Narbonne : une intéressante intervention au conseil municipal sur l’avenir de la ville

Nous publions le texte de l’intervention de Monsieur Philippe Cazal, conseiller municipal à Narbonne (Mouvement Citoyen Narbonnais). Cette intervention porte sur 2 points : la question du logement social à Narbonne et l’approbation de la révision du PLU (Plan Local d’Urbanisme). Elle témoigne d’une réflexion documentée sur la problématique de l’habitat et du développement urbain, souhaitons qu’en cette période de pré-campagne des municipales 2026, la réflexion des équipes en lice soit de qualité semblable et débouche sur des projets sérieux, débattus avec les citoyens,  en lieu et place  de catalogues d’intentions.

La rédaction

 

Une maison ou un logement ? (Image par HazarMan de Pixabay)

 

A Narbonne, Conseil Municipal du 10/04/2025
Délib. 13. Rapports commission communale d’accessibilité / Rapport délégation logement.

Philippe Cazal (Mouvement Citoyen Narbonnais)

Le Rapport de la Délégation logement fait état d’une nouvelle baisse des attributions de logement social ; elles sont passées de 629 en 2021 à 373 en 2024, alors que le nombre de demandes de logement social, plus de 3 000, augmente. C’est le signe que la situation du logement, pas que social, est très critique à Narbonne et nécessite une action forte.

Vous avez du mal à le reconnaître et vous vous réfugiez derrière la loi Solidarité et Renouvellement Urbain, disant que le quota de 20 % de logements sociaux est atteint à Narbonne. Le fait que la loi soit respectée ne veut pas dire qu’il n’y a pas urgence à agir.

La situation du logement à Narbonne n’est pas unique mais nous sommes une des villes les plus pauvres de France.

Nous n’oublions pas que l’une des causes principales du manque de logement est la baisse des aides de l’État (réduction du loyer de solidarité, hausse de la TVA sur la construction), mais aussi la hausse des coûts de la construction due à l’inflation, aux normes d’isolation…

Nous ne disons pas non plus que la Ville ne fait rien pour le logement social. Le Grand Narbonne, qui a la compétence principale sur le logement consacre environ 1 million d’euros par an au logement social plus 520 000 euros pour la rénovation de l’ancien ; ce n’est pas assez compte tenu de l’urgence des besoins.

La Ville agit principalement par les garanties d’emprunt et la constitution de réserves foncières. Elle aurait un moyen d’action important, c’est l’inscription dans le PLU de clauses de mixité sociale fixant des quotas de logements sociaux dans les opérations immobilières. Rien n’est prévu dans ce sens dans le PLU en cours de révision : dans son avis dans le cadre de l’enquête publique, la DDTM estime que, faute de dispositions dans le PLU, Narbonne pourrait ne plus répondre aux obligations de la loi SRU en taux de logements locatifs sociaux et elle invite à rectifier le PLU dans ce sens.

La Ville de Narbonne, par ailleurs, se prive de l’outil offert par la récente loi sur les meublés de tourisme qui permet de fixer des quotas. Le mémento du tourisme de la Côte du Midi dénombre plus de 5 000 locations de particulier à particulier sur la commune. Lorsqu’il s’agit de chambres chez l’habitant c’est sans conséquences mais lorsqu’il s’agit d’appartements cela empêche des gens de se loger à l’année. Dans l’Indépendant du 21 octobre Christophe Fütterer, président de la FNAIM Aude-Ariège, soulignait « un vrai problème d’accès au logement locatif (…) jusque dans le centre de Narbonne (…) avec des propriétaires qui préfèrent miser sur des locations saisonnières. » Monsieur le Maire, vous êtes bien le seul à ne pas vous inquiéter de la prolifération des meublés de tourisme.

Un dernier point, on incrimine parfois le manque de foncier disponible à Narbonne. Le PLU envisage l’artificialisation d’encore 70 ha de 2024 à 2034. Il est pourtant possible de consommer moins d’espaces naturels, agricoles ou forestiers en densifiant la construction. Le PLU révisé prévoit la construction à R + 1 seulement à Crabit-Les Amarats et dans une partie de Cap de Pla et de Saint-Germain/Saint-Victor ; plutôt que d’immenses zones pavillonnaires on pourrait envisager de petits immeubles collectifs avec des espaces verts partagés.

Je conclus : il y a urgence sociale en matière de logement. Regardez enfin la réalité en face.

Conseil Municipal du 12 06 2025 
PROJET DE DELIBERATION N°26

Approbation de la révision du PLU 
Philippe Cazal (Mouvement Citoyen Narbonnais)

Ce PLU révisé envisage l’artificialisation d’encore 70 ha de 2024 à 2034. Ce chiffre élevé est possible parce que Narbonne a artificialisé 157 ha entre 2011 et 2023, en 2e position des villes de la région derrière Béziers et devant Montpellier (129 ha) avec une démographie beaucoup plus modeste.

Plutôt que d’envisager de consommer autant d’espaces naturels, agricoles ou forestiers il serait possible de densifier davantage la construction dans les zones 1AU, à urbaniser (Crabit-Les Amarats Cap de Pla, Saint-Germain/Saint-Victor). Le tout pavillonnaire n’est plus de ce temps ; de petits immeubles collectifs avec des espaces verts partagés seraient plus adaptés à une urbanisation maîtrisée.

Par ailleurs, nous ne voyons pas une cohérence d’ensemble du PLU qui veillerait à avoir des quartiers vivants en phase avec les autres quartiers et avec le centre-ville. Par exemple, le secteur de Montplaisir-Roches grises reste coupé de la ville, sans école, avec très peu de commerces, sans liaison dense de transport public. Le quartier des Berges de la Robine se tourne vers les classes moyennes +, sans mixité sociale. Les espaces verts ne sont pas répartis de manière équilibrée entre les quartiers

Et, surtout, nous ne pouvons pas accepter un PLU qui ne fait aucune référence au logement social alors qu’il y a urgence dans ce domaine à Narbonne. La révision du PLU était l’occasion d’ajouter une clause de mixité sociale qui permettrait de prévoir une certaine proportion de logements sociaux dans les programmes immobiliers nouveaux ; vous ne l’avez pas fait ; et cela malgré l’avis de la DDTM dans le cadre de l’enquête publique qui dit que, faute de dispositions dans le PLU, Narbonne pourrait ne plus répondre aux obligations de la loi SRU (Solidarité et renouvellement urbains) en taux de logements locatifs sociaux et qui invite à rectifier le PLU dans ce sens.

La réponse de la Ville à la DDTM, toujours dans le dossier d’enquête publique, est quelque peu cavalière : vous dites que ce sujet sera traité dans le cadre du Programme Local de l’Habitat or c’est bien dans le PLU et non dans le PLH que peuvent être créées des servitudes de mixité sociale, ce que demandait la DDTM.

Nous votons contre l’approbation de la révision du PLU.

Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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