Une crise particulièrement grave frappe actuellement le vignoble d’Occitanie et particulièrement l’Aude et l’Hérault. La mondialisation, le changement climatique, une diminution de la consommation de vin par les Français, un changement de goût chez les consommateurs, les explications sont multiples. En tout cas la conjoncture est dramatique et beaucoup de viticulteurs et de vignerons risquent de mettre la clef sous la porte. Il nous a semblé utile au « Clairon », d’apporter notre petite contribution à la réflexion sur l’avenir de la filière viticole, c’est pourquoi nous publions à partir de la présente édition, un texte de Laurent Fabas sur l’histoire du vignoble audois. Il est découpé en trois articles successifs et publié dans les éditions de décembre 2023, janvier et février 2024.
La rédaction du Clairon
Les anciens du Languedoc se souviennent d’un temps où la vigne était au cœur des paysages et de l’économie de l’Aude, du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées Orientales. La vigne et la santé de la viticulture reste aujourd’hui une préoccupation majeure pour les élus ruraux. Cette époque a fondé un art de vivre. Elle a également fondé une mythologie faite d’entraide et de lutte dont les échos ressurgissent à chaque génération. Pour le comprendre, remontons le temps, au delà de la mémoire des anciens.
Vignoble du sud (vignes sud (Image par THCshots de Pixabay)
La naissance du Languedoc viticole
La vigne a été introduite dès l’antiquité sur la côte méditerranéenne de ce qui deviendra la France. Elle s’est longtemps insérée dans une agriculture diversifiée. Le transport était couteux et il était plus économique de se fournir localement. Le Languedoc ne devint viticole qu’au XIXème siècle en réaction aux révolutions des moyens de transport. À une époque où l’eau potable était parfois difficile d’accès, la consommation de vin était un enjeu de santé publique.
Le climat méditerranéen, très propice à la culture de la vigne, donnait un avantage comparatif par rapport aux territoires voisins dans ce domaine essentiel. Dès le XVIIème siècle, l’aménagement du canal du Midi avait favorisé les échanges entre les plaines fertiles du Toulousain et les coteaux plus secs du Languedoc méditerranéen. Cet axe fluvial permettait l’acheminement des céréales du Toulousain vers la Méditerranée et celui des vins du Biterrois et du Narbonnais vers Toulouse. Le port de Sète, nouvellement créé, constitua à la même époque un second débouché pour les vins du Languedoc.
Les politiques de libéralisation de l’agriculture et du commerce du milieu du XVIIIème siècle permirent au vignoble languedocien de devenir la culture dominante. En effet, il fallut attendre 1759 pour que l’État octroie la liberté de plantation, et 1776 pour qu’il autorise la libre circulation des vins. Ces mesures menèrent à la généralisation de la culture de la vigne que 20% des exploitations agricoles cultivaient en 1750 contre 80% un siècle plus tard. Cette spécialisation entraîna une monoculture quasi-systématique, qui favorisa l’apparition de maladies et de ravageurs. L’oïdium se répandit aux alentours de 1850. L’utilisation du souffre, issu notamment de la mine de Malvesy près de Narbonne, ouvrit l’aire de l’utilisation presque systématique de pesticides.
En 1856, l’ouverture à la navigation du canal latéral à la Garonne, puis celle de la ligne de chemin de fer Bordeaux-Sète en 1857, facilitèrent l’approvisionnement des négociants de Bordeaux en vins du Languedoc. Ces vins furent alors exportés vers Paris, le nord de la France et l’Angleterre. Les négociants se souciaient alors peu des notions de traçabilité et les vins du Languedoc se vendaient sous l’étiquette du négociant. Ils restèrent durablement dans l’ombre des vins de Bordeaux.
Le phylloxera et la richesse du Languedoc
L’irruption du phylloxéra, un insecte ravageur américain observé pour la première fois en 1863 dans le Gard, plongea le vignoble français dans une terrible crise. L’infestation d’un pied de vigne entraînait sa mort en 3 ans. Hors du Languedoc, surtout dans le Nord-Ouest, la surface plantée en vignes s’effondra.
