Nucléaire : et le prestidigitateur tira de son chapeau ……..des SMR !

Grace à la magie des élections présidentielles les solutions pour remettre à flot le nucléaire français ne manquent pas d'imagination.

Chronique d’une catastrophe annoncée (suite)

Nous sommes dans un régime présidentiel : ça veut dire que toutes les grandes décisions prises en France le sont avec l’aval d’Emmanuel Macron. On pourrait attendre de la plus haute autorité de notre pays une certaine cohérence dans les choix : ce n’est pas le cas en ce qui concerne le nucléaire. En début de mandat E. Macron se présentait comme favorable à une réduction du nucléaire dans le mix énergétique, la fermeture des 2 réacteurs de Fessenheim en février et juin 2020 semblait confirmer cette orientation et puis ça a changé…

Lapin sortant du chapeau (image par Kranich17 de Pixabay.jpg

 

Le retour du nucléaire

La réalité s’impose malgré les discours lénifiants du lobby pro-nucléaire : les centrales nucléaires ont été construites massivement, dans un laps de temps très court, entre les années 70 et 80. Elles  arrivent donc en fin de vie dans le même laps de temps. Conçues au départ pour durer 30 ans, puis 40, la doctrine gouvernementale est de les prolonger jusqu’à 50 ans. Cela s’avère d’autant plus nécessaire que jusqu’à l’EPR de Flamanville, qui n’est toujours pas en fonctionnement, aucun nouveau réacteur n’a été construit depuis le début des années 1990 et que les autres sources d’énergie électrique s’avèrent insuffisantes ou pas assez développées pour compenser un arrêt progressif du nucléaire.

Prolonger la vie des centrales et /ou développer rapidement les énergies renouvelables. Le choix politique a été de prolonger la vie des réacteurs : cela implique leur révision totale, leur mise à niveau selon les nouvelles normes de sureté (suite à Fukushima). L’ensemble de ces opérations est appelé « grand carénage », son coût est estimé à 100 milliards €. Mais EDF le propriétaire public de ces réacteurs est fortement endetté et n’a pas cet argent.

L’EPR c’est la solution miracle : on fait plus gros !

Pour les stratèges d’EDF et d’AREVA, les 2 leaders de la filière nucléaire, la construction d’EPR (European Pressurized Reactor) semblait être la solution pour se refaire une santé financière. L’idée de base est de construire des réacteurs plus gros qui passeraient des 900 MW à 1650 MW, le changement d’échelle permettant de substantielles diminutions de coût (1). Les performances des premiers EPR étaient censés ouvrir un marché  profitable pour EDF et AREVA…Hélas le succès ne fut pas au rendez-vous : manque de savoir faire et d’organisation, l’EPR de Flamanville, au coût initialement annoncé à 3,3 milliards € est actuellement estimé à 19 milliards €, alors que sa mise en service prévue pour 2012 n’est toujours pas effectuée à ce jour ! Il en est de même pour l’EPR Finlandais d’Olikiluoto dont la mise en service était prévue en 2009 : il n’est toujours pas en activité et les dérapages du coût de son chantier ont contribué à la faillite d’AREVA.

Le miracle des EPR n’a pas marché et la filière nucléaire se dégrade de jour en jour

A la dégradation des réacteurs s’ajoute la question du traitement et du stockage des déchets radioactifs produits par les réacteurs et celle de leur déconstruction, 2 problèmes qui n’ont pas trouvé à ce jour de solution satisfaisante. Tout cela engendre des coûts importants qui par divers artifices comptables ne sont pas répercutés sur le prix de l’électricité nucléaire.

Pour autant, malgré les désastres de Flamanville et d’Olkiluoto, malgré la situation catastrophique de la filière nucléaire, le gouvernement, EDF et divers candidats aux présidentielles pensent que la meilleure solution serait de construire 6 nouveaux EPR qui remplaceraient les réacteurs actuels en fin de vie. Les chantiers se passeraient mieux grâce aux enseignements tirés des déboires de l’EPR de Flamanville qui permettraient cette fois ci de tenir les délais  et de respecter les coûts prévisionnels ! Cette argumentation a déjà été avancée pour les 2 EPR Finlandais et Français mais elle a été démentie par les faits.
Mais faire le grand carénage, terminer l’EPR de Flamanville, fermer 12 réacteurs et se lancer dans la construction de 6 nouveaux EPR, implique la mobilisation de moyens techniques et financiers qui n’existent pas…Alors que faire ?

Une nouvelle solution sort du chapeau : les SMR

La campagne des présidentielles semble avoir des effets miraculeux, car voici que, soudain, dans le cadre du plan de relance présenté par E. Macron apparait une nouvelle orientation en matière de production d’électricité nucléaire. Finis les gros réacteurs, vive les petits !  On va construire des SMR (Small Modular Reactor) en Français PRM (Petits réacteurs modulaires).
L’idée est de fabriquer en usine des réacteurs plus petits et de plus faible puissance, de 10 MW à 300 MW qui seraient transportés et installés sur leurs sites d’implantation. Leur mode industriel de fabrication permettrait de réduire les coûts, sans compter que cela participerait à la relance industrielle du pays…

On peut spéculer longtemps sur l’intérêt d’un tel projet et la communication officielle s’en charge d’en dire tout le bien, mais le principe de réalité conduit au constat de la quasi-inanité de cette solution.

  • D’une part parce que la France n’a pas actuellement de filière industrielle pour fabriquer ces SMR / PMR
  • Les délais nécessaires à la mise en place d’une telle filière (2) ne correspondent pas au calendrier de fermeture des réacteurs en fin de vie, d’où manque d’électricité…
  • Vu la taille de la France, l’implantation de ces nouveaux réacteurs est quasi impossible, ne serait-ce qu’en raison des réactions de la population. Il ne reste donc que les sites des centrales déjà existantes, mais alors ils faudrait plusieurs SMR pour remplacer 1 seul réacteur de 900 MW quel intérêt ?
  • L’électricité produite par plusieurs petits réacteurs sera nécessairement plus chère que celle d’une grosse unité de type EPR en raison des économies d’échelle
  • Comment financer cette filière, alors que la situation financière d’EDF ne le lui permet pas et qu’au vu des performances de l’électricien nucléaire, il semble peu probable d’intéresser des investisseurs privés (sauf soutien de l’Etat qui garantirait un prix de vente de l’électricité ?)

Il faut espérer que ce projet de filière de SMR se délite une fois passées les élections présidentielles et législatives, que la décroissance de la filière nucléaire soit bien cadrée et que les investissements publics privilégient enfin une production d’électricité plus propre, plus sûre, plus indépendante, plus compétitive, n’en déplaise à nos gouvernants actuels.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 21/10/2021

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Notes:
  1. Ndlr : rappelons que les réacteurs des années 1970 /1980 ont été financés avec de l’argent public, ce qui serait aujourd’hui impossible car l’État ne dispose plus des mêmes moyens financiers
  2. certains experts pensent qu’au mieux elle pourrait être opérationnelle en 2040

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