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Vers une amélioration de la situation du parc nucléaire français ?
C’est à la mi-octobre que l’EPR de Flamanville a redémarré après 4 mois d’arrêt, suite à des travaux visant à modifier les soupapes défectueuses du surpresseur. La montée en puissance de l’installation reprend. La question est de savoir si le réacteur atteindra la puissance maximale d’ici la fin de l’année : celle-ci est actuellement estimée à environ 1600 MW [(à l’origine 1630 MW étaient prévus). Ce chantier détient actuellement, avec 17 ans et 3 mois, le record mondial de durée.
Par contre les performances du reste du parc nucléaire se sont nettement améliorées si l’on se réfère à la puissance installée (environ 63 GW avec l’EPR de Flamanville). La production du parc est estimée entre 365 et 375 térawattheures (TWh) pour l’année 2025, alors qu’initialement elle avait été ciblée entre 350 et 370 TWh. Selon EDF, cette heureuse évolution serait due à une amélioration de la gestion des arrêts planifiés nécessaires : aux contrôles règlementaires, à l’entretien des réacteurs et au remplacement de leur combustible. Ce progrès serait la conséquence de la mise en œuvre depuis 2019 d’une nouvelle organisation appelée « Start 2025 ». Il s’agit de retrouver, voire dépasser, une production de 400 TWh qui avait été atteinte pour la dernière fois en 2015.
Le défi reste entier pour l’avenir d’EDF
Alors qu’EDF est fortement handicapé par une dette de 54 Md€ et doit investir 460 Md€, notamment pour mener à bien la construction et l’exploitation des 14 EPR2 du plan de relance du nucléaire annoncé par E. Macron, l’électricien est confronté à une série de défis complexes et simultanés :
- L’amélioration de conditions d’exploitation du parc nucléaire existant (remontée en puissance disponible et fiabilité)
- Le développement des énergies renouvelables par un doublement de la puissance installée, avec pour objectif de passer des 28 GW actuels à 50 GW d’ici 2030 en combinant solaire, éolien et hydraulique.
- La réduction des émissions de CO² avec un objectif en 2030 de réduction de 80% des émissions directes de GES produites par ses centrales. Cette réduction correspond aux engagements climatiques et de neutralité carbone à l’horizon 2050.
- L’adaptation du réseau électrique à l’intermittence de production, crée par les énergies renouvelables, ainsi qu’aux nouvelles demandes de consommation électrique. Cette adaptation, menée en collaboration avec RTE et Enedis, nécessite un investissement massif dans les infrastructures jusqu’à l’horizon 2040.
- Une stabilisation financière de l’entreprise en améliorant sa rentabilité par l’optimisation des coûts, la rationalisation des investissements, le développement judicieux des innovations techniques.
Un défi que tente de relever Bernard Fontana le nouveau PDG d’Edf
Face à la dette de 54 Md€ et au besoin d’investissement de 460 Md€, Bernard Fontana prône le réalisme financier. Il commence par apporter un souci particulier à la rentabilité des activités existantes ou projetées, particulièrement dans les domaines du nucléaire et de l’hydroélectricité. Les frais généraux de l’entreprise sont aussi visés, avec un objectif de réduction de 30% des frais de fonctionnement pour 2030. De plus des ouvertures du capital de filiales situées à l’étranger sont envisagées, afin de trouver de l’argent frais et augmenter ainsi les possibilités financières d’EDF.
Enfin, compte tenu de tous les dysfonctionnements qui ont touché jusqu’à présent la filière nucléaire, en particulier l’EPR de Flamanville et dans le souci d’une meilleure gestion du budget d’EDF, une restructuration de la filière a été entreprise dans le cadre de la relance du nucléaire. Il s’agit de clarifier les relations entre maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage, d’améliorer les process de prise de décision, de mieux mobiliser les compétences du groupe, de rétablir des relations de confiance entre Edf et ses fournisseurs.
La question reste posée : à défaut des investissements massifs nécessaire au plan de relance du nucléaire, les mesures d’économie et de rationalisation du fonctionnement d’EDF seront-elles suffisantes pour permettre à EDF d’accomplir les missions qui lui sont actuellement assignées ?
Le nucléaire français dans un contexte mondial en évolution
Actuellement les capacités mondiales de production d’électricité nucléaire représentent environ 400 GW de puissance installée pour une production estimée pour 2025 d’environ 2900 TWh, soit environ 10% de la production électrique totale dans le monde. Mais la croissance de nouveaux emplois de l’énergie électrique, associée à la nécessité d’une décarbonation de l’énergie, ont induit une augmentation de la demande d’une énergie électrique abondante, pilotable et d’un coût ″raisonnable″.