Les plaines du Biterrois et du Narbonnais ne furent touchées que plus tardivement, vers 1880. La chute de la production des autres régions fit leur richesse. Il fallait répondre aux besoins de consommation, qui ne baissaient pas, en particulier dans le nord du pays et ses régions industrielles. Dans les centres industriels, l’eau était rarement potable et le vin servait de désinfectant. Les ouvriers consacraient une part importante de leur salaire à l’achat de vin. Les producteurs peinaient à satisfaire toute la demande. Le vignoble fut alors pris dans une course au rendement pour faire face à une augmentation considérable de la consommation.
La loi du 17 juillet 1880 facilita l’ouverture massive des débits de boissons, surtout dans les quartiers ouvriers des grandes villes, où trois débits en moyenne ouvrirent pour cinq immeubles. La consommation de vin et d’alcool monta en flèche. Lorsque le phylloxéra atteint le bitterois et le narbonnais, la recherche avait avancé et des remèdes étaient disponibles. L’introduction de pieds américains, naturellement résistants au phylloxéra, greffés sur des cépages productifs d’Aramon et de Carignan, faisait « pisser la vigne ».
L’introduction des wagons-foudres dans les années 1880, sanctuarisera la domination du chemin de fer pour la commercialisation du vin. Alimenté par le déploiement d’un réseau ferré local, il contribua à l’extension de la vigne dans des territoires précédemment enclavés. La surface plantée en vignes augmenta dans les départements de l’Aude, du Gard, de l’Hérault et des Pyrénées-Orientales. À eux quatre, ils fournissaient près de la moitié de la production française de vin. D’autres vignobles furent incapables de faire face à cette concurrence et disparurent.
Le Languedoc, et plus particulièrement la région de Béziers, s’enrichit rapidement. De grandes fortunes se bâtirent. Là où dans d’autres territoires des usines auraient fleuri, les fortunes issues de l’industrie, de la finance ou des professions libérales, étaient investies dans d’immenses domaines de plusieurs dizaines d’hectares.
Ainsi, le Languedoc connut une forme précoce de maladie hollandaise. Il s’agit d’une théorie tirant son nom du déclin industriel des Pays Bas après la découverte de gisements de gaz. Elle décrit comment les espaces économiques ayant un avantage comparatif dans la production de matières premières se spécialisent précisément dans la production de matières premières, au détriment de leur secteur manufacturier. Dans le Languedoc, l’industrialisation fut viticole.
La surproduction
Dans cette frénésie économique, de nouveaux acteurs entrèrent sur le marché. La qualité du vin comptait moins que son taux d’alcool, son degré.
Les vins d’Algérie commencèrent à être débarqués sur le port de Sète, concurrençant directement la production régionale et déstabilisant le marché. La pratique du coupage se généralisa. Il s’agissait de mélanger un vin à fort degré, comme le vin algérien, avec un vin à faible degré. Les plantations languedociennes de cépage aramon en taille longue produisaient de grandes quantités de vins de faible degré. Le Languedoc se spécialisa dans la quantité, négligeant la qualité.
Dans une moindre proportion, des vins espagnols et italiens firent leur apparition sur le marché français, alors que les échanges internationaux s’intensifiaient. L’élaboration de vins à partir de raisins séchés importés apparut également. L’ajout de sucre pour augmenter le degré, dit chaptalisation, n’était pas régulé, pas plus que l’ajout d’eau pour le baisser. Des vins étaient même élaborés sans raisins. Si les vignerons accordaient une grande importance à cette concurrence déloyale, elle ne représentait pas plus de 5 % du marché.
Ce n’est qu’en 1889 que la Loi Griffe donna la définition légale du vin. Cependant, elle ne mit pas fin aux pratiques désormais frauduleuses.
Le vignoble du Languedoc tournait alors à plein régime. Le vignoble replanté après la crise du phylloxéra était arrivé massivement à maturité. Sa production resterait élevée quelques années puis déclinerait 15 à 20 ans après sa plantation.
Déjà habitués à traiter leurs vignes, les viticulteurs surmontèrent vite l’irruption du mildiou, un autre champignon qui se fixe sur le dos des feuilles. La bouillie bordelaise, mélange de sulfate de cuivre et de chaux devint un élément central de leur arsenal.
