Nucléaire : petit état des lieux à la mi-2022

(Chronique d’une catastrophe annoncée)

A l’heure actuelle plus de la moitié du parc nucléaire est à l’arrêt et sa production d’électricité est par moments inférieure à la moitié de l’électricité produite en France. Cette situation est due aux travaux nécessaires à la prolongation des réacteurs au-delà des 40 ans de fonctionnement initialement prévu,  mais aussi à la « découverte«  de fissures qui semblent  concerner l’ensemble du parc nucléaire, quel que soit le type et la puissance des réacteurs. Selon certains experts comme le physicien nucléaire Bernard Laponche, ce problème dont on ne connait pas entièrement les causes pourrait aussi affecter les EPR et remettre en cause le programme de construction de nouveaux réacteurs.

Plombier / soudeur : un métier d’avenir chez EDF !(Image par siala de Pixabay)

 

Ciel des fissures !

Il règne une grande confusion sur la date de leur découverte : ce qui est étonnant lorsqu’on considère tout les contrôles qui sont exercés par divers organismes sur l’industrie nucléaire. Ainsi c’est en été 2021 qu’EDF communique sur la découverte de fissures inédites, concernant la tuyauterie de circuits d’eau servant au refroidissement des réacteurs. Or la littérature scientifique fait état en 1984 d’un premier cas de corrosion sur un circuit d’injection d’eau du réacteur N° 3 de la centrale du Bugey (Ain) et c’est sur le même type de circuit  que des fissures déclarées « inédites » ont été découvertes par EDF à la centrale de Civaux pendant l’été 2021 !
Or depuis 2004 de nombreuse thèses et études scientifiques ont porté sur ce phénomène et il est difficile de croire que ces travaux pouvaient être ignorés d’EDF dont certains de ses ingénieurs R&D étaient consultés par les scientifiques ou participaient aux jurys de thèse !

De quoi s’agit-il ?

Les fissures et la corrosion concernent 2 types de circuits :

  • Le circuit de refroidissement du réacteur à l’arrêt (RRA) qui permet d’évacuer la chaleur produite par la combustion nucléaire dans la cuve du réacteur lorsque celui-ci est mis en arrêt. Il permet aussi d’évier l’échauffement de l’eau contenue dans le circuit primaire du réacteur (refroidissement du réacteur en marche)
  • Le circuit d’injection de sécurité (RIS) qui fonctionne en cas de perte de réfrigérant du circuit primaire : il permet d’injecter de l’eau borée dans le cœur du réacteur pour stopper la réaction nucléaire et de maintenir le volume d’eau dans le circuit primaire.

Ces fissures sont de 2 natures :

  • La fatigue thermique provoquée par une altération du métal sous l’effet de passages répétés du chaud au froid (dilatation, contraction)
  • La corrosion sous contrainte ou CSC dont les causes sont encore mal connues. Plusieurs hypothèses d’explication sont avancées : composition de l’acier, sollicitations mécaniques, phénomène chimique lié à la circulation d’eau borée dans les tuyaux, «stratification thermique » provoquée par le mélange d’eau très chaude et très froide dans certaines parties des circuits, problème de soudure et plus récemment la conception et le « design » des circuits RIS.

Les problèmes de corrosion et de fissures détectées depuis 1984 n’ont pas été correctement traités au niveau industriel par Edf, notamment en raison d’un manque de communication entre les scientifiques et les ingénieurs R&D d’EDF et les services opérationnels chargés de faire fonctionner et d’entretenir les centrales nucléaires. La production et ses implications financières ne fait pas toujours bon ménage avec les contraintes de sûreté imposées par le nucléaire.

Et maintenant ?

Il est difficile de savoir quel est l’avenir de la filière nucléaire, compte tenus des changements politiques advenus récemment : relance ou pas relance ? Et si relance il faudra 15 ans avant que les nouvelles centrales produisent de l’électricité ce qui implique pour la France une perte d’autonomie pour la production d’électricité !
Mais l’avenir de la filière ne dépend pas exclusivement du choix des politiques : une grave crise de l’énergie s’annonce pour l’hiver prochain : elle est provoquée à la fois par les conséquences du conflit Russo-Ukrainien et la moindre disponibilité du parc nucléaire français. La France pourra-t-elle importer de l’électricité de ses voisins alors que leurs capacités de production sont réduites suite aux embargos sur le pétrole et le gaz russe ? Va-t-on assister à une relance des centrales électriques fonctionnant au charbon ? Y aura-t-il pénurie d’électricité ? Quels impacts sur l’industrie et les ménages ?

Dans un tel contexte le développement accéléré des énergies renouvelables apparait comme une impérieuse nécessité !

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 20/06/2022

 

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