Krash (Image par Gerd Altmann de Pixabay)
La crise politique qui touche actuellement la France n’est pas une simple péripétie. Ce ne sont pas quelques compromis habiles visant à préserver les intérêts particuliers des uns et des autres qui suffiront à son dépassement. Les retouches opportunistes faites ici et là au système politique mis en place par la Vème Constitution, notamment la réforme Chirac-Jospin de 2002, alignant le mandat présidentiel sur la durée du mandat des députés, ont conduit à une impasse.
« On ne met pas tous ses œufs dans le même panier » : hélas rares sont nos élites qui se souviennent encore des principes de leurs ancêtres ruraux. A force de vouloir ″optimiser″ le système politique et renforcer les capacités d’actions du président de la République en lui fournissant une majorité acquise à ses projets, les réformateurs ont déséquilibré des contrepouvoirs nécessaires au bon fonctionnement de l’État.
Le résultat ne s’est pas fait attendre : au premier apprenti sorcier venu, se faisant illusion à soi même sur une expérience et des qualités qu’il n’avait pas, mais vendu à l’électorat au terme d’un intense markéting comme un génie de la finance et de la politique, la machine à fabriquer la crise s’est ″mise en marche″.
Macron n’est cependant pas l’initiateur de la désagrégation du système « majorité / opposition » mais il lui porte le coup de grâce en voulant paradoxalement renforcer un pouvoir présidentiel de plus en plus bonapartiste.
La crise de la représentation devient une crise sociale, économique et politique
Les guerres picrocholines que se livrent les différentes factions politiques ont largement entamé la confiance de l’opinion. Le nombre d’adhérents des partis « traditionnels » ne cesse de diminuer, tandis que celui des partis ″de relève″ stagnent. La conséquence est l’affaiblissement des liens avec le terrain, faiblesse difficile à compenser par les seules actions de communication nationales. A cela s’ajoutent les sondages qui confirment globalement la désaffection, voire le rejet des partis (Ndlr. : le RN est en posture moins défavorable, car crédité d’un doute « on ne l’a pas encore essayé »). Mais là où le paradoxe est le plus spectaculaire, c’est dans l’exercice actuel du pouvoir : un président et un gouvernement, rejetés de manière réitérée par une majorité de Françaises et de Français, continuent envers et contre tout à gérer les affaires du pays, projettent de nouvelles loi et réglementations, en s’assurant le concours d’une majorité parlementaire par la menace d’une dissolution. Cette menace est d’autant plus efficace que beaucoup d’élus actuels se savent impopulaires, en cas de nouvelles élections.
Dans ce contexte, des réflexes de repli, tant au sein de la population où ils se traduisent par le renforcement d’une épargne de précaution qu’au niveau des acteurs économiques. Les entrepreneurs réduisent ou renoncent à des projets de développement, tandis que les investisseurs se tournent vers des contextes plus favorables.
Les tendances lourdes ne se renversent ni facilement, ni rapidement et les mesures de redressement de l’économie basées sur une politique de l’offre et une réduction de la dette trop précipitée et déconnectée des réalités, risquent de produire des résultats contraires, préjudiciables à l’ensemble de la société.
Tout cela devrait convaincre nos gouvernants actuels que le modèle politique en cours n’est plus aménageable et qu’un changement radical est inexorable, avec tous les risques de bouleversements individuels et collectifs que cela comporte. Mais à force de vouloir trop limiter la prise de risques pendant tant d’années, nos gouvernants se trouvent-t-ils pas aujourd’hui face à un risque quasi ingérable ?
Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le23/12/2025