Dès 1891, le Languedoc entra en crise de surproduction. Le cours du vin s’effondra. Il était vendu en dessous de son coût de revient. Les grands domaines résistèrent, la ruine toucha les petits propriétaires. En 1892, les viticulteurs du Midi réclamaient la suppression du sucrage officiel et le rétablissement des droits de douane.
Le 12 décembre 1893, une manifestation eut lieu à Montpellier prélude à de nombreuses autres. Une pétition circula, réunissant des milliers de signatures, pour dénoncer la fraude et les vins falsifiés. Les premiers appels à faire grève des impôts furent lancés avec le soutien d’élus qui brandissaient la menace de démissionner de leurs mandats. Face à eux, le gouvernement avait une autre analyse, pour lui le problème était la surproduction des vins du Midi.
Le vin languedocien se vendait de plus en plus mal. Les récoltes abondantes firent gonfler des stocks devenus impossibles à écouler. Dans les bistrots, on vendait le vin « à l’heure », à la manière d’un buffet à volonté.
En 1904 et 1905, les récoltes furent extrêmement abondantes, en France, la hausse de production fut de + 96 %. L’Espagne comme l’Italie enregistrèrent également une surproduction qui vint renforcer la pression sur les marchés.
Les vendanges de 1906 ne se vendirent pas. Les petits viticulteurs restés indépendants furent ruinés, les ouvriers agricoles vinrent grossir les rangs des chômeurs. Toute la population fut entrainée dans une sorte d’effet domino. La ruine des vignerons entraîna celle des commerçants et des autres corps de métiers, la misère régna dans toute la région.
Pourtant, face à ce marasme, les vignerons avaient réagi. Un Comité régional de défense viticole des intérêts du Midi fut constitué le 20 janvier 1905. Mais au Parlement les propositions de Félix Aldy, député de l’Aude, réclamant l’abrogation de la loi de 1903 sur la «chaptalisation» et une surtaxe sur le sucre furent rejetées par les parlementaires. Cette loi était défendue par des parlementaires influents car elle permettait d’améliorer la qualité de certains vins comme le Champagne. Cependant, certains négociants n’hésitaient pas à adjoindre de l’eau en plus du sucre afin d’augmenter les volumes produits, aggravant la surproduction.
Quand le Midi coopéra
Le poids de cette crise, liée au déséquilibre entre l’offre et la demande, fut essentiellement porté par les plus pauvres. Les négociants faisaient jouer la concurrence entre petits vignerons pour obtenir des prix toujours plus avantageux et conserver leurs marges. Les vignerons, pour survivre un jour de plus, devaient s’y plier. Les gros propriétaires subissaient moins de pression. La crise s’accentua au début du XXème siècle.
Les vignerons étaient en colère et commencèrent à se mobiliser. Pour faire face aux négociants, ils choisirent de s’unir et de rassembler leurs moyens humains, économiques et matériels. Les idéaux socialistes étaient fermement enracinés dans la région, comme le rappelle l’expérience de la Commune de Narbonne en 1871. Des politiciens d’envergure nationale comme Jean Jaurès ne manquèrent pas de soutenir le mouvement.
En 1901, la première coopérative de vente de vin fut créée à Maraussan, près de Béziers. En 1905, elle se dota d’une vinification commune en construisant un bâtiment spécifique. Cette formule permet aux vignerons de s’approprier une part significative des marges des intermédiaires, améliorant ainsi leurs revenus. A titre individuel, les vignerons n’étaient plus que des viticulteurs se concentrant sur la culture de la vigne. Collectivement, ils devenaient propriétaires d’un outil de vinification plus performant.
Le mouvement coopératif fut un véritable phénomène social et politique. Il s’opposait au capitalisme qui avait jusque-là dominé le secteur viticole. Les vignerons comprirent l’intérêt de la mutualisation et s’affranchirent du principe de la vente en gros pour constituer de nouveaux outils de production.
Encore aujourd’hui, ce mouvement est une référence de réussite à grande échelle pour les initiatives de commerce équitable à travers le monde.
