Dans une perspective ou la demande en énergie ne cesserait de croître, le photovoltaïque au sol apparait comme une solution de production d’électricité où les avantages l’emporteraient sur les inconvénients. Il permet d’installer sur des terrains peu propices à d’autres activités, une production électrique importante, locale, renouvelable et peu carbonée. Ce serait donc un moyen efficace de contribuer au maintien de la « croissance », tout en atténuant le renforcement de la crise climatique et environnementale : à condition de respecter certaines règles…
Installation solaire (Image par Sebastian Ganso de Pixabay)
Du bon usage du photovoltaïque au sol
Les avantages du photovoltaïque au sol, appelé aussi « ferme solaire », sont à priori séduisants :
- On peut l’installer sur des terrains en friches, pollués, inexploités, des délaissés urbains ou industriels qui acquièrent ainsi une utilité nouvelle
- Il peut constituer un complément ou une diversification des revenus pour une exploitation agricole (cette activité mixte est désignée sous le nom d’agrivoltaisme)
Mais :
- Une importante emprise au sol est nécessaire, il faut plusieurs hectares par mégawatt, ce qui dans certains cas peut concurrencer les activités agricoles et quand il s’agit d’installations importantes, impacter les habitats naturels et perturber, voire éliminer, la faune locale
- Un bon ensoleillement est nécessaire pour assurer une production d’électricité rentable
- Les zones d’implantation et les servitudes permettant l’accès aux fermes solaires ainsi que les raccordements au réseau électrique peuvent fragmenter le territoire
Il est donc important de réguler les implantations de fermes solaires. Une règlementation existe, elle a été renforcée en 2025. Désormais, un cadre juridique strict précise les conditions d’implantation ainsi que les autorisations nécessaires en fonction de la puissance ciblée et de la nature du terrain. (1)
En application au décret photovoltaïque de juin 2025, une cartographie des zones d’installation, définit les espaces affectés aux projets solaires en distinguant les terrains déjà artificialisés (friches d’anciennes activités économiques, carrières, décharges, etc.) et les terres agricoles ou naturelles pour lesquelles les projets sont soumis à un examen environnemental approfondi.
Un encadrement tardif des pratiques
Les projets d’installation photovoltaïques au sol ont connu un essor rapide ces dernières années, notamment en 2024, avant la mise en place en 2025 de la règlementation précitée. Mais ce développement s’est parfois fait de manière anarchique et préjudiciable à l’environnement.
C’est le constat fait lors de la Conférence des autorités environnementales (CAE), qui réunit chaque année les autorités environnementales nationales (AE) et régionales (MRAE) (2) dans une synthèse sur l’exercice 2024 (1) publiée le 29 septembre dernier.
Il en ressort que la croissance des implantations de parcs photovoltaïques, s’accompagne d’empiètements croissants sur des terres agricoles ou des milieux naturels. Il reste à espérer que la règlementation, nouvellement mise en place en 2025, renversera cette tendance.
Rappelons que les avis rendus par les autorités environnementales (AE ou MRAe) ne sont pas juridiquement décisifs même s’ils sont incontournables dans la procédure d’autorisation d’implantation des fermes solaires, Ils n’ont pas de valeur contraignante, mais doivent être obligatoirement joints au dossier d’enquête publique remis au préfet ou aux autorités délivrant le permis de construire.
En tendance, la rentabilité escomptée du photovoltaïque prend le pas sur les considérations environnementales
Lors de cette conférence CAE de nombreux exemples de d’entorses à une implantation ″vertueuse″ des installations photovoltaïques au sol ont été évoqués.
Ainsi pour le département de l’Allier, la présidente de la MRAe Auvergne-Rhône Alpes (Aura) et membre de l’Ae relève que « Jusqu’à 97 % des secteurs sur lesquels sont implantés ces parcs sont maintenant des zones humides ».
Pour les projets agrivoltaïques, l’équilibre entre production agricole et production d’énergie n’est pas toujours assuré, notamment parce que certaines régions ne bénéficient pas d’un l’ensoleillement suffisamment favorable, mais aussi parce que certains projets empiètent sur des terres propices aux activités agricoles.
Le changement climatique est peu pris en compte alors qu’il s’agit d’installations censées durer 20 à 30 ans. Des évènements climatiques extrêmes (pluies, ventes violents, grêles) tendent à se multiplier dans certaines régions, avec pour conséquences la destruction des installations et de l’outil de production.
Les obstacles à un développement vertueux des fermes solaires
A l’examen, l’installation des fermes solaires dans des zones inappropriées semble relever essentiellement de choix opportunistes déterminés par le prix du foncier, la disponibilité du terrain (2), la difficulté à décliner les conséquences des projets à court et à long terme.
Cette situation est favorisée par un manque de planification : « Il n’y a pas de schéma de développement des parcs photovoltaïques qui soit établi à une échelle donnée sur l’ensemble des territoires » déplore la présidente de la MRAe Auvergne Rhône Alpes. « Seuls quelques territoires se sont saisis du sujet […] qui ont bâti une stratégie et décrit les secteurs où il était possible de développer le photovoltaïque ».
Pour autant la question de l’implantation des installations photovoltaïques implique parfois des choix compliqués, lorsque leur installation n’est pas possible en toiture ou sur des terrains déjà artificialisés. La question de l’impact sur la biodiversité peut aussi conduire dans certains cas à implanter des installations sur des espaces agricoles où la biodiversité est faible, alors que des friches ou autres terrains artificialisés ont vu prospérer cette biodiversité.
De grands progrès restent à faire, la Conférence des autorités environnementales constate que pour le moment, à la hausse des projets d’implantation de fermes solaires correspond une dégradation croissante des espaces agricoles et naturels. Quel sera l’impact de la législation et de la règlementation adoptée en 2025 sur les implantations d’installations photovoltaïques ?
Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 17/10/202
(1) Lien vers la synthèse de la conférence annuelle de la CAE
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-46846-synthese-annuelle-mrae.pdf
(2) (disponibilité du point de vue de la facilité d’accès au site, mais aussi compte tenu du peu de contraintes juridiques et administratives)
Notes
- cf. : loi Énergies renouvelables (ENR), la loi Climat et Résilience, et décret photovoltaïque de juin 2025.[↩]
- AE = Autorité environnementale nationale ; MRAe = Missions Régionales d’Autorité environnementale[↩]

