La messe est dite : le nucléaire français a encore de beaux jours devant lui !

La messe est dite ! On ne peut que s’inquiéter du choix politique de poursuivre le développement de la filière nucléaire française : les sommes qui y seront investies manqueront au financement des économies d’énergie et au développement des énergies renouvelables, mais encore il serait vain de penser qu’une éventuelle expertise retrouvée, permettrait d’exporter le « savoir-faire » français dans un contexte mondial ...

 

Chronique d’une catastrophe annoncée (suite)

(Image parMarkus Distelrath de Pixabay)

C’est dans un climat de forte pression du lobby défendant les industries du nucléaire que la loi Énergie-Climat a été débattue par les parlementaires.  Adoptée définitivement le 26 septembre 2019 elle vient d’être promulguée le 9 novembre dernier.  Selon la chargée de campagne « Energie » de Greenpeace France  le compte n’y est pas en matière de transition énergétique : “Au final, la seule réponse des parlementaires pour sauver le climat, c’est de donner du sursis à un parc nucléaire en fin de vie. Cette opération de sauvetage n’est pas sans risque car concrètement, elle implique d’allonger la durée de vie du parc d’EDF de 10 ou 20 ans malgré l’état déjà fragilisé des centrales : vieillissantes, criblées d’anomalies, dotées d’équipements non remplaçables, régulièrement mises à l’arrêt pour des incidents et des pannes techniques. En refusant d’aborder la sûreté nucléaire, les enjeux de gouvernance et de transparence, la crise des déchets radioactifs et la facture du programme nucléaire, les parlementaires ont fait preuve d’irresponsabilité”.
L’actualité confirme ses craintes.

Un déni de réalité gouvernemental

Alors qu’incidents et problèmes continuent dans le parc nucléaire français témoignant à la fois de la vétusteté de certaines installations, de la désorganisation ou de la perte de savoir faire de certains opérateurs, le gouvernement essaye d’organiser un jeu de dupes afin de faire passer dans l’opinion sa volonté de poursuivre le développement de la filière nucléaire.

Sur le terrain incidents et problèmes récents :

  • Les problèmes de soudures non conformes n’affectent pas que l’EPR de Flamanville, mais aussi 9 générateurs de vapeur installés sur 6 réacteurs en service, pour lesquels l’ASN a chargé EDF de réaliser des tests de fiabilité
  • Les pastilles de combustible MOX, associant uranium et plutonium, qui alimentent 22 réacteurs contiennent trop de plutonium ce qui déséquilibre la réaction nucléaire et crée des risques de déformation des matériaux voire de fusion du combustible.
  • Seuls 6 des 58 diesels d’ultime secours prévus suite au renforcement des mesures de sécurité consécutives à l’accident de Fukushima sont actuellement opérationnels les entreprises sélectionnées n’ayant pu fournir le matériel spécifié.

Du coté du gouvernement et d’EDF des actions de communication coordonnées :

Après avoir demandé des explications sur les dysfonctionnements de la filière nucléaire française, le ministre de l’Economie Bruno Lemaire a reçu fin octobre les conclusions d’un audit sur le chantier de l’EPR de Flamanville.(1) Ce rapport qui reconnait la perte de compétence des opérateurs, les dérives financières et les retards, évoque l’insuffisance des contrôles du maître d’ouvrage mais reste discret sur les rétentions d’informations  et la politique du fait accompli pratiqués par EDF et Areva dans le bras de fer permanent que ces 2 opérateurs entretenaient avec l’ASN.

Malgré ce bilan très négatif  qui constate l’échec du savoir faire nucléaire français, E. Macron le gouvernement et EDF sont déterminés à poursuivre le développement de la filière nucléaire.

  • D’une part le gouvernement a adressé à EDF la commande d’une étude relative à la création de 6 nouveaux EPR réalisés par paires de 2. Qui devra lui être rendue mi 2021 pour une décision qui serait arrêtée en 2023. (2). La communication officielle présente cette poursuite de la filière EPR comme le moyen de remobiliser ses différents acteurs, de leur faire retrouver les compétences perdues et de développer de nouveaux savoir-faire…
  • D’autre part pour Jean-Bernard Lévy, président directeur général d’EDF, auditionné récemment par la commission des Affaires économiques du Sénat, les choses sont claires : «  Nous continuons à penser que le nucléaire a sa place dans le mix énergétique français en 2050 » et l’objectif de 50% de nucléaire dans le mix énergétique en 2035 est réaliste. Selon lui la technologie mise en œuvre pour l‘EPR de Flamanville n’est pas en cause dans les dérives constatées (3). Le chantier de l’EPR de Flamanville aurait essuyé les plâtres, mais l’expérience ainsi acquise permettra de développer de nouveaux EPR « simplifiés ». Il ajoute : « Il faut que nous puissions exercer notre métier de constructeur de manière régulière ». Il annonce pour décembre 2019 la présentation du plan d’actions demandé par le ministre de l’économie. Ce plan devrait permettre de retrouver « retrouver un niveau de qualité industrielle » et « renouer avec l’excellence ».

La messe est dite !

On ne peut que s’inquiéter du choix politique de poursuivre le développement de la filière nucléaire française. Non seulement les sommes qui y seront investies manqueront au financement des économies d’énergie et au développement des énergies renouvelables, mais encore il serait vain de penser qu’une éventuelle expertise retrouvée, permettrait d’exporter le « savoir-faire » français dans un contexte mondial où la construction de centrales connaît un fort ralentissement et où le savoir faire chinois qui dispose de moyens beaucoup plus importants risque de rafler les quelques marchés restants.

Curly Mac Toole pour le Claironde l’atax le 18/11/2019

 

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Notes:
  1. https://minefi.hosting.augure.com/Augure_Minefi/r/ContenuEnLigne/Download?id=104AF2DA-FA4D-4BED-B666-4D582E2C7A8A&filename=1505%20-Rapport%20Flamanville%20pdf.pdf
  2. Ndlr: après la fin du mandat présidentiel actuel
  3. Ndlr : il s’agirait donc d’un manque de savoir faire d’EDF et d’Orano ?

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