Le nucléaire quoiqu’il en coûte

La relace du nucléaire va-t'elle produire un éléphant blanc ?

French frog tirant un sac d’euros (Image par Alexa de Pixabay)

Alors que de nombreux incidents continuent de perturber le fonctionnement de la filière nucléaire française, le gouvernement Bayrou, soutenu par l’extrême droite, tente de donner une réalité au plan de relance du nucléaire annoncé par E. Macron en février 2022. Les problèmes que pose la mise en œuvre de cette relance, montrent à quel point cette décision présidentielle avait été prise à la légère dans un contexte de campagne électorale. L’argument, avancé par les pronucléaires et les différents gouvernements macronistes, qui fait état d’un retour du savoir faire des opérateurs, s’avère démenti par les faits.

 

Les dysfonctionnements de la filière nucléaire se poursuivent

Les problèmes techniques (exemples non exhaustifs)

  • La question des corrosions sous contrainte n’est pas réglée sur l’ensemble du parc en fonctionnement. De nouvelles micro fissures sont apparues sur les tuyauteries du réacteur N°2 de la centrale de Civaux, celle-là même où des microfissures avaient été découvertes en 2022. Cela avait conduit à une analyse nationale et à la fermeture de 32 de 55 réacteurs du parc EDF
  • Le couvercle de la cuve de l’EPR de Flamanville mise en service en 2024 doit être changé fin 2025 en raison d’anomalies de fabrication
  • Le béton coulé à Penly pour renforcer le site d’accueil des 3 futurs EPR 2 s’est avéré déflecteurs
  • Les opérations de démantèlement des anciens sites du CEA ne fonctionnent pas en raison de dommages de génie civil sur une installation du site de Saclay. A Saclay et Cadarache, d’anciennes cuves réformées de traitement des effluents liquides radioactifs insuffisamment vidangées contiennent encore des résidus radioactifs.
  • Des salariés sont exposés au contact de particules radioactives sans que soit comprise et expliquée la cause de l’incident. Cet incident, classé niveau 2, s’est produit dans la centrale de Cattenom, où un incident similaire avait eu lieu en février 2023 et à Chooz en 2024. A Civaux en 2023, 46 salariés ont été exposés à des poussières radioactives suite à un défaut du système de confinement…


Les questions financières

  • Les dérapages dans la mise en œuvre du chantier des nouveaux EPR entraînent mécaniquement une augmentation des délais et des coûts. Ainsi l’estimation des coûts des 3 premiers EPR 2 est passée de 51, 3 milliards € à 67,4 milliards €, voire 79,9 milliards € selon la Cour des Comptes. Où sont les économies annoncées par rapport au coût de 15 milliards € de l’EPR 1 ?
  • Comment EDF endettée à hauteur de 55 milliards € va-t-elle financer ces nouveaux EPR ?
  • Selon la cour des Comptes, le prix du MWh produit par ces nouveaux EPR2 sera peu rentable. Elle estime cette rentabilité à 2%, soit un montant inférieur au coût des capitaux engagés.
  • Dans les conditions actuelles du coût global estimé pour le  plan de relance du nucléaire et compte tenu de l’endettement d’EDF, il semble difficile de trouver des investisseurs privés. Ce serait donc à l’État, lui-même fortement endetté, de financer l’opération

Mais les députés soutiennent une politique de relance encore plus ambitieuse

C’est dans ce contexte que les députés viennent d’approuver un article soutenant la relance du nucléaire, lors de l’examen d’une proposition de loi portant sur le futur énergétique de la France. Concrètement il s’agit de maintenir le parc existant, de le compléter par la construction de 14 EPR 2 et de démarrer le projet d’un réacteur de 4ème génération !

  • La construction des 6 premiers EPR2 à Penly, Gravelines et Bugey devra débuter en 2026 tandis que celle des 8 autres serait lancée d’ici 2030
  • La capacité de production de 63 GW du parc actuel sera complétée par27 GW de capacité supplémentaires à l’horizon 2050

L’article approuvé par les députés va plus loin que les projets du gouvernement qui souhaitait, au vu des éléments financiers précédemment évoqués, différer la décision de construire les 8 EPR2 supplémentaires.
On peut se demander si les députés ont pris connaissance du rapport de la Cour des Comptes publié en janvier 2025….

La relance de la centrale de Fessenheim ?

Cette centrale a été définitivement stoppée en 2020, mais cela n’a pas arrêté les députés du RN qui on réussi à faire adopter un amendement en faveur du redémarrage de la centrale alsacienne. Ils ont profité d’un moment où ils étaient majoritaires dans l’hémicycle, qui s’était vidé suite à une suspension de séance, pour insérer dans le projet de loi la motion : « Procéder au redémarrage de la centrale nucléaire de Fessenheim et à la remise en fonction de ses deux réacteurs «.

Compte tenu du délai d’inactivité de la centrale et des coûts des travaux nécessaires à une remise en service, il semble que cette relance soit cependant difficilement réalisable et que cette motion du RN soit plus un « coup de com » que la manifestation d’une volonté rationnelle.

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 22/05/2025

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