Encore 8 mois !

Comment se sortir de ce processus si peu démocratique que sont devenues les élections présidentielles ?

Débat en cours (Image par WikiImages de Pixabay.jpg)

Encore 8 mois avant les élections présidentielles 2022 : 8 mois où les médias tenteront de nous convaincre de tout et de son contraire, 8 mois à l’issue incertaine d’une lutte entre la raison et les affects, 8 mois où dans la plus part des médias, les postures et les images prendront le pas sur les contenus.
A l’heure actuelle, déjà 12 candidats sont annoncés tandis que le Président Macron fait silence sur la sienne, tout en annonçant distribuer de l’argent réparti en fonction de ses priorités électorales et que tel autre individu laisse planer le doute tout en chauffant son public par une surenchère de déclarations radicales.
Ce début de campagne tient à la fois de la course à l’échalote et de l’émission de télé réalité.

La question de la légitimité d’une candidature
A ce stade, pour les candidats, la question est de savoir comment légitimer leur candidature : d’autant plus que l’idée d’une défiance croissante des Français à l’égard des dirigeants politiques et des institutions est fortement diffusée dans les médias. Il faut donc que cette candidature apparaisse comme l’expression d’une volonté autre que celle du seul candidat. Ainsi, Emmanuel Macron serait légitime à candidater parce qu’il a déjà été Président de la République, donc déjà choisi une fois. Telle ou tel autre parce qu’elle / il a gagné les élections régionales et donc qu’une majorité d’électeurs a voté pour elle / lui. Il y a aussi l’étonnante idée du candidat naturel : comment un candidat naturel se révèle-t-il ? Cette révélation relève-t-elle d’une intervention divine, de la reconnaissance unanime de vertus exceptionnelles, ou serait elle le résultat d’un parcours obscur, violent et fratricide dans les dédales d’un parti politique ? Il y a enfin les sondages qui permettraient de légitimer une candidature au prétexte qu’elle aurait recueilli plus d’intentions de vote que ses concurrents.

Les sondages en ligne sources de légitimité ?
Il n’est pas de campagne politique sans sondages commandés par la presse, les chaines de télévision ou de radio. Les sondages en ligne sont utilisés dans la très grande majorité des enquêtes. Les techniques d’interrogation des sondés sophistiquées ou non et l’exploitation des résultats sont grandement facilités par le recours à l’informatique et aux messageries. Le sondé peut être joint et répondre en tout temps et tout lieu et le calcul informatisé est censé limiter les erreurs dans les résultats. Ainsi les nouvelles technologies sont mises en scène comme garantes de l’objectivité…Être gagnant d’un sondage aurait alors un parfum de sacre ?
Rien n’est plus trompeur et scientifiquement infondé. D’une part une intention n’est pas une décision, donc un vote acquis : la réponse d’un sondé n’est pas performative. D’autre part, peut-on prétendre que les sondés sont représentatifs de l’opinion ? De fait ils relèvent d’un échantillon particulier : ils ont accepté d’être sondés ce qui implique au mieux qu’ils considèrent qu’il est utile de s’exprimer dans le champ du politique, ce qui n’est de loin pas le cas de l’ensemble des Français, au pire qu’ils s‘expriment dans l’attente d’une gratification.

Mais les sondages en ligne posent une question plus fondamentale que celle de la fiabilité de leurs résultats : il s’agit de la nature et de la qualité de la réponse des sondés. Car il s’agit d’une expression singulière, faite dans l’intimité d’un clavier informatique ou d’une réponse téléphonique. Qu’auraient été les réponses aux questions posées si elles avaient été précédées d’une discussion de bistrot, familiale, de travail, bref d’échanges avec des autres ? L’intelligence collective ça existe…

Mais les sondages ne sont qu’une péripétie dans la course à l’échalote des présidentielles qui est aussi jalonnée par les débats télévisés entre les candidats.
Les débats télévisés attirent un public nombreux : ils semblent relever d’un mélange entre ces séances de télé réalité et les retransmissions de combats de boxe qui fascinent tant de spectateurs installés dans leurs canapés. Qui va gagner : Ralph ou Bobby, Mohamed Ali ou Frazier, Mélenchon ou Zémour ? En quoi, lors d’une campagne présidentielle, le gagnant d’une joute oratoire télévisée, mise en scène par des animateurs, communiquants ou journalistes, prouve-t-il qu’il est capable de diriger le pays mieux que son adversaire ? Tout au plus fera-t-il croire un moment à une partie des spectateurs que ses propositions et son offre politique, sont en adéquation avec leurs attentes, ce qui permet parfois de remporter un vote…
Comment se faire une idée un peu objective d0u programme d’un candidat dans cette relation univoque où le spectateur « reçoit » un spectacle calibré et mis en scène sans possibilité d’y répondre directement ?  Les interventions des journalistes qui questionnent les candidats résolvent d’autant moins ce problème lorsqu’ils prétendent représenter le public.

Pour tenter d’échapper à ces tentatives plus ou moins efficaces de formatage, menées par les différentes factions en compétition dans ces élections présidentielles, il nous reste la possibilité de choisir dans les médias ceux qui ont une capacité moindre d’intoxication : certains titres de presses et des livres (Verba volant, scripta manent) (1) semblent plus propices à une analyse critique des discours et projets des candidats. Enfin ne nous privons pas de ces débats horizontaux où la présence physique de notre voisinage, familial, social, professionnel, nous apporte bien plus que les jaculations électroniques des réseaux sociaux.

Comment se sortir de ce processus si peu démocratique que sont devenues les élections présidentielles ? Il parait difficile de le faire sans changer nos institutions auxquelles nos classes dominantes s’agrippent. Pourtant d’autres modes de gouvernance ont témoigné de leur pertinence et de leur efficacité. Un exemple : la Convention citoyenne pour le climat à montré qu’un ensemble de citoyens, tirés au sort, pouvait définir une ligne politique qui répondait aux nécessités du moment. Pour le moment diverses manipulations ont entravé ou dénaturé leurs propositions car contraires aux intérêts particuliers de tel ou tel lobby, mais le rapport de force pourrait s’inverser avec le développement de la crise climatique et des problèmes environnementaux. Le changement de nos institutions est posé comme une perspective irrémédiable.

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 22/09/2021

 

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Notes:
  1. locution latine : les paroles s’envolent, les écrits restent

1 commentaire

Course a l echalotte ? Ce ne sont pas les propositions de nouvelles gouvernances cooper actives qui manquent Paris experimentees ici et la ….
La confederation Helvetique (Suisse) utilise la consociation avec succes : les citoyens se sentent consideres et impliques par les decisions qui les concernent.
Chantal Mouffe decrit les avantages du dissensus plus efficient que le consensus
Et Auguste Comte philosophe considere comme le pere de la sociologie avait invente la sociocratie ….que les troubadours appelaient convivencia….

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