Une grande majorité de ces petits vignerons coopérants du Languedoc et du Roussillon étaient de sensibilité socialiste, voire communiste. Le Midi était alors Rouge. Et à son image, la majorité des élus locaux, issus de communes rurales ou du milieu viticole, étaient les représentants politiques de ce Midi Rouge. Jean Jaurès en visite lancera leur mot d’ordre : « Dins la tina de la Republica, preparatz lo vin de la Revolucion sociala ! »
L’héritage de ce mouvement reste encore aujourd’hui un déterminant majeur de la vie politique de la région.
Mais la situation était bien trop critique lorsque la coopération advint pour éviter l’explosion sociale.
Les manifestations de 1907
En février 1907, une grève fiscale commença à Baixas près de Perpignan.
Le 11 mars 1907, 87 vignerons du Minervois menés par un certain Marcelin Albert organisèrent une marche d’Argeliers à Narbonne, pour avoir une entrevue avec une commission parlementaire.
Le 14 mars, Albert Sarraut, sénateur de l’Aude et sous-secrétaire d’État à l’Intérieur tenta de plaider la cause de son électorat devant Georges Clemenceau, président du Conseil. Celui-ci lui répondit : « Je connais le Midi, tout ça finira par un banquet ».
Le mouvement s’accélèra et gagna en ampleur. Tous les dimanches, des rassemblements et des manifestations furent organisés.
Le 24 mars, devant 300 personnes à Sallèles-d’Aude. Marcelin Albert se fit remarquer par ses dons d’orateur et son charisme. Le 31 mars, ce sont cinq à six cents manifestants qui se retrouvèrent à Bize-Minervois. Le 7 avril, le rassemblement d’Ouveillan, réunit 1 000 personnes. Celui du 14 avril mobilisa plus de 5 000 manifestants à Coursan. Le 21 avril, dix à quinze mille viticulteurs se retrouvèrent à Capestang. Le 28 avril, le rassemblement à Lézignan-Corbières, réunit entre 20 et 25 000 personnes.
Le 5 mai, à Narbonne, le mouvement changea d’échelle et mobilisa entre 80 et 100 000 personnes. Le maire, Ernest Ferroul, prit position pour la lutte des viticulteurs du Midi et interpella l’État : « Voici longtemps que vous faites crédit à l’État. L’heure est venue où la dette envers vous doit être payée ». Il deviendra avec Marcelin Albert, la principale figure du mouvement. Les discours séparatistes prononcés en occitan inquiétèrent le gouvernement.
Le 12 mai, devant 150 000 manifestants à Béziers, Ernest Ferroul déclara : « Si d’ici le 10 juin, le gouvernement n’a pas trouvé de solution à la crise alors, ce sera la démission des mairies du Midi ! Ce sera la grève de l’impôt ! ». Le 19 mai, à Perpignan 170 à 200 000 personnes défilèrent dans la ville. Le 26 mai, 220 à 250 000 personnes manifestèrent à Carcassonne. Ernest Ferroul, y dira : « Un souvenir me hante, souvenir de misère pareille à la vôtre ! Lorsque les barons féodaux envahissaient le Midi et le saccageaient, un troubadour pleurait ainsi : Ah ! Toulouse et Provence, et la terre d’Argence, Béziers et Carcassonne, qui vous a vu et qui vous voit ! . Depuis, les barons de l’industrie du Nord nous ont envahis et ruinés. Nous ne voulons pas les supporter davantage. En avant ! Debout pour les repousser, eux et leurs complices. Parlez plus fort, unissez vos voix, votre prière prendra le ton d’un commandement ». Le 2 juin, 250 à 300 000 manifestants convergèrent à Nîmes.
Enfin, le 10 juin entre 600 et 800 000 personnes se massèrent sur la place de la Comédie à Montpellier. Ce chiffre correspond aux trois quarts des populations totales des quatre départements viticoles du Languedoc et du Roussillon. Il s’agit de la plus grande manifestation de la Troisième République et la plus importante manifestation de l’histoire de France hors de Paris. Le discours de Marcelin Albert, fut salué par la presse nationale.
La révolte vigneronne reçut l’aval de toutes les tendances politiques. Des royalistes aux radicaux, tous soutinrent activement le mouvement. Tout le Languedoc était ligué contre Georges Clemenceau, président du Conseil. L’Église catholique ouvrit même les portes de sa cathédrale et de ses églises pour héberger les manifestants.
