Mais comment osent-ils ?

Bouffon jouant du pipeau (Image par Tom Woodgate de Pixabay)

Mais comment ont-ils osé se produire sur les terrasses le 19 mai ? Macron et Castex, les ministres Le Maire, Attal (1), Djebbari et Griset, les secrétaires d’Etat Lemoyne et Beaune, etc. A quoi rime cette opération de communication, fidèlement relayée et amplifiée par les médias de formatage ? Est-ce parce qu’ils s’imaginent premiers de cordée et qu’il leur appartient de donner l’exemple en toutes circonstances ? Le spectacle misérable de leurs poses convenues, les fait apparaître comme de piètres comédiens : comment ont-ils pu s’y livrer, quelle était  leur intention, comment considèrent-ils leur public…nous ?

Cette sinistre farce, jouée au Françaises et aux Français, à l’occasion de ce qui n’est qu’un début de retour à une vie sociale normale, apporte une réponse à cette question : comment la classe politique qui nous gouverne se représente-t-elle ce peuple de gouvernés dont elle semble se sentir différente ? L’idée qui a fondé nos institutions c’est que la démocratie, le gouvernement par le peuple, est un progrès qui ne peut que s’étendre : elle parait à présent s’éroder chez nos gouvernants, au profit d’un retour à cette conviction historiquement récurrente que le peuple est trop con pour se gouverner lui-même. Il faut donc l’encadrer, l’influencer, le guider en limitant le plus possible voire totalement les occasions où il pourrait exercer sa souveraineté.

La pandémie représente une trop belle occasion pour encadrer ce peuple sous des prétextes médicaux inattaquables, pour développer une informatique de flicage et de coercition, pour dissoudre le lien social et tendre vers une société d’individus isolés, dociles face à un État tout puissant. Et nos gouvernants s’y emploient hardiment en limitant à coup de lois et décrets les libertés publiques, en favorisant le développement des moyens de contrôle social, en réduisant les procédures de consultation de la société civile ou en les remplaçant par des simulacres.
Mais la pandémie c’est aussi le moment où se révèle la véritable nature de ceux qui se pensent des élites et être, à ce titre, légitimes pour nous gouverner. Leur gestion calamiteuse de la crise, les dysfonctionnements successifs, les mesures contradictoires ou inappropriées aux conséquences tragiques témoignent de leurs incapacités de leur médiocrité. Sous prétexte de dynamisme et de modernité, comme il se doit dans une « start-up nation », les mesures législatives sont faites « à chaud », en réaction à des événements ou des faits divers, sans que soit pris le temps nécessaire à une réflexion approfondie à un débat sur le sens et les conséquences. Jamais le Conseil Constitutionnel et le Conseil d’État n’étaient autant intervenus pour remettre en cause des dispositions législatives ou règlementaires !
La pandémie a fait  apparaitre nos gouvernants pour ce qu’ils sont : des Français comme les autres, pas plus pas moins doués. Leur seule légitimité c’est le mandat électif qui leur a été donné et leur détermination au respect des institutions ce qui semble de plus en plus souvent leur échapper.

Pourtant si la pandémie à fait apparaître, parfois cruellement, aux Françaises et aux Français les limites de notre classe dirigeante, celle-ci ne semble pas partager ce constat. Le même mercredi 19 mai, le ministre de l’intérieur Darmanin manifestait devant l’Assemblée Nationale avec des « policiers en colère » et leurs syndicats contre son propre gouvernement ! Et il reste en place ! Sommes-nous arrivés à une telle décomposition du politique ? En souhaitant imposer au législateur et à la justice des peines automatiques pour les agresseurs de policier, les syndicats de police, confortés par la présence du ministre Darmanin, mettaient en cause un principe fondamental de nos institutions, issu de la Déclaration des doits de l’homme et du citoyen de 1789 « La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique, cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.»

Tout à leur aveuglement à continuer une politique inspirée de dogmes ultralibéraux, nos gouvernants n’ont pas tiré les leçons de la pandémie où ce n’est pas le marché, mais l’État qui a limité la casse. Ils poursuivent leur projet de destruction de l’État Providence et du service public. Pour faire face aux réactions provoquées par cette politique (réforme des retraites, politique d’austérité, destruction du système de santé, etc.) il leur faut une police et une justice à leurs ordres, Darmanin et se collègues s’y emploient.
Continuer sur une telle ligne politique, c’est non seulement détruire la démocratie en asservissant le plus grand nombre de citoyens, mais c’est aussi nourrir une dynamique mortifère qui exposera ces mêmes citoyens aux effets du changement climatique.
La question est de savoir si nous avons encore les moyens de nous opposer à ce destin. Somme-nous massivement fascinés par la geste des macronistes et consorts, tel le lapin paralysé par la danse du crotale, ou y a-t-il encore espoir de trouver suffisamment de citoyennes et de citoyens capables de se mobiliser et d’enrayer cette déchéance ?
La fin du confinement et le retour progressif à une vie sociale (il sera difficile à nos gouvernants de faire marche arrière, le risque d’insurrection serait grand) est un moment propice au réveil citoyen. Les contacts « physiques » les débats publics en « présentiel », les rencontres dans les milieux associatifs et syndicaux, le réveil de la culture, etc., peuvent initier et nourrir un refus massif de nous soumettre aux manipulations de nos gouvernants qui visent à obtenir notre consentement apathique.

Le temps est aux élections : le mois prochain les départementales et les élections régionales, lesquelles fournissent aux candidats à la présidentielle 2022 l’occasion de se pré-positionner. Bien entendu aucun des changements institutionnels qu’on avait fait miroiter aux Française et aux Français n’a été réalisé. Dans tous les cas, si aucun des candidats en lice ne correspond à nos attentes, il faut quand même aller voter blanc et ne s’abstenir à aucun prix. Dans les circonstances actuelles le vote blanc est comptabilisé mais n’a pas d’effet sur les élections, mais peut-on proclamer la légitimité d’un candidat élu avec 40% des suffrages et 51% de votes blancs ?

Mais au-delà de ces échéances une bataille de fond est à mener contre le démontage de nos institutions. Ce n’est pas parce que le système institutionnel de la 5ème république montre des signes d’obsolescence et manque de réponses face à des évolutions de notre société, qu’il faut le réformer à la hache, en réaction affective à telle ou telle circonstance. Protégeons nos institutions, elles nous défendent encore contre ceux qui attentent à la démocratie et à nos libertés et lorsqu’il s’agit de les changer, donnons-nous le temps et les conditions nécessaires à la réflexion et au  débat.

De quel côté la bascule va-t-elle pencher ? Saurons-nous nous mobiliser, nous organiser et défendre nos libertés et la Démocratie, ou allons-nous gober passivement ce que nous jettent en pâture nos gouvernants, leurs commanditaires et leurs complices, pour finir en foules passives et résignées ?

« Quo usque tandem abutere, Macronus, patientia nostra ? »

Hubert Reys, pour le Clairon de l’Atax le 22/05/2021

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Notes:
  1. ce dernier flanqué de l’ »influenceur » Hanouna !
+1

1 commentaire

Joël Raimondi

Tout ça c est du pipeau …n oublions pas le joueur de flûte de Hamelin… et les musiciens de la ville de Brême du regretté Tomy Ungerer….

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