Eugénie Grandet

Balzac revisité par le réalisateur Marc Dugain

Belgique/France – 1h45 – 2020

Un film de Marc Dugain avec Joséphine Japy, Olivier Gourmet, Valérie Bonneton

 » Tous les hommes ont des vices. Ton père a choisi celui qui coûte le moins cher, l’avarice « .

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Qui se souvient encore du Lagarde et Michard  XIXe siècle, le livre de classe qui nous donnait un aperçu des grands auteurs littéraires de cette époque ?. Mais qui se souvient encore du livre de Balzac ? .

Félix Grandet, ancien maire et tonnelier de Saumur, règne en maitre dans sa maison et sur sa femme et sa fille Eugénie. Ils vivent chichement dans une maison faiblement éclairée, où le garde-manger est fermé à double tour et dont le maître a la clé.  Dans cette maison triste, tout est compté. La vie s’étire morne et vide.

Le père Grandet,  d’une avarice extraordinaire tarde à marier sa fille, rechignant à se séparer d’une dot qui entamera sa fortune colossale qu’il cache à tous y compris à sa famille. La venue de son neveu, que son père éloigne de Paris, pour se suicider après avoir découvert qu’il était ruiné, va bouleverser la petite vie provinciale et terne d’Eugénie.
L’inclinaison des jeunes gens va exaspérer au plus haut point Grandet qui découvrira la générosité de sa fille et lui fera payer très cher.

Nous voici dans une version revisitée par Marc Dugain, mais qui s’en plaindrait ?. L’ambiance reste celle décrite par Balzac, magnifiée par les images, les couleurs, les paysages soigneusement choisis pour évoquer la monotonie du temps qui passe et la saison froide, sombre et humide.

Au milieu de cette grisaille, Eugénie (Joséphine Japy) apparait lumineuse et fragile, soumise à un père (Olivier Gourmet) omnipotent et intransigeant. La mère (Valérie Bonneton), bien que toute acquise à la cause de sa fille, ne peut être un rempart à la rage de son mari. Et voilà qu’un soupçon de modernité colore la personnalité d’Eugénie qui va se révéler farouche et inflexible, lucide et déterminée.

La fin du film qui diffère totalement du livre nous laisse perplexe, elle va bien sûr dans le sens de notre XXIe siècle mais s’éloigne tellement de la personnalité d’Eugénie, (effacée et soumise bien que ferme dans sa résolution face à son père) qu’on peine à y croire.

Balzac féministe ?. « Le mariage, institution sur laquelle s’appuie aujourd’hui la société, nous en fait sentir à nous seules tout le poids : pour l’homme la liberté, pour la femme des devoirs. Nous vous devons toute notre vie, vous ne nous devez de la vôtre que de rares instants. Enfin l’homme fait un choix là où nous nous soumettons aveuglément. Oh ! Monsieur, à vous je puis tout dire. Hé bien, le mariage, tel qu’il se pratique aujourd’hui, me semble être une prostitution légale. De là sont nées mes souffrances », écrit Honoré de Balzac dans « La femme de trente ans ».

Balzac s’est toujours intéressé à la condition des femmes, quand bien même à cette époque, il eut été difficile de s’afficher féministe pour un homme,  de surcroit pour un écrivain. Un film qui ouvre des perspectives de réflexion.

Patricia Renaud pour le Clairon de l’Atax le 12/11/2021

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