La répression et les acquis
Le 10 juin marqua également la fin de l’ultimatum d’Ernest Ferroul qui annonça sa démission. 442 conseils municipaux dans leur intégralité feront de même, suivis par près de 600 autres dans les semaines suivantes. Il répondit plus tard à un Georges Clémenceau ironique qui voulait négocier : « Quand on a trois millions d’hommes derrière soi, on ne négocie pas ».
Georges Clemenceau ordonna alors l’arrestation des meneurs ce qui déclencha une série de débordements tragiques. Le 19 juin, l’armée tira sur la foule à Narbonne et tua deux passants. Le 20 juin, à Perpignan, la préfecture fut pillée et incendiée et à Montpellier, la foule se heurta aux forces armées. À Lodève, le sous-préfet fut pris en otage. A Narbonne l’armée tira à nouveau et fit cinq morts supplémentaires et des dizaines de blessés. Ces morts ont des noms. Cécile était venue au marché. Louis était assis à la table d’un café.
Le soir même, le 17e régiment d’infanterie de ligne, composé de réservistes et de conscrits du pays, se mutina, fraternisa avec les manifestants et prit le contrôle de Béziers.
Le Midi était au bord de l’insurrection. À Paris, l’État trembla.
Georges Clemenceau, en habile politicien, changea de ton. Il promit la clémence aux meneurs et aux mutins dans le Midi tout en affichant sa fermeté à Paris. Le 22 juin, Marcelin Albert ayant échappé aux arrestations et ayant traversé la France se constitua prisonnier dans son bureau à Paris après avoir plaidé la cause des Vignerons. Georges Clemenceau le renvoya en mission à Narbonne et utilisa l’argent qu’il lui avait donné pour payer son retour pour le discréditer. Le cabinet échappa le même jour à un vote de défiance en se présentant en garant de l’ordre malgré l’indignation de Jean Jaurès.
Le 29 juin 1907, sous la pression des évènements, le parlement se réunit. Jean Jaurès intervint et mit en garde ses collègues : « L’événement qui se développe là-bas, et qui n’a pas épuisé ses conséquences, est un des plus grands événements sociaux qui se soient produits depuis trente-cinq ans. On a pu d’abord n’y pas prendre garde ; c’était le Midi et il y a une légende du Midi. On s’imagine que c’est le pays des paroles vaines. On oublie que ce Midi a une longue histoire, sérieuse, passionnée et tragique ». La loi protégeant le vin naturel contre les vins trafiqués fut adoptée. Tous les propriétaires devaient désormais déclarer la superficie de leurs vignobles. La déclarations de récolte fut également instituée.
Le 31 août, le gouvernement accepta d’exonérer d’impôts les viticulteurs sur leurs récoltes de 1904, 1905 et 1906. Le 3 septembre, un nouveau décret spécifia que : « Aucune boisson ne peut être détenue ou transportée en vue de la vente ou vendue sous le nom de vin que si elle provient exclusivement de la fermentation alcoolique du raisin frais ou du jus de raisin ». Ainsi, la fraude devint quasiment impossible.
Le 22 septembre, la Confédération générale de vignerons du Midi (CGV) se constitua en héritier du mouvement. Elle se fixa comme mission principale la lutte contre la fraude et la protection des intérêts sociaux et économiques des producteurs. Le premier président de la CGV fut Ernest Ferroul.
Le 21 octobre, un autre décret institua le « service de la répression des fraudes » et définit ses fonctions, son autorité et ses moyens.
Marcelin Albert, toujours discrédité, mourut ruiné.
La révolte de 1907 fait partie de ces évènements que la République ne sait pas raconter. Les livres d’histoire en sont témoins. La République rechigne à raconter le mépris des élites parisiennes pour le Midi, sans lequel ces évènements ont peu de sens. Pourtant cette révolte est à la source de pans entiers du droit Européen. Elle a créé aussi une mythologie chez les viticulteurs du Languedoc qui retiennent les avancées acquises par la lutte.
Laurent Fabas pour le Clairon de l’Atax le 19/12/2023

