Budget 2026, le ″coup″ des vacances

La question du rapport de la représentation nationale avec son électorat se pose actuellement de façon aigüe.

plage (Image par Manfred Richter de Pixabay)

Une fois de plus, comptant sur la torpeur de l’été, cumulée avec les vacances, le tour de France et la recrudescence des festivités, un gouvernement a choisi cette période pour annoncer des mesures qu’il sait impopulaires.
Ainsi, le mardi 15 juillet 2025, le premier ministre Bayrou, a dévoilé les grandes orientations du budget 2026.

Rien de nouveau sous le soleil : on continue la même politique économique

   Le ministre de l’économie Lombard, un technocrate passé du côté politique, l’annonçait dès le mois de juin : il s’agit de faire plaisir aux entreprises : « nous avons d’ores et déjà initié les travaux de préparation des textes financiers pour l’année 2026, avec 2 grands principes que les entreprises attendent de nous : la limitation des prélèvements et la stabilité fiscale ».
   Du coup et contrairement aux vœux pieux de notre cauteleux premier ministre, ce n’est pas à tout le monde que des efforts seront demandés : en tout cas pas aux entreprises…
Les grands principes du macronisme sont donc respectés : pour conduire la politique de l’offre, ″renforcer″ notre compétitivité et réduire la dette creusée par cette même politique, nous allons chercher l’argent là où il n’est pas, ou si peu : en rognant les coûts sociaux, le fameux « pognon de dingue » qui selon E. Macron obérerait si fort les finances publiques. Pas question de chercher des recettes en prélevant l’argent là où il est, c’est-à-dire en taxant les riches et les revenus pharamineux du capital. Au contraire, il faut plus que jamais faire des économies et sabrer dans les dépenses publiques.  Pas toutes les dépenses publiques, seulement celles qui concernent le corps social : la santé, la culture, l’éducation, la recherche, les collectivités, la justice… Par contre, sont épargnées voire augmentées, les dépenses allouées au monopole de la violence détenu par l’Etat : armée, police, ainsi que celles liée au personnel et au fonctionnement des institutions politiques (1).

Les chiffres sont accablants :

  • En 7 ans de macronie, de 2017 à 2024, les bénéfices nets estimés des 40 grandes entreprises françaises (CAC 40) sont passés de ≃ 93, 4 milliards € à ≃ 129 milliards € (+ 35,6 Mds €), cela malgré la chute à 38 milliards € en 2020, suite à la crise du Covid 19
  • En 7 ans de macronie, de 2017 à 2024, la dette publique est passée de ≃226 milliards €, soit 98% du PIB à ≃ 3.035 milliards € (+ 805 Mds €), soit 113-114 % du PIB
  • En 6 ans de macronie, de 2017 à 2023, le taux de pauvreté, calculé à partir de revenus inférieurs à 60% du revenu médian, est passé de 13,8% au niveau historique de 16,4% de la population, soit de 8,9 millions à 9,8 millions de personnes (+ 900.000)

Bayrou & compagnie s’entêtent malgré ce bilan catastrophique

   Le premier ministre annonce des mesures censées stopper l’augmentation de l’endettement et ″booster″ la production, c’est-à-dire qu’il continue la politique menée depuis 2017, ce qui en toute logique va aggraver la situation. Ainsi il propose, entre autres :

  • De faire 5 milliards € d’économies sur les dépenses de santé, en réduisant notamment le remboursement des ALD (affections de longue durée) et en accentuant le contrôle des arrêts maladies, mais aussi en supprimant 3000 postes de fonctionnaires.
  • Un gel en 2026 des prestations sociales, c’est-à-dire la non revalorisation des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraites et des prestations sociales, ce qui entraînera un appauvrissement, compte tenu de l’inflation. Tout cela devrait dégager, selon Bayrou, des économies à hauteur de 7 milliards €.
  • L’abattement fiscal de 10% dont bénéficient les retraités soumis à l’IR sera remplacé par un ″forfait annuel″ instauré par le gouvernement selon besoins (ndlr : ce qui risque d’entraîner une diminution du soutien aux associations, et organisations d’intérêt public)
  • Un prélèvement de 5,3 milliards € sur les recettes des collectivités locales, réputées en situation de gabegie, dont 1 Mds en 2025 reconduit en 2026

   Pour calmer les esprits chagrins que ces mesures risqueraient de heurter, il serait envisagé de créer une contribution de solidarité qui toucherait les hauts revenus à des conditions qui restent à définir (sic). 

