Glyphosate : lorsque la sécurité des populations est confiée à des lobbies

Le glyphosate, l’herbicide le plus répandu dans le monde, dont la toxicité est mise en évidence par de nombreuses études, avait fait l’objet en 2017 d’une autorisation provisoire de mise sur le marché dans l’Union européenne pour une période de 5 ans. Cette autorisation avait été acquise à l’issue d’un intense débat au sein et entre les États membres. (En France le tout nouveau président Macron s’était à l’époque prononcé pour l‘interdiction du Glyphosate).
Cette autorisation provisoire arrive aujourd’hui à échéance et la Commission européenne propose cette fois aux États membres de voter début octobre pour une nouvelle autorisation d’une durée de 10  ans. Ce changement de cap est-il dû à de nouvelles connaissances scientifiques établissant l’innocuité du glyphosate ou du moins sa faible toxicité ? Il n’en est rien : au contraire de nouvelles études confirment sa toxicité et particulièrement le danger qu’il représente pour la santé humaine. La Commission européenne, elle-même, semble reconnaitre ce danger, puisque dans sa proposition de reconduite d’autorisation elle recommande aux  États membres de prendre des mesures d’atténuation des risques autour des zones pulvérisées et de surveiller les effets indirects de cette substance sur l’environnement.
Alors pourquoi continuer à exposer les populations et l’environnement à une telle substance ?

épandage glyphosate (Image par 1737576 de Pixabay)

 

Agrobusiness contre santé publique : 1 à 0

En 2015 le glyphosate est classé « cancérogène probable » par le CIRC qui se basait sur les études scientifiques alors publiées. Depuis cette époque de nouvelles et nombreuses études scientifiques ont précisé et approfondi les effets néfastes de cette substance. C’est ainsi qu’en 2019 une méta-analyse (1) a montré que  les personnes qui travaillaient au contact du glyphosate avaient 41% de chances en plus de développer un cancer du système immunitaire. Ces résultats ont été confirmés en 2021 par une étude de l’INSERM.
D’autres pistes d’études en cours semblent indiquer que le glyphosate engendre des effets perturbateurs endocriniens et neurotoxiques.

Malgré les études scientifiques la Commission européenne minimise, voir nie le danger

La proposition actuelle de la Commission européenne de ré autoriser le glyphosate pour 10 ans, se base sur l’avis de l’EFSA (l’Agence européenne de sécurité sanitaire) qui a considéré le 6 juillet que cette substance ne présentait pas de « domaine critique de préoccupation » chez les humains, les animaux et l’environnement. (Ndlr : qu’en langage ampoulé ces choses là sont dites !). Tout juste si l’EFSA signalait : « un risque élevé à long terme chez les mammifères » pour la moitié des usages proposés.
De son côté l’ECHA (l’Agence européenne des produits chimiques) avait déjà jugé en 2022 que le glyphosate n’était ni cancérogène, ni mutagène, ni reprotoxique, juste un peu toxique à long terme pour les organismes aquatiques.

Y aurait-il 2 sciences : celle des universités et des chercheurs et celle des organismes officiels ?

Pour former leurs avis, l’ECHA et l’EFSA se basent essentiellement sur des études qui leurs sont fournies par les industriels concernés. On est en situation permanente de conflit d’intérêt (Ndlr : dans le domaine de l’agro-industrie comme dans d’autres secteurs de l’économie). Peut-on imaginer des industriels qui financent des études qui leur seraient défavorables ?

Pourquoi la volte face du gouvernement français ? (2) Pour le ministre de l’agriculture Marc Fresneau, très lié au monde agricole : « Tout converge vers une nouvelle homologation. », homologation qu’il justifie par « On fait confiance à la science, aux études qui disent que le glyphosate ne pose pas de problème cancérogène. ».De quelle science parle-t-il : celle objective  des universités et labos de recherche ou celle homologuée par des organes du politique ? De son côté E. Borne, la première ministre invoquait elle aussi la science au Salon de l’agriculture pour justifier le revirement macroniste : « En matière de produits phytosanitaires […], notre approche est fondée sur la science et les avis des scientifiques. »

Il est vrai que la Macronie, en difficultés depuis les résultats électoraux de 2022, aurait beaucoup à perdre en se privant du soutien du monde de l’agrobusiness qui pèse lourd au plan politique. Mais cela vaut-il pour autant de prendre des risques avec la santé d’un grand nombre de Français ? Combien de temps allons nous encore tolérer cette situation permanente de conflits d’intérêts où des études commanditées par des industriels leurs permettent de faire homologuer des produits ou des services contraires à l’intérêt public ?

Louise.B.Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 22/09/2023

 

 

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Notes
  1. étude scientifique qui compile toutes les données vérifiées et disponibles[]
  2. Ndlr : vieux proverbe réactualisé « Souvent Macron varie, bien fol est qui s’y fie ![]
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