Textes de David Wicker sur les temps présents

N’ayez pas peur si l’enveloppe se déchire : ce qui ne sert plus doit disparaitre. Perdre l’enveloppe ne fait pas mal. Ne regrettez pas l’enveloppe car le germe vit ! Arrosez la graine ! Si vous ne le faites pas, elle meurt. Arrosez avec ce qui est manque en vous et il n’y aura plus ni question ni incertitude.

David Wicker fait du pain, des textes et des photos avec autant de cœur et d’attention… A défaut de pouvoir partager ses pains avec nos lecteurs, nous sommes heureux de leur faire goûter ses textes et ses photos. Cette fois il s’agit de ce qui se passe aujourd’hui…

La rédaction du Clairon

« Laisse la pluie tomber, laisse le vent bruire, laisse les eaux couler et le feu jeter ses flammes. Laisse à chacun sa croissance, laisse son temps à ce qui est en devenir… 
Mais que l’homme ne devra-t-il pas encore endurer avant de comprendre que le succès visible, extérieur que l’on peut toucher de la main, n’est que fourvoiement ! Quelles souffrances devront s’abattre sur l’humanité pour que l’homme renonce à assouvir sa soif de puissance sur son prochain et à toujours vouloir le changement chez l’autre ! Combien de sang devra encore couler pour que les yeux de l’homme s’ouvrent et qu’il voit son propre chemin, et son propre ennemi, et qu’il prenne conscience de ses véritables succès ! Tu dois pouvoir vivre avec toi-même, pas aux dépens de ton voisin. L’animal grégaire n’est pas le parasite et le tourmenteur de son frère. Homme, tu as même oublié que tu es aussi un animal. » Carl Gustav JUNG

Photo D.  Wicker

« Regarde Johan, regarde autour de toi toutes ces agitations. À quoi riment toutes ces lamentations ? Ce n’est que la peur qui hurle de différentes façons. Il s’agit pour toi de trouver l’endroit où plus rien ne s’agite. Tu es vivant et tout ton corps veut le rester. Mais n’oublie pas que tu n’es pas que cette masse de chair et d’os. N’as-tu pas le sentiment parfois, d’appartenir à quelque chose de plus vaste ? Ne pressens-tu pas qu’il y a pour nous tous un voile à lever pour enfin ne plus avancer dans l’ignorance de toutes ces temporaires apparences ? 
Ouvre les yeux Johan ! Il est temps, grand temps, alors que nos os vont bientôt être calcinés sur le bûcher, de trouver en nous ce lieu où la peur ne peut plus rien. En nous, ne signifie pas qu’à l’intérieur de nous mais à l’intérieur de la vie elle-même. Comprends-tu cela ? »

– Que vois-tu ami à l’horizon ?
Quel horizon ? Où est-il ? Je ne distingue rien d’autre que ma face pétrie d’angoisse et de rêves évanouies. Il ne me reste que la paralysie de la solitude et la danse morbide de toute cette immobilité. Où trouverais-je la promesse d’un horizon ? En moi ne hurlent plus que les guerriers de la colère et de l’incompréhension.
– Fais de la colère et de l’incompréhension des étapes et non des états et tente de répondre à cette question : à quoi goûtes-tu en ces jours étranges ?
– À des choix que je n’ai pas fait, à une vie que je n’ai pas voulue, à une réalité de désastres, de mépris, d’oublis. Les jours sont des cauchemars sans fin.
– Et si… 

Et si nombreux étaient ceux qui dans l’antichambre de ce passage scellaient en eux le pacte de la lenteur, l’éloge du ralentissement et l’hymne à l’entraide ?

À force de combats, de haine et de fureur arriverons-nous à faire tomber ceux et ce qui nous emportent vers un paradis fait de monnaie et de chimères ? Peut-être…

Mais est-ce aussi, ou, possible de peindre un autre avenir en n’acceptant simplement plus les rythmes, les cadences qui furent nôtre jusqu’alors ? 

Aujourd’hui, dès maintenant, alors que nous sommes loin des hurlements de nos industries, des grondements de nos avions, des cris effrénés de nos camions et de nos voitures que reste-t-il ? Aujourd’hui, dès maintenant, bien loin du va et vient de nos labeurs pour un système carnassier, que reste-t-il ? 

Les ogres agitent leurs arguments, leurs vérités en même temps que leurs mensonges. Mais la réalité est là, sous nos yeux, dans l’air que nous respirons, dans le ciel que nous contemplons : ce système est immobile et il est possible de vivre sans lui, autrement, différemment, plus lentement, en accord avec le rythme d’un jour qui se lève et d’une nuit qui s’avance. 

Mais il s’agit aussi de ne pas oublier ceux qui en cet instant peinent encore davantage, mais que leur manque-t-il ? Un abri, de la nourriture et une étoffe de confiance. 
Alors qu’une partie d’entre nous a déjà ou va perdre son rôle, son statut au sein de la grande entreprise mondiale, ne pourrions-nous pas d’ores et déjà réfléchir à un après où le temps que l’on donnera comblera une bonne fois pour toutes les besoins premiers de tous car « tant qu’un seul être vivant souffrira, le monde ne sera pas en paix ».

S’aimer, se nourrir, se loger, sourire, rire, partager, aimer, rien de moins, rien de plus. Pour tous.

La grande machine a besoin de nos petites mains pour justifier ses actions : dévorer, piller, arracher, détruire et oublier. Et si nombreux étaient ceux qui décidaient demain de ne pas se remettre en route, mais plutôt de continuer à vivre, centrer à tout jamais sur les besoins premiers de tous ? 
Ceux d’entre nous qui ne sont pas encore courbés, oserons-nous ne plus être tièdes, ni envers la vie, ni envers l’avenir ?
Le royaume n’a jamais été aussi proche, il ne reste peut-être qu’à choisir d’y entrer, de passer au-delà des douves asséchées. 
« Pour qu’un passage en soit un, il se doit d’être inconnu ».

Le doute est l’intersection de toutes les routes alors tant pis si nous ne savons pas où ni comment, mais essayons. Suivons l’appel du vivant et non celui de nos prétendus géôliers. La prison est là, au creux de nous-mêmes. Libérons-nous et libérons-les. 

Ce temps si précieux de vie qui nous a été rendu, voulons-nous vraiment le sacrifier encore ? Réfléchissons. Avec calme et lucidité. Prenons ce temps qui nous est offert et qui sait ? Peut-être qu’un beau matin la poésie sera devenue la religion de l’humanité ? 

« L’existence, si elle pèse,

L’existence, si elle écrase,

C’est sur le front la marque de la honte.

Malédiction est « je dois »

Délivrance est « je peux »

N’ayez pas peur si l’enveloppe se déchire : ce qui ne sert plus doit disparaitre. Perdre l’enveloppe ne fait pas mal. Ne regrettez pas l’enveloppe car le germe vit !
Arrosez la graine ! Si vous ne le faites pas, elle meurt. Arrosez avec ce qui est manque en vous et il n’y aura plus ni question ni incertitude. » 

 David Wicker

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Publié par La Rédaction du Clairon de l'Atax

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