La commune, lieu de reconquête démocratique ?

C’est de la commune qu’il faut repartir pour refonder de nouvelles pratiques démocratiques, où les modes de représentation seront revus, où des échanges continus pourront associer maires, élus municipaux et citoyens dans une véritable démocratie d’exercice.

(Image par Gerd Altmann de Pixabay)

La commune est l’institution de base de notre république. Au-dessus et à côté d’elle s’empilent toutes sortes d’autres institutions et organisations qui représentent des territoires plus larges et des populations plus étendues (syndicats intercommunaux, collectivités territoriales, établissements publics, etc.) pour aboutir à la représentation nationale : le Parlement. Plus on s’éloigne de la commune, plus le lien avec le citoyen s’amincit et plus il devient compliqué de le représenter. Maintenir un lien de qualité entre les citoyens et ceux qui les représentent est un souci fondamental pour les défenseurs de la démocratie.
Des institutions démocratiques, conçues à une époque donnée pour équilibrer aux mieux ce système complexe de représentation des citoyens, peuvent s’avérer inefficaces, obsolètes, voire anti-démocratiques quelques décennies après : le monde change. C’est ce qui se passe actuellement en France, où la représentation des citoyens est confisquée par une oligarchie qui a détourné les institutions démocratiques au service de ses propres intérêts. Il est devenu vital de revoir ces institutions de fond en comble et la commune s’avère le lieu le plus favorable à cette révision radicale.

La commune, lieu propice à la réhabilitation d’un système démocratique

La commune est par définition le lieu du « commun », de ce que les gens ont en commun. Ils habitent un même territoire, respirent le même air, partagent le même cadre de vie. Ils sont directement confrontés à l’ « autre », dans des rapports de voisinage ou dans la vie locale (commerce, travail, associatif, vie municipale, etc.). Cette confrontation directe maintient la possibilité d’un débat plus ou moins intensif, c’est-à-dire la possibilité de se faire entendre et de négocier. Bien sûr la commune n’est pas le lieu immaculé de toutes les vertus démocratiques : comme partout il y existe des rapports d’exclusion, de domination, de corruption, de clientélisme ; certains maires se comportent comme des autocrates, ou comme les exécutants d’une faction politique ou de pouvoirs économiques. Mais nulle part ailleurs les tensions du vécu quotidien ne trouveront de terrain plus favorable pour s’exprimer, revendiquer et  proposer : c’est le lieu où les écrans entre citoyens et exécutif local sont les moins opérants. Le citoyen voit, constate, il est alors difficile de lui raconter des sornettes, les techniques de manipulation collective s’avèrent moins efficaces.
C’est de la commune qu’il faut repartir pour refonder de nouvelles pratiques démocratiques, où les modes de représentation seront revus, où des échanges continus associent maires, élus municipaux et citoyens dans une véritable démocratie d’exercice. Cela n’est pas facile à mettre en place : il faut expliquer, convaincre, les ressources de l’éducation populaire aideront. Mais il faut commencer tout de suite car les institutions actuelles, communes comprises, ne nous permettront pas de faire face efficacement aux urgences climatiques.

Le moment est favorable à une mobilisation pour des changements institutionnels.

