Urgences citoyennes

Conséquences désastreuses d'une tenace confusion entre économie et finance, entre intérêt général et intérêts particuliers - Tissu social en lente désagrégation - Environnement et biodiversité menacés, autant par des (non-) choix politiques à grande échelle, que par nos pratiques quotidiennes - Fragilisation des libertés publiques et durcissement des répressions - Tous ces symptômes d'une civilisation en voie de régression se manifestent quotidiennement, provoquant chez le citoyen un désir d'agir pour enrayer ce qui ressemble, chaque jour un peu plus, à une inexorable progression vers le pire. Mais peut-on choisir un domaine et un moyen d'action, dans un contexte ou tout semble revêtir la même importance, le même degré d'urgence ?

En cet automne 2019, les préoccupations ne manquent pas pour quiconque est un tant soit peu conscient de la nécessité de ne pas rester simple spectateur des changements qui bouleversent notre monde en profondeur depuis de nombreuses années. Ne pas se contenter d’être un consommateur de biens, de services, d’information, de désinformation, d’art, de divertissement, de postures de toutes sortes, politiques aussi. Au contraire, chercher activement les moyens de peser efficacement sur des réalités que seule notre indolence pourrait nous pousser à considérer comme des fatalités.

Ainsi en est-il de la nécessaire transition écologique, dont l’urgence galopante gagne enfin une majorité de consciences, à travers les conséquences annoncées du réchauffement climatique et de l’appauvrissement de la biodiversité. Proclamée comme une urgence première sur la scène internationale, cette nécessité est trop souvent réduite à une encombrante contingence, une fois ramenée dans l’enceinte nationale.

Ainsi en est-il des transformations économiques et sociales brutales, chaque jour plus difficiles à nier autant qu’à justifier, aux effets désastreux pour un nombre toujours croissant d’individus. Énoncées comme inéluctables (1), elles s’avèrent trop souvent inefficaces dans leurs effets, sauf pour une « élite » toujours plus puissante, plus restreinte et plus repliée sur elle-même et sur ses acquis.

Comme des formes floues qui, en émergeant du brouillard, se révèlent de plus en plus nettes, ces transformations apparaissent de plus en plus pour ce qu’elles sont : la conséquence de choix politiques aveugles, guidés plus par une conception dogmatique des solutions, voire par une triviale paresse intellectuelle, que par une pensée féconde, élaborée parfois dans la douleur, mais toujours en accord avec la réalité la plus factuelle.

Nous vivons dans un temps où l’économie politique, incapable d’articuler les nombreuses théories dont elle a accouché, a résolument choisi la voie du catéchisme, à tout le moins pour ses promoteurs les plus en vue. Au prix, exorbitant pour notre avenir commun, d’un déni de la réalité.

Nous vivons dans un temps où de trop nombreux élus, incapables de concevoir et impuissants à maîtriser les courants contraires qui traversent inévitablement toute société, ont résolument choisi de se réfugier à l’ombre des puissants, préférant la posture au courage, la répression et la réduction des libertés publique à la confrontation avec le réel.

« C’était un temps déraisonnable,
 On avait mis les morts à table,
 On faisait des châteaux de sable,
 On prenait les loups pour des chiens
« 
chantait Léo Ferré (2).
Pourrait-on mieux résumer les temps actuels ?

La question qui se pose est toujours la même, toujours lancinante : comment infléchir la trajectoire ? Comment reprendre la main ? Comment peser, efficacement et durablement, sur ce réel qui, amplifié et déformé par des choix politiques inappropriés, semble nous mener droit à l’anéantissement ?

Les domaines d’intervention paraissent tellement nombreux que l’on ne sait où donner de la tête. Le sentiment est insistant qu’il faudrait agir simultanément sur d’innombrables fronts, tant le tissu dont est faite notre destinée commune semble percé d’innombrables trous. Et, étrangement, que l’origine, la cause de tous ces trous est toujours la même.

Pourtant, si nous renonçons à prétendre embrasser d’un seul élan toutes les solutions à tous les problèmes que nous percevons, la période présente nous propose au moins trois domaines sur lesquels nous pouvons intervenir concrètement, ne serait-ce que pour entretenir notre désir de ne pas rester les bras ballants devant une angoissante réalité.

Il y a d’abord le Referendum d’Initiative Partagée qui vise à éviter la privatisation du groupe Aéroports de Paris. Le Clairon a déjà consacré plusieurs articles à ce sujet et nous vous invitons à lire dernier d’entre eux dans la présente édition (voir ici).

Ensuite, il y a la Convention Citoyenne pour le Climat, pour laquelle 150 participants ont été tirés au sort entre le 26 Août et le 24 Septembre derniers, et la Consultation pour le Revenu Universel d’Activité (RUA), proposé par Emmanuel Macron à l’automne 2018.

Certes ces deux consultations ont été initiées par le président Macron et, à ce seul titre, on serait en droit de les considérer avec méfiance et circonspection. Défaut supplémentaire, elles se déroulent toutes deux sur une durée très limitée :

  • la Convention sur le Climat a débuté ses travaux début octobre 2019 et sera terminée début janvier 2020,
  • la consultation sur le RUA se déroule, pour le public, entre le 9 octobre et le 2 décembre 2019, soit huit semaines environ:
    • concertation publique, d’une durée de six semaines, entre le 9 octobre et le 20 novembre 2019,
    • ateliers citoyens, d’une durée de sept semaines, entre le 14 octobre et le 2 décembre 2019.

Toutefois, ces deux programmes présentent le double avantage de permettre à tout un chacun de suivre le travail des intervenants et d’émettre avis et propositions sur les sujets traités. A cette fin, deux sites internet ont été mis en place. De plus, la Convention Citoyenne pour le Climat peut accueillir le public lors des journées de travail, qui se tiennent durant 6 week-end, sur une durée de trois jours.

On pourra légitimement émettre des doutes sur la destinée de ces contributions citoyennes, mais on peut aussi considérer que l’exercice qui consiste à réfléchir ensemble, à partager la compréhension de problématiques complexes, dans le sens de l’intérêt général et du bien commun, ne saurait être un exercice vain. Accepter de jouer ce jeu peut aussi nous encourager à nous rapprocher de nos concitoyens pour rechercher et élaborer ensemble des solutions à tous types de problèmes relevant de l’intérêt général.

Chacun.e peut donc décider de participer à ces groupes de travail et ainsi de faire entendre sa voix. C’est aussi l’occasion d’approfondir la réflexion sur ces sujets, tant il est vrai qu’il est plus facile de « vitupérer l’époque » sans rien proposer, que de structurer des propositions cohérentes et sensées, à partager avec tous.

Jean Cordier, pour le Clairon de l’Atax, le 22 Octobre 2019

On trouvera ci-dessous l’accès aux sites internet de ces deux concertations :

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Notes:
  1. Rappelons-nous le célèbre TINA (« There Is No Alternative » – « Il n’y a pas d’autre choix »), ritournelle préférée de Margaret Thatcher, en son temps.
  2. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », extrait du poème « Bierstube Magie Allemande » de Louis Aragon – 1956

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