L’inquisition à domicile

A la recherche de…(Image par Peggy und Marco Lachmann-Anke de Pixabay)

Chères lectrices, chers lecteurs du Clairon, c’est fou ce que le développent conjoint du net et du ″merchandising″ ont contribué à l’augmentation du flicage de notre vie quotidienne. Il y a déjà toutes les informations, collectées à notre insu, lorsque nous fréquentons tel ou tel réseau et dont nous ne maitrisons pas l’utilisation. Mais il faut encore qu’on nous harcelle au téléphone au prétexte d’enquêtes et de sondages d’opinion, alors que leur vrai but est d’affiner notre profil de cible en tant que consommateurs. Ces enquêtes, menées par diverses officines, n’ont souvent de scientifique que leur apparence et leurs questionnaires, ouverts ou fermés, comportent fréquemment des aberrations méthodologiques…Mais dans le fond ce n’est pas grave, puisque qu’il s’agit seulement pour leurs commanditaires d’être plus performants pour ″fourguer de la cam″ ou des services à un consommateur fasciné et consentant.
Il arrive parfois que l’enquêtrice ou l’enquêteur tombent sur un enquêté récalcitrant et avisé, aux capacités critiques affutées. C’est ce que nous raconte, avec malice mais sans méchanceté, Albert Cormary.

La rédaction

    Avant-hier, j’ai reçu un appel pour un sondage. Comme d’habitude, j’essaye de répondre au moins pour y déceler (par esprit curieux) quelques biais. Là, le questionnaire visait à l’amélioration des conditions de vie des « personnes âgées ». Certainement louable et chacun peut s’y reconnaitre ou pas. Après les questions classiques soi-disant pour constituer l’échantillon (âge, lieu de résidence…), premier accroc : vivez-vous seul ? Réponse oui… – Heu vous ne me demandez pas si je suis veuf, divorcé, célibataire endurci, ça peut expliquer certaines réponses, non ? – Ce n’est pas prévu dans mon questionnaire.         Bon continuons ; avez-vous des enfants ? Oui combien ? Biologique : 1. Combien de petits enfants ? – Réponse : ben, ça dépend du mode d’approche, vous savez bien que la parentalité n’est pas qu’une affaire de biologie, il y a tout l’aspect de représentation ou même de prise en charge psychologique. Des familles composées, décomposées et recomposées, il y en a à la pelle. Moi-même, j’ai 2 petits enfants « biologiques », 5 par procuration et bientôt un arrière petit (ou petite, pas encore déterminé) putatif. La caractérisation aurait du sens dans votre questionnaire. Elle n’a aucune réalité sociologique et est donc nulle. Je me suis contenté de dire nulle.  
     On passe à la suite et, en vient une : pensez-vous qu’il faille développer de nouvelles technologies grâce à l’IA pour doter les « personnes âgées » de robots conversationnels ? Réponse A urgent, réponse B primordial et réponse C secondaire. Et là, ça m’a mis en pétard. Ma réponse : les vieux ont besoin de rapports humains et pas de robots. Et la fille insistait, je l’entendais interroger son chefaillon. Elle m’a demandé de ne pas quitter, je suppose que c’était pour voir avec le chefaillon en question, puis au bout d’une minute elle m’a demandé si c’était mon ressenti. Réponse : non, c’est le fruit d’une réflexion argumentée par des débats avec des gens de ma strate, et autres. Nouvelle interruption puis reprise, c’était la fin de l’entretien, j’ai le droit de demander à modifier mes données, etc…. Et là, je lui ai dit tout mon ressentiment sur ce genre de questionnaire qui ne voit les rapports avec la famille qu’avec une prise en compte de la composition classique sur une vision réac : un papa, une maman, etc. J’ai ajouté qu’il manquait une question sur l’amélioration des conditions de vie des vieux. L’hiver, ils ont froid et l’été, ils ont chaud. Ils n’ont droit à aucune aide pour l’amélioration des logements et là, vous passez le truc à la trappe… N’en rajoutez plus ! Et bien si, sur la question de l’IA, je lui ai dit que je protestais que ce questionnaire n’avait pour but que de tester la désirabilité du truc et que s’il apparaissait que c’était à minima secondaire ; il était certain que des lobbys genre strarte-heupeur allaient faire pression d’une manière ou d’une autre pour lever des fonds auprès de gogos. Et ensuite, faire pression sur l’Etat pour doter les vieux de machine, etc. Evidemment, je vous la fais court. J’ai conclu par un « votre enquête est nulle à chier ! »

    Quoiqu’en réfléchissant un peu, certains pourraient y trouver une utilité. Scène vécue avec ma mère. A 4 h, des copines se retrouvent pour prendre le café et ça papote. Une phrase revient sans cesse : s’ils veulent nous mettre dans une maison, on n’ira pas ! Imaginez que le robot s’en mêle. Correctement paramétré (entrainé comme ils disent) pourra reprendre la main : ne jetez pas le vieux avec l’eau du bain, chez ORPEA, on trouve tout…

   Ah, j’ai oublié, il y avait une question parlez-vous à vos voisins ? réponse A 1 plusieurs fois par semaine, réponse B 1 plusieurs fois par mois, réponse C moins souvent qu’1 fois par mois. Je lui ai dit que je leur parlais plusieurs fois par jour et elle s’est exclamée Ah bon !

Méfiez-vous quand même si quelqu’un vous appelle de la part de BVA pour un sondage référence 2500143

Joyeuses pâques quand même

Albert

 

Laisser un commentaire