Le 18 septembre 2025 à Narbonne et la suite…

Malgré les discours alarmistes d'un pouvoir en décomposition, la manifestation narbonnaise du 18 septembre 2025 a été digne, déterminée, responsable, Les temps où le peuple se mêle de politique seraient-ils advenus ?

   A Narbonne, la manifestation organisée par l’intersyndicale a mobilisé selon les diverses sources : 1500 participants pour la police, 2000 pour les syndicats, tandis que le « Clairon », en recomptant 1 fois, penche pour un peu plus de 1700 personnes. Quoi qu’il en soit, ce score est tout à fait honorable pour une ville de la taille de Narbonne. Il est aussi en harmonie avec le score national : 500.000 manifestants selon la police 1.000.000 selon les syndicats.  
   La manifestation est donc un succès : ce refus exprimé par le peuple de la politique menée par des gouvernements, passés et futurs, recrutés dans le « bloc central », pose une fois de plus la question de la représentation dans notre système politique. Les 3 partis qui constituent l’essentiel du « bloc central », à savoir Renaissance, le Modem et Horizon, totalisent entre 40.500 et 65000 adhérents, selon le mode de comptage. En faisant l’hypothèse très optimiste que les élus du bloc central mènent une politique conforme à la volonté de leurs mandants : c’est donc la volonté de 65.000 individus qui s’impose à celle de 500.000 à 1000.000 de leurs semblables.
   
Malgré toutes les arguties qui peuvent être opposées à cette présentation schématique du rapport de force politique en cours, la question de savoir si nous sommes encore en démocratie ne peut être évacuée.

Le cortège narbonnais des manifestants du 18 septembre 2025.

   Après les harangues d’usage, rappelant les raisons de la manifestation et les revendications portées par les différentes organisations présentes, suivies d’une pétillante prestation dansée des Rosies, le cortège s’est ébranlé vers 11h pour suivre un itinéraire en boucle situé au centre de Narbonne : Bourse du Travail / gare / place de la Révolution / tribunal / Bd du G de Gaulle / Halle/ Hôpital civil / retour et fin au parvis de la médiathèque via le Bd M. Joffre.

Photos 123 : J.C. ; photo 4 H.R.

   Le cortège s’est déroulé dans le calme sur l’ensemble du parcours. Un instant d’émotion, lorsque les manifestants arrêtés devant l’’hôpital civil ont proclamé leur solidarité et leur soutien au personnel en grève, notamment avec le personnel de nettoyage dont les contrats précaires ne sont pas renouvelés, dans le cadre d’une réorganisation des services.
   Parmi les slogans et revendications qui variaient légèrement selon les groupes qui défilaient, on pouvait cependant noter que la revendication « Macron démission » était proclamée tout au long du défilé.

L’encadrement policier de la manifestation et la question de l’insécurité

Des casseurs ? Des grands-mères black bloc ? (Photo H.R.)

   Ce défilé a été l’objet d’un encadrement particulièrement renforcé. Ici et là, à des points repérés comme « stratégiques », des représentants des forces de l’ordre suréquipés et surarmés montaient la garde, tandis que les effectifs habituels de police encadraient sans problème les manifestants.
   Cette mise en scène d’une grande violence potentielle était déployée en exécution des consignes du ministre démissionnaire  de l’intérieur  Retailleau. Il s’agissait de faire peur, pour apparaître comme protecteur aux « bons citoyens » et de justifier et légitimer le développement de l’encadrement de la population. Ce dispositif policier, était annoncé et accompagné d’une campagne nationale, relayée par les grands médias privés et publics de conditionnement de l’opinion. Ces médias, au ton racoleur, ont privilégié l’annonce de désordres de toute nature.
   Cela a manifestement fonctionné avec un certain succès, comme en témoignent deux situations vécues par l’envoyé du Clairon.

  • Alors qu’il traverse le square de la place de la Révolution pour devancer le cortège, il voit 3 dames relativement âgées qui se lèvent soudain, alertées par le bruit de la manifestation qui approche, tandis que l’une dit à ses amies : « Mon dieu ! Ils passent par-là, partons vite, c’est dangereux… »
  • Alors que le cortège s’est engagé dans le boulevard du général De Gaulle, un commerçant explique à sa cliente, une personne âgée manifestement terrorisée : « mais non, vous pouvez rentrer chez vous, ils vous laisseront passer… ».

   Ce jeu dangereux de la fabrication d’un sentiment d’insécurité a eu de nombreux précédents historiques. Pratiqué par des gouvernances en manque de légitimité, il contribue généralement à l’accroissement des fractures sociales, ainsi qu’à l’institution ou au maintien de régimes autoritaires….

Les suites de la manifestation

   A l’issue du défilé, certains manifestants se sont regroupés sur les pelouses de la Bourse du Travail pour partager un repas en commun. Ce repas a été suivi à 14 h d’une Assemblée Générale regroupant une quarantaine de personnes constituées en collectif.
   Ce collectif qui rassemble des personnes militant à titre individuel ou membres d’organisations diverses, s’est formé à l’occasion du mouvement « Bloquons Tout » du 10 septembre. Il trouve une filiation dans l’organisation d’une manifestation festive et revendicative imaginée en réaction au meeting du Rassemblement National à Narbonne le 1er mai dernier.
   L’assemblée a souhaité exprimer sa solidarité et explorer les moyens de soutien auprès de la trentaine d’agentes et agents de service hospitalier (ASH) dont les postes vont être supprimés par l’Hôpital de Narbonne pour « externaliser » le service.
   L’assemblée a également questionné ses moyens de communication et s’est donné de nouveaux rendez-vous. La réussite de cette action n’a pas manqué de raviver d’autres sujets notamment sur la manière de faire entendre la voix des Narbonnaises et Narbonnais dans la préparation des municipales 2026.

   A Narbonne la journée du 18 septembre 2025 a été riche de sens. Elle a témoigné de la détermination d’un très grand nombre de Narbonnaises et de Narbonnais, à défendre une certaine idée de la démocratie, face à un pouvoir toxique qui exploite les institutions vacillantes de la 5ème République. Elle a aussi montré, qu’à côté des organisations traditionnelles d’expression et de défense du corps social, des individus et des groupes s’associaient librement et mobilisaient leur « pouvoir d’agir » pour intervenir concrètement dans la vie de la Cité..  
   Hasard  de l’agenda, au soir même de cette journée, un tiers lieu sobrement dénommé « Le Local », était inauguré dans le cœur du vieux Narbonne, au 21 b rue Rabelais. Dans cet espace informel et libre d toute inféodation tout un chacun pourra venir, échanger, débattre, s’instruire, travailler, bâtir des projets.

La rédaction du Clairon de l’Atax le 19/09/2025

 

 

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