Macron et la réforme des retraites : attention danger !

(Image par Nathan Wright de Pixabay)

Il existe 2 grands systèmes de retraite : la retraite par répartition où les pensions de retraite sont financées par les cotisations de la population active et la retraite par capitalisation où les actifs épargnent individuellement pour préparer leur retraite.
En France le régime général des retraites a été institué par des ordonnances en 1945 puis complété par un système de régimes complémentaires en 1947. Cet ensemble fonctionne sur le principe du système par répartition alimenté par des cotisations obligatoires. S’y ajoutent des retraites, dites supplémentaires, qui fonctionnent sur le principe de la capitalisation. Dans beaucoup de pays les retraites sont assurées par une combinaison des deux systèmes dans des proportions variables.

Si le bon fonctionnement des retraites par répartition dépend du rapport entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités, celui des retraites par capitalisation dépend du rendement de l’épargne constituée par les cotisations des actifs et versée à des organismes divers qui effectuent des placements immobiliers ou financiers. On peut schématiquement avancer que les retraites par répartition dépendent du bon fonctionnement de l’économie réelle et les retraites par capitalisation des performances ou des aléas des marchés financiers.

Par ici la bonne soupe !

Si en France les retraites par répartition sont gérées par des organismes paritaires à caractère public, les retraites par capitalisation sont essentiellement gérées par des organismes financiers à caractère privé qui prélèvent un profit sur les capitaux accumulés par l’épargne des cotisants. Il n’est donc pas étonnant de constater que nos gouvernants néolibéraux,  affichent une préférence pour le système par capitalisation, plus conforme à l’idée que « chacun doit se débrouiller et prendre son destin en main ».  Il est supposé être plus efficace que le système public, tant dans son fonctionnement, que pour ses performances économiques. Il ne s’agit pas de supprimer totalement le système des retraites par répartition, car il est régulé par l’Etat qui en assure l’équilibre, ce qui constitue un filet de sécurité, mais de déplacer le curseur le plus loin possible du côté des retraites par capitalisation et donc favoriser une augmentation des profits privés ! C’est ce que tente le gouvernement actuel avec la réforme des retraites actuellement en cours de négociation.

Un caillou dans la soupe

Les néolibéraux, inconditionnels de la retraite par capitalisation, ont longtemps donné comme modèle le système hollandais géré par des fonds de pension. Or ces fonds de pension se trouvent actuellement en situation de ne plus pouvoir assurer leurs engagements. Il manque actuellement 13 milliards € pour maintenir à leur niveau actuel, garanti par contrat, les retraites de 3 millions de personnes !
La fin de la prospérité de ces fonds de pension, grands recycleurs de dette, serait liée à un « effet ciseau  » qui croise une montée du nombre de retraités associé à la compression continue des salaires, avec la politique de taux bas ou négatifs menée par la BCE. Autrement dit, les actifs des fonds de pensions réputés « sûrs » car établis sur des dettes privées ou publiques, ne dégagent plus assez de rémunérations pour faire face au paiement des retraites, tandis que la ressource des cotisations diminue… 
C’est dans un climat social extrêmement tendu que ces fonds de pension envisagent pour faire face : un allongement de 2 ans de l’âge de la retraite, ou une baisse importante du montant des retraites, ou une augmentation des cotisations, voire une mélange de ces solutions…
Si les Hollandais se trouvent dans cette situation alors qu’ils avaient investi dans des actifs réputé solides et rentables, il n’en est pas de même pour d’autres fonds de pension qui ont placé l’épargne de leurs cotisants dans des produits hasardeux. Cela inquiète le FMI qui a constaté que les fonds de pension ont doublé en 10 ans leurs placements dans des actifs illiquides et risqués et que la menace d’un choc financierconsécutif  à cette dérive est bien réelle.

Il serait donc avisé, Monsieur Macron, de ne pas déséquilibrer notre système de retraite actuel au détriment des retraites par répartition, moins exposées aux chocs financiers et dont les éventuelles difficultés, prévisibles sur le long terme, peuvent être mieux gérées par l’Etat.

La rédaction du Clairon de l’Atax le 19/11/2019

 

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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