Les institutions de la 5ème république ne fonctionnent plus : taillées à la mesure d’un homme qui pensait « Nation », elles sont aujourd’hui au service d’un homme qui pense « entreprise ». Le mouvement LREM, est une machinerie créée par E. Macron pour conquérir le pouvoir et soutenir son action présidentielle. C’est une sorte de « start-up », d’entreprise présidentielle. Avec 24 % des voix on devient le patron du pays. Dans la foulée, suite à la funeste idée de reporter les législatives juste après les présidentielles, lesquelles furent ultra-médiatisées en 2017, ont  surgi une horde d’affidés macronistes qui ont constitué une large majorité parlementaire, alors que 57,36 % des électeurs inscrits n’étaient pas allés voter. L’entreprise Macron allait pouvoir tourner.
Mais une entreprise se gouverne par le haut : pas question que les grands desseins du « business macroniste » soient entravés par des atermoiements locaux : tous derrière le boss ! Donc, dans les statuts de LREM,  pas de pouvoir réel aux adhérents, pas de pouvoir local ou départemental, tout est centralisé : Paris commande, Paris finance. Bref, un mouvement hors sol qui va recevoir un premier coup de semonce de la part des gilets jaunes. La doctrine est de contourner les corps intermédiaires et comme on veut faire « moderne » on va éviter autant que possible le débat avec les notables locaux des partis traditionnels, tout en admettant quelques renégats utiles qui se rallient avec armes et bagages.
Mais voici que la start-up macroniste craque : les produits qu’elle fabrique, privatisations, santé, éducation, retraites, sont imparfaits et de plus en plus contestés, ce qui s’accompagne d’une montée de la violence que la politique sécuritaire du gouvernement n’arrive pas à juguler. De plus, les relais politiques manquent sur le terrain local pour répandre des explications et justifications lénifiantes : il s’agit donc d’investir le local à tout prix ; faute de quoi les résultats des municipales pourraient illuminer la déroute macroniste. Il faut entrer dans les mairies, investir dans des notables en place qui « bénéficieront » du label LREM. Mais sur le terrain, ces dispositions ne marchent pas si bien que ça : des alliances précaires et contre nature se constituent tandis que des militants LREM, de plus en plus nombreux, doutent de leur mouvement et parfois même le quittent.
Les arrangements électoraux visant à éviter un échec trop manifeste d’ LREM aux municipales de mars 2020 ne suffiront pas : le fond du problème relève de l’obsolescence de nos institutions devenues inadéquates à l’exercice de la démocratie. On ne peut pas, malgré tous les moyens de formatage de l’opinion,  gouverner un pays avec 24% de voix à la présidentielle et 57,36 % d’abstentions aux législatives : l’écart entre légalité et légitimité est devenu trop grand. Car en dernier ressort, c’est bien la conscience d’être gouvernés par des instances légitimes qui fait accepter aux citoyens les lois et règlementations qui les encadrent.
Le macronisme n’est donc pas la solution : c’est le problème !

Le temps de l’action citoyenne

Dans ce moment où le macronisme vacille et où les partis politiques traditionnels ne se sont pas remis de leur disqualification, un espace est ouvert pour l’action citoyenne.
Des initiatives fleurissent un peu partout, dans toutes les couches de la population qui ne supportent ou ne tolèrent plus ces politiciens cyniques dévoués au service des puissants. Ces initiatives étaient jusqu’à présent faiblement reliées entre elles, en tout cas pas assez pour constituer un contre pouvoir significatif, donc un interlocuteur respecté du pouvoir en place, mais la situation évolue, alimentée par une prise de conscience grandissante des problèmes environnementaux. Les communes sont en première ligne face à ces problèmes : ceux-ci vont provoquer et provoquent déjà des changements dans la manière d’administrer. L’importance de ces problèmes et l’urgence de leur traitement réclament des changements si radicaux que ceux-ci ne pourront se faire sans le consentement actif des administrés. Cela implique l’évolution rapide des modes actuels d’administration des communes vers une gouvernance plus démocratique mobilisant des citoyens informés et mobilisés.

A court terme, les prochaines échéances municipales constituent un moment favorable pour apporter une expression concrète à un fonctionnement municipal plus démocratique : de nombreux citoyens organisés en groupes plus ou moins formels ont entrepris de se mêler du débat électoral. C’est ce qu’a fait, à l’échelle nationale, le mouvement du Pacte pour la Transition (1).
Ce mouvement, qui fédère de nombreuses associations et organisations, interroge les listes municipales sur leurs programmes et leur propose un cadre de 32 mesures, établies avec l’aide d’experts à l’issue d’une large concertation. Les listes candidates peuvent choisir, parmi ces mesures, celles dans lesquelles ils peuvent inscrire leurs projets d’action municipale et s’engager à les réaliser en signant un engagement avec un collectif d’habitants. Ce collectif pourra alors, en cas de succès aux municipales, suivre et accompagner les engagements pris tout au long du mandat. Plus de 2200 -Pactes pour la Transition- sont actuellement en cours d’élaboration en France.

Les choses bougent, n’attendons pas qu’il soit trop tard, seule une organisation démocratique de notre société nous permettra de faire face aux conséquences du changement climatique. Et n’oublions pas que lorsque le péril nous menace, les puissants s’enfuient en prenant les rares avions qui restent.

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 20/02/2020

(Image par mohamed Hassan de Pixabay)

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Notes:
  1. https://www.pacte-transition.org/

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