A la défiance du nucléaire consécutive à l’accident de Fukushima, succède depuis peu un nouvel engouement pour cette énergie. En janvier 2025, 417 réacteurs nucléaires étaient opérationnels dans le monde, répartis principalement aux États-Unis, en France et en Chine (1), tandis que 63 nouveaux réacteurs représentant 70 GW de nouvelles capacités nucléaires sont en construction. A cela s’ajoute une centaine de projets de SMR (Smart Modular Reactors), petits réacteurs modulaires d’une puissance généralement inférieure à 300 MW, dont les premiers démonstrateurs français ne sont pas attendus avant 2030-2040.
La France est à l’initiative d’une déclaration réunissant la signature en décembre 2023 de 22 états, suivis récemment par 9 autres, qui se proposent de tripler la production mondiale d’électricité nucléaire et de la porter à une puissance installée de plus de 1100 GW en 2050. Cette perspective est cependant jugée trop optimiste par l’AIEA qui table sur une puissance de 850 à 900 GW à la même date.
Mais la réalisation de ces objectifs est soumise à 2 conditions majeures : la capacité de mobiliser les investissements nécessaires et l’acceptabilité du nucléaire par les populations concernées. Si en France la question du financement de la relance du nucléaire n’est pas réglée, la Chine semble avoir moins de difficultés : ses 32 nouveaux chantiers en cours en 2025 représentent la moitié des projets actuellement en construction dans le monde. L’acceptabilité du développement de la production d’électricité nucléaire varie selon les pays. En France l’opinion publique plutôt défavorable semble, selon divers sondages ||cf. : Ipsos 2024]], évoluer vers plus d’acceptation de la relance du nucléaire : à la fois dans un souci d’indépendance énergétique inspiré par le contexte politique mondial et par l’appréhension de nouveaux besoins (transports décarbonés, développement du numérique et de l’intelligence artificielle dont les centres de données consomment beaucoup d’électricité).
Dans le contexte politique international actuel, la souveraineté énergétique constitue un enjeu majeur. Pour autant, en France, la place que doit tenir le nucléaire dans la production globale d’énergie reste à étudier et à définir. Quels sont nos besoins ? Avons-nous les capacités techniques et financières pour accorder une part prépondérante au nucléaire ? La souveraineté énergétique peut-elle être déléguée au secteur privé pour pallier la faiblesse des investissements publics ? Les vertus du nucléaire, réputé source d’énergie décarbonée, suffisent-elles pour justifier la croissance continue de la demande d’énergie, dans un monde fini aux ressources limitées ?
Curly Max Toole pour le Clairon de l’Atax le 12/ 11/2025
Notes
- source AIEA[↩]


Merci pour cet article en forme de mise au point. Il y manque toutefois un point sur les défis à réaliser qui est celui de la gestion des déchets. Pour les plus virulents, ils s’entassent à Flamanville dans des piscines qui débordent. Pour les autres, la ville de Narbonne est bien placée pour savoir qu’ils posent autant de problèmes, aussi insolubles. Quant à CIGEO, le projet de les enfouir à « grand profondeur », il ne concerne que ce qui est à Flamanville et de plus, actuellement à l’état de laboratoire. Il n’a pas démontré sa pertinence. Donc avant d’envisager de nouveaux réacteurs, le principe de précaution minimal serait de se préoccuper de ce que nous avons ! Il est vrai que la gestion des déchets ne relève pas d’EdF mais de la puissance publique. Donc pour le lobbys du nucléaire, EdF en tête, c’est après moi le déluge.
L’article mêle les deux concepts de besoin et demande. Un besoin renvoi à une nécessité vitale alors que la demande relève plus du marché. Disposer d’énergie est vital mais on peut vivre sans électricité, même si le désir de confort nous pousse à la demande. Pensons aux centaines de milions (ou plus) d’humains vivant sans électricité…
Disposer d’une énergie décarbonée est désirable mais pour ce qui est du nucléaire, les quelques évaluations faites dans le monde ne concordent pas. EDF serait, à ses dire, le champion mais quand on leur demande quel est leur méthodologie de calcul, « secret industriel ». C’EST TOUT DIRE.
J’ai lu une petite allusion à l’indépendance énergétique. Peu savent que nous achetons toujours du combustible à la Russie et que la majeure partie du yellow cake arrivant à Narbonne arrive d’asir centrale, sous le contrôle des russes….
Merci de ces commentaires qui complètent l’article. Il faudrait d’ailleurs rajouter aux problèmes non résolus posés par le fonctionnement et le développement du nucléaire, une nouvelle donnée qui semble jusqu’à présent avoie été fort peu prise en compte…Il s’agit des polluants éternels : les PFAS se trouvent partout et sous toutes les formes dans l’industrie nucléaire. Pour en savoir plus on peut lire un article récent publié par « Sortir du Nucléaire » dont voici le lien : https://www.sortirdunucleaire.org/PFAS-de-la-bombe-atomique-aux-installations?origine_sujet=LI202511
On peut être bluffé par tant d’optimisme dans le développement de cette énergie si propre, si facile, mais curieusement on n’évoque plus la gestion des déchets nucléaires éminemment problématique. Il faudrait rapidement les rappeler et rappeler également les difficiles solutions trouvées pour s’en débarrasser