Depuis le 31 mars dernier, un mouvement citoyen intégrant des soignants s’est organisé au sein d’un collectif intitulé « Faim de justice pour la Palestine », afin de témoigner de ce que ces soignants ont découvert au cours de diverses missions humanitaires à Gaza. Leur objectif est de revendiquer la paix à Gaza et de dénoncer le génocide en cours, mais aussi de mettre en lumière l’inaction de l’Occident. A cet effet, plusieurs membres du collectif ont entamé une grève itinérante de la faim : tout en jeunant, ils vont visiter plusieurs villes en France, afin de sensibiliser l’opinion publique, de rencontrer, des élus, mais aussi divers membres de la société civile : juristes, artistes, journalistes, médecins, etc. Ils espèrent les mobiliser et qu’ils rejoignent à leur mouvement. Leur idée est aussi d’arriver, en alertant l’opinion et en mettant leur corps « en gage », à faire pression sur leurs interlocuteurs politiques, pour que ceux-ci bougent enfin, que « le droit international soit appliqué » et que « le massacre de la population gazaouie cesse ».
(Photo HR)
Une conférence de presse / témoignage
Le vendredi 4 avril dernier, 4 grévistes de la faim sont venus à Narbonne au Palais du travail, témoigner des faits et situations auxquels ils ont été confrontés au cours de diverses missions effectuées à Gaza. Il s’agit de Pascal André, médecin urgentiste infectiologue, Amina Mansouri, retraitée du médico-social, Khaled Ben Benboutrif, médecin ayant exercé à l’hôpital de Khan Youness et Ghyslane Kabouli, cadre dans la finance.
Ces 4 témoins sont actuellement empêchés de retourner travailler à Gaza pour soigner ou apporter de l’aide humanitaire. Ils rappellent que depuis le 3 mars aucun ravitaillement n’arrive dans ce territoire.
Les premières impressions, qu’ils ont livrées à leur auditoire, constitué d’une quinzaine de personnes issues du monde associatif, syndical ou politique, portaient sur le contraste entre l’extrême gravité de ce qu’ils avaient vécu comme témoins d’un génocide en cours et l’accueil minimaliste reçu dans ces tout premiers jours de leur démarche d’alerte de l’opinion.
Pourtant, en tant que signataires de la Convention de 1948 sur le génocide et en exécution de l’ordonnance du 20 mars 2024 de la Cour Internationale de Justice (CIJ), la France et l’Union Européenne, ont obligation de tout mettre en œuvre pour s’opposer aux massacres commis sur la population de Gaza.
L’inertie et le silence sur ce qui se passe là bas et qui ne cesse d’empirer, sont connus et mal ressentis par leur confrères médecins ou journalistes restés à Gaza et c’est sur leur injonction que les membres du collectif ont entrepris de combattre ce manque de réactions des opinions et des institutions…
Les 4 grévistes de la faim se revendiquent comme des témoins pacifiques, apolitiques et laïques. Dans le périple qu’ils ont entrepris depuis le 31 mars à Marseille, ils sont reçus dans des contextes à chaque fois différents selon les villes visitées. Ainsi à Marseille, il s’agissait surtout d’un échange avec les milieux culturels locaux, tandis qu’à Montpellier, une rencontre avec la communauté protestante a abouti ensuite a un débat avec les représentants des communautés religieuses locales. Une autre rencontre a permis d’échanger avec des étudiants de l’université Paul Valéry.Selon les 4 grévistes, le caractère informel de leur démarche » de ville en ville », vise à « à bousculer et permet des rencontres qui seraient empêchées si elles étaient longuement préparées».
Comment est-il possible de se taire ?
Sur le terrain la situation est accablante : les 4 intervenants rappellent qu’à Gaza, selon des statistiques reconnues comme crédibles par les organisations internationales, un enfant est tué toutes les 40 minutes. Tandis que les déplacements de population sont incessants et que chaque jour ajoute de nouvelles victimes aux milliers de blessés et de morts documentés, les hôpitaux sont sursaturés : 25000 personnes se pressent dans et autour d’un hôpital de 300 lits… « Les patients sortant du bloc n’avaient pas accès à des lits et s’infectaient car ils ne pouvaient pas être lavés ». « Le laboratoire de bactériologie était habité par des familles ». De plus, dans les grands médias la situation à Gaza semble relever d’un double standard : les victimes du 7 octobre ont de l’importance pas les autres…
Alors comment peut-on ne pas voir, comment peut-on se taire ? L’un des intervenants remarque : « Nous avons appris l’horreur de la Shoah à l’école, ça a duré 6 ans, mais comment avons-nous laissé faire ça ? »… « J’ai la réponse aujourd’hui, la plupart ne veulent pas voir». Une autre ajoute : «Il y a aussi des gens qui voient, mais pour qui décimer des populations n’est pas un problème». C’est de ce silence que ces membres du collectif « Faim de justice pour la Palestine » veulent interpeller notre société et nos gouvernants. Ce qu’ils demandent, c’est l’application du droit ; un droit internationalement reconnu et pourtant pas appliqué en la circonstance, ni par la France, ni par l’Union Européenne ; un droit bafoué par Israël où règne un « gouvernement d’extrême-droite excessif et raciste ».
A court terme, il s’agir donc pour les grévistes : « de ré-ouvrir l’accès à l’aide humanitaire. Pour cela il faut obtenir le respect du droit international ».
Dans la discussion qui suit l’intervention des 4 grévistes de la faim, il faut signaler la prise de parole de Mohamed Mazouni : « Je suis conseiller municipal d’opposition à Narbonne et j’aurais aimé que ce soit le Maire de Narbonne qui vous reçoive, car votre combat est universel. » … « le monopole de la parole sur Gaza a été confisqué par l’extrême-droite qui se fait un plaisir de désigner comme ennemi le musulman. »
Le mouvement va poursuivre son tour de France, les grévistes seront prochainement dans les villes de Toulouse et Bordeaux, l’objectif final est Bruxelles, siège de l’UE. A l’heure actuelle on compte en France une vingtaine de grévistes de la faim qui soutiennent le collectif « Faim de justice pour la Palestine ».
Hubert Reys, avec les notes de Laurent Fabas, pour le Clairon de l’Atax le 08/04/2025
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A lire, grévistes de la faim à Strasbourg : https://www.rue89strasbourg.com/palestine-greve-de-la-faim-338884?sfnsn=scwspwa

