nous avons produit 536,5 térawattheures (TWh), soit le plus haut niveau depuis 5 ans. Ce total se répartit en 361,7 TWh pour la part du nucléaire, 148 TWh pour les énergies renouvelables, dont 46,6 TWh pour l’éolien et 23,3 TWh pour le solaire et 77,4 TWh pour l’hydraulique, le reste, soit 19,9 TWh étant produit par des énergies fossiles (1).
Ce bilan indique que 95% de la production d’électricité est bas-carbone, soi 2 points de mieux qu’en 2023.

Ces résultats sont dus au fonctionnement à plein régime du parc nucléaire ancien, momentanément ralenti par une série de pannes, mais aussi à des conditions météorologiques favorables aux énergies renouvelables.

Mais la consommation ne suit pas la production

Depuis la crise énergétique des années 2021 à 2023 la consommation reste structurellement basse, aux habitudes de sobriété qu’elle a provoquée s’est ajoutée la hausse de prix.
Nous avons exporté 89,7 TWh d’électricité en 2024 vers nos voisins européens, mais cela ne suffit pas pour équilibrer le rapport entre production et consommation. Face à cette situation, RTE est obligée de stopper certaines productions, particulièrement dans les installations éoliennes et solaires (2).

Dans ce contexte les prix de marché de l’électricité chutent jusqu’à devenir déficitaires pour certaines installations comme les centrales à gaz ou à charbon qui continuent à produire pour ne pas subir les surcoûts entrainés par un arrêt / redémarrage. A cela s’ajoute l’obligation pour EDF de racheter l’électricité produite par certaines installations ENR à un prix contractuellement garanti supérieur à celui du marché.  Alors que les prix négatifs apparaissent d’habitude en été la modération de la consommation associée à un hiver relativement doux a fait plonger les prix dès le mois de mars.

Vers un rééquilibrage du rapport production / consommation ?

Diverses solutions sont envisagées :

  • D’une part la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) envisage de changer l’emplacement des heures creuses moins facturées. En les plaçant dans l’après-midi, cela inciterait à consommer le surplus solaire.
  • Les mécanismes d’ajustement de la production actuellement en cours seraient modifiés, imposant aux producteurs d’ENR de plus de MW de moduler leur production dans les contextes de hausse comme dans ceux de baisse
  • Il s’agit aussi pour les producteurs comme pour les grands consommateurs d’électricité de mieux anticiper les variations qui impactent leur domaine d’activité.

Pour le moment le déséquilibre entre production et demande entraîne des contraintes techniques et des coûts pour RTE, les réformes sont urgentes…
Ce contexte structurel devrait aussi être pris en compte dans les réflexions sur la pertinence du plan de relance du nucléaire initié par E. Macron. Avons-nous besoin de la production électrique des nouveaux EPR et de SMR prévus ?

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 18/04/2025

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Notes
  1. niveau correspondant à la production de 1950[]
  2. ndlr : et dire que le nucléaire est vanté comme une énergie pilotable ![]
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