Le plan de relance du nucléaire à la recherche de financements

Entre une politique énergétique mal maitrisée et la satisfaction d'un besoin élémentaire, se loger : qui choisit quoi ?

Puzzle (Image par Gerd Altmann de Pixabay)

 

   Le plan de relance du nucléaire annoncé en février 2022 par Emmanuel Macron, lors de sa campagne pour les présidentielles, apparait de plus en plus comme relevant d’une idée jetée en l’air sans avoir été préalablement étudiée. Aucun des problèmes posés à l’époque par la filière nucléaire française ne semble avoir été pris sérieusement en compte. Ni le vieillissement du parc existant, ni les déboires techniques et dérapages financiers de la construction de l’EPR de Flamanville, ni la question du stockage des déchets hautement radioactifs et à longue vie issus des réacteurs, ni la question des capacités d’investissement du maître d’ouvrage EDF, fortement endetté. 
   La parole du phénix présidentiel ne pouvant faillir, la relance du nucléaire sera-t-elle faite « quoi qu’il en coute » ?

Un festival d’artifices pour donner corps à la relance

   Selon les annonces des gouvernements marconistes successifs, le plan de de relance doit prolonger la durée de vie de la filière existante, ce qui implique des travaux de mise à niveau et de consolidation estimes entre 80 et 100 Mds €. ″Dans le même temps″ serait lancée la construction d’une première tranche de 6 EPR de type 2, dans des conditions techniques et financières annoncées estimées plus rentables, puis qu’ayant profité de l’expérience de la construction de l’EPR de Flamanville.

   Un premier calendrier fixait tout d’abord une mise en services des EPR 2 pour 2035.  Elle est désormais reporté à 2038, avec une option pour 8 EPR supplémentaires par la suite …
   Pour tenir ces délais ″flottants″, un allègement des procédures a été mis en place. Ainsi, pour exemple, les 6 premiers EPR seront implantés sur des sites nucléaires existants : les centrales de Penly (Seine maritime) et de Gravelines (Nord) ; du fait de leur localisation, la construction de ces nouveaux EPR sont dispensés d’études d’impact, puisque celles-ci ont déjà été faites lors de la construction des centrales existantes, au début des années 1970 ! Ou encore, dans le cas des  3 EPR 2 de Penly, les travaux d’aménagement du site ont été lancés sans attendre la fin de la consultation publique sur le bien fondé de leur installation…

   Le coût des 6 futurs EPR 2 est annoncé à 75 Mds €, ce qui représente un gain important si l’on se réfère au coût actuel de l’EPR 1 qui est toujours en phase de mise en route…L’argument qui justifie à la fois le moindre coût des EPR 2 et les délais plus courts pour leur construction est que l’EPR 1 de Flamanville serait un prototype qui aurait permis la mise en place de ″process″ améliorant les techniques de construction et les coûts de fabrication…

Or les faits démentent cet argument : les ″process » n’ont pas l’air d’être maîtrisés :

  • Dans un rapport de janvier 2025 la Cour des comptes réajuste une fois de plus le coût total prévu pour l’EPR de Flamanville. Il est à présent estimé à 23,7 Mds € (contre 3, 3 Mds prévus en 2007)
  • Dans rapport de la CRE (Commission de régulation de l’énergie) la puissance nette prévue de 1630 MWe ne serait pas atteinte. Selon les déclarations d’EDF il est à prévoir une puissance nominale inférieure de 35 MW. Cette perte de puissance représenterait un manque à gagner de 15 millions € / an qui s’ajoute au coût faramineux de l’électricité produite par ce réacteur. Toujours selon la Cour des comptes ; les retards et péripéties du chantier de l’EPR de Flamanville ont gravement compromis la rentabilité du projet. Elle estime le prix de vente du MWh à >138 € pour un tarif cible de 70 €/MWh négocié entre l’État et EDF !
  • Côté technique, les leçons de Flamanville ne semblent pas tirées, puisqu’à peine commencé, le chantier de Penly fait déjà problème. La formulation initiale du béton coulé sur le site d’accueil des futurs réacteurs a été jugée non optimale par l’ASNR et EDF entraînant un changement de formulation…

Une filière nucléaire peu attractive aux importants besoins d’investissements

   EDF, suite à des investissements inappropriés, traîne une dette estimée à 54 Mds €. Selon la Cour des comptes le programme électronucléaire établi suite au plan de relance implique 205 Mds € d’investissements pour les 15 prochaines années, dont 75 Mds pour les 6 EPR2. Compte tenu de l’état actuel des finances publiques, il semble improbable que l’État puisse financer, à hauteur de ses besoins, EDF dont il est l’unique actionnaire .
   Le ministère des finances souhaiterait mobiliser le Fonds d’épargne géré par la Caisse des Dépôts et consignations. Ce Fonds est alimenté par l’épargne des Françaises et Français. (Cf. ; livrets A, livrets de développement durable et solidaire, livrets d’épargne populaire).
   L’encours de cette épargne règlementée s’élève à environ 400 Mds € : cela permettrait de faire face et de financer une partie de la relance du nucléaire, notamment tout ou partie du financement des 75 milliards destinés au 6 EPR 2. Mais une telle solution pose plusieurs problèmes :

  • Il faut que l’UE accepte ce montage financier présenté par un opérateur en position de monopole
  • Le financement de la filière nucléaire par le Fonds d’épargne de la CDC, constitue un changement d’emploi de cette épargne règlementée

Un changement d’emploi de l’épargne règlementée est-il souhaitable ?

   Depuis la fin du 19ème siècle le Fond d’épargne de la CDC collecte une partie importante de l’argent déposé sur les différents livrets d’épargne défiscalisée. Une partie prédominante de l’encours sert à financer la construction et la réhabilitation de logements sociaux, une autre partie finance des projets publics (écoles, hôpitaux, infrastructures de transport, etc.).
   Dans le contexte actuel de crise économique, alors que les besoins sont particulièrement criants en matière de logement social (2,7 à 2,8 millions de ménages en attente) mais aussi en matière d’école et d’hôpital (construction et réhabilitation), l’utilisation de l’épargne règlementée pour financer le nucléaire constitue un choix politique significatif qui ne peut être pris sans débat. Il serait démocratiquement malvenu et économiquement dangereux que les épargnantes et épargnants ne soient pas consultés sur l’emploi de leur argent.

La décision de relance du nucléaire, proclamée en février 2022 à Belfort par notre premier de cordée, révèle chaque jour un peu plus son insoutenable légèreté.

Curly Mac Toole assisté de H. Reys pour le Clairon de l’Atax le 18/10/2025

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