   Ainsi le gouvernement Bayrou tend à poursuivre sa politique de l’offre dénoncée par de nombreux économistes. A quoi cela sert de produire plus, s’il y a moins de gens pour acheter, parce qu’il y a plus de pauvres sur le marché intérieur et trop de concurrents mieux positionnés sur le marché extérieur ? Schématiquement : l’intégralité des revenus des pauvres est réinjectée dans l’économie réelle (biens et services), tandis qu’une grosse partie des revenus des riches est réinvestie dans l’épargne (en France ou pas) ….

    Malgré le résultat des élections législatives de 2024 l’extrême centre poursuit la même politique de soutien au grand capital, amorcée depuis plus d’une vingtaine d’années et accélérée par le macronisme, qui coûte si cher à la France. Fidèle à la tactique de manipulation des ″Gaulois réfractaires au changement″ énoncée en 2018 par E. Macron (2), le gouvernement Bayrou d’extrême centre parie sur une opinion à la fois plus docile, résignée voire anesthésiée, mais aussi mieux gérée et manipulée par les grands médias de formatage, propriétés de milliardaires engagés à droite et sur la réforme programmée des médias publics.

   Bayrou va-t-il réussir son coup, Macron va-t-il se remettre en selle après le cuisant désaveu de sa politique par les élections législatives de 2024 : la situation reste indécise. A une exception près, les grand partis politiques cherchent plus à se restructurer et à se placer qu’à construire une alternative politique réelle. En attendant il n’existe aucune opposition suffisamment structurée par mettre en échec les menées du gouvernement.

La question du rapport de la représentation nationale avec son électorat se pose actuellement de façon aigüe.

   La réaction au vote de la loi agricole, dite Duplomb, en est une illustration saisissante.Son texte qui prévoit entre autre la réintroduction d’un pesticide controversé pour sa toxicité et l’assouplissement d’une partie de la législation sur la protection de l’environnement, a été adopté le 3 juillet 2025 par 232 voix pour et 103 contre, et ensuite définitivement adopté par l’Assemblée nationale le 8 juillet 2025, par 316 voix pour et 223 contre (sur 564 votants). En réaction, une pétition a été lancée le 10 juillet par une étudiante de 23 ans réclamant l’« abrogation immédiate » de la loi, « la révision démocratique des conditions dans lesquelles elle a été adoptée », ainsi que « la consultation citoyenne des acteurs de la santé, de l’agriculture, de l’écologie et du droit ». Le dimanche 20 juillet à midi, elle avait recueilli 800.000 signatures (3) : jamais l’opinion n’avait exprimé son mécontentement avec une telle ampleur et les signatures continuent à un rythme accéléré…

Malgré toutes les manipulations dont elle est l’objet, l’opinion serait-elle encore capable de déjouer les manœuvres d’un gouvernement si peu légitime et si dévoué aux intérêts ″des plus riches″ ?

 

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 20/07/2025

                                                                                                                                                                    ( Révisé le 22/07 à 20 h)

 

 

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Notes
  1. par exemple augmentation du budget 2025 de l’armée à 50,5 Mds €, soit + 56% depuis 2017, mais aussi, plus modeste mais illustratif, le ridicule achat de 2 fauteuils à 34 000 € pour le président du Sénat[]
  2. selon laquelle il suffirait de différer les mesures envisagées, lorsqu’elles sont trop impopulaires au sein de l’opinion et revenir à la charge plus tard, jusqu’à ce qu’elles soient acceptées[]
  3. et le 22 /07 à 20 h 1.700.000 signatures[]
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