Au ciné : “Black Tea”

France, Luxembourg, Taïwan – 1h49 -2024

Un film de Abderrahmane Sissako avec Nina Melo, Han Chang, Wu Ke-Xi.

 

plantation de thé (Image par Toàn Nguyễn de Pixabay)

Aya, trente ans, dit non le jour de son mariage en Côte d’Ivoire. On la retrouve en Chine à Canton où elle travaille dans une boutique d’export de thé sous la direction de Cai, son patron, un Chinois de 45ans. Avec lui et dans le quartier de Little Africa, elle s’initie à la cérémonie du thé, à la découverte des différentes sortes de thé et leur particularité. Cette proximité les amène à tomber amoureux l’un de l’autre.

C’est un film long et lent, il faut se laisser porter par ce balancement entre la longueur-langueur et la lenteur. On peut se laisser abuser par la superficialité de la vie de Aya, jeune femme tranquille, calme, posée, aimable, qui s’intéresse aux autres, qui prend soin de sa personne, mais si l’on regarde au-delà de ces apparences, on sent une force tranquille, une détermination (dire non devant le maire et tous les autres couples en attente de se marier dans une société attachée aux coutumes, il faut le faire !). Aya avance dans la vie comme si les événements ne l’atteignent pas.

Sissako nous étonne par sa retenue, nous découvrons une présence africaine importante dans le monde chinois, des Africains qui semblent bien intégrés, il va falloir attendre presque la fin du film pour découvrir le racisme et la discrimination vis-à-vis d’eux. Le regard qu’il porte sur ces Africains reste très nuancé. C’est ce qui rendra la fin du film encore plus dure et l’on reçoit comme une gifle le comportement de Caï face à ses parents rétrogrades et racistes.

Aya passe comme un nuage dans la vie de Caï, mais ne s’y attarde pas, comme si sa liberté était encore plus souhaitable face aux préjugés et au conformisme de celui-ci.

C’est un film comme le thé, “amer comme la vie, doux comme l’amour, suave comme la mort” tout en nuance, plein de non-dits, de gestes ébauchés mais aussi retenus, très pudique, silencieux.

Et pourquoi Aberrahmane Sissako ne devrait pas s’émanciper de Timbuktu et faire un film moins “engagé” ?

 

Patricia Renaud pour le Clairon de l’Atax le 17/03/2024

 

 

 

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire