Jusqu’où allons-nous descendre ?

La gifle revet une dimension particulière : la gifle de Don Gomès à Don Diègue, la gifle du Dey d’Alger au consul de France, la gifle de Beate Klarsfeld à Kurt Waldheim, la gifle à Macron, signifient le mépris et veulent humilier l’autre considéré comme inférieur, indigne…

Naufrage Image par supertonna0 de Pixabay

La gifle

Commençons par la gifle qui fut donnée le 8 juin à Macron : elle est presque déjà oubliée, les médias ont fait leur boulot. Dans l’agitation des premiers jours consécutifs à cette agression, les interprétations de ce geste ont fusé.  Cette agression est-elle un signe adressé par l’opinion, aux politiques, au gouvernement, au président ? Qui est visé, le Président de la République, la France, les institutions en général ou l’individu Macron en particulier ? (Notons au passage que si l’on accordait à Macron une position symbolique où il incarnait l’État, les commentateurs ne se sont pas trop souciés de savoir si et de quoi l’agresseur pouvait être le symbole). Est-ce l’œuvre d’un individu isolé ou d’un groupe organisé ? S’agit-il d’un passage à l’acte relié à une théorie politique ? Les thèses et les antithèses se sont croisées jusqu’au moment où les médias officiels et leurs relais privés ont progressivement étouffé l’affaire : il s’agissait juste d’un acte singulier, perpétré par un individu isolé, juste l’expression non maîtrisée d’un « ras le bol »…

Mais dans tout cela on s’est fort peu intéressé au geste lui-même, à la gifle. Dans la panoplie des agressions physiques que l’on peut perpétrer face à un autre individu, le choix est immense. Dans l’instant et sans disposer d’armes, on peut donner un coup de pied, un coup de poing, ou une gifle. Si on peut se donner des coups de pied ou de poing entre adversaires, situés initialement sur un pied d’égalité, la gifle revêt une dimension particulière : la gifle de Don Gomès à Don Diègue, la gifle du Dey d’Alger au consul de France, la gifle de Beate Klarsfeld à Kurt Waldheim, la gifle à Macron, signifient le mépris et veulent humilier l’autre, considéré comme inférieur, indigne…

Je ne crois pas que cette gifle à Macron ait visé la République, la Démocratie ou la France, comme certains ont voulu le dramatiser. Dans ce qu’est devenu la 5ème République, où l’on vote, lorsqu’on vote, pour des personnes et non pour des projets politiques, Macron, surgi du fin fond de la technocratie et fabriqué comme homme d’État, ne représente rien d’autre que lui-même pour la plus grande partie de l’opinion, même lorsque celle-ci projette sur lui ses phantasmes et ses aspirations. Mais ce qui me paraît important dans cette gifle, c’est qu’on en est arrivé à considérer l’adversaire politique avec mépris : ce n’est plus un égal dans le débat, il est incapable de comprendre, ça ne sert à plus rien de lui expliquer, inutile de discuter : il n’y a que la claque, comme pour un gamin têtu ! Peut-on encore exercer un mandat politique dans de telles conditions ?
Que s’est-il cassé pour en arriver à une situation aussi grave, car lorsque le débat devient impossible c’est la mort de la Démocratie ? Est-ce la mise à l’écart de la société civile par la Macronie, la surdité aux revendications des gilets jaunes, les déclarations  de certains de ses hiérarques qui considèrent le peuple incapable de comprendre les grands enjeux auxquels notre pays est exposé, ou encore la manipulation de consultations citoyennes, ensuite trahies par le pouvoir en place ?

On pourrait trouver osée cette extrapolation basée une seule gifle, si les réactions aux actuelles élections territoriales ne venaient en corroborer les déductions.

Les élections territoriales

Peut-on imaginer, dans une démocratie digne de ce nom, que des campagnes électorales se déroulent sans possibilité de réunions publiques, où l’électeur potentiel ne peut compter pour s’informer que sur la visite aléatoire et rare de candidats, ou alors sur le spectacle orchestré des grands médias où journalistes et experts s’interrogent jusqu’à l’épuisement sur tel ou tel sondage, sur le fait de savoir si Dugomeaux va faire alliance avec Ratier ou fusionner sa liste avec Katzenfeger et que les candidats, la main sur le cœur, expliquent combien leurs concurrents sont mauvais… Dans tout cela, point de contenu ou si peu et, surtout, pas question d’aborder le thème de la réforme de nos institutions, même de la part des quelques candidats qui ont réfléchi à la chose ! Pour ajouter à la confusion, les professions de foi des candidats n’arrivent pas partout, parce que le prestataire privé, choisi par la Macronie au détriment de la Poste « service public », n’arrive pas à remplir son contrat…

Il ne reste alors, Covid oblige, que le porte à porte, les rencontres de proximité entre voisins et amis et qu’y découvre-t-on ? Une défiance et un mépris quasi général envers la classe politique, qui grandissent plus on s’éloigne du local, assortis à la montée d’une sorte de positionnement politique où le fait de ne pas aller voter n’est plus du domaine de l’apathie ou de la négligence, mais relève d’une volonté exprimée de ne pas se prêter à «ça».

Oui le mépris envers la classe politique est grand et grandit encore, il n’est pas surprenant qu’il s’exerce aussi envers celui qui en incarne le sommet. Mais, au moment où s’écrit cet éditorial, entre les deux tours des élections territoriales, l’incident de la gifle est presque oublié, tandis que les médias s’efforcent de fasciner l’opinion en exposant par le menu les tractations politiques en cours, en extrapolant et spéculant sur les présidentielles de 2022… Mais toujours pas de confrontation argumentée des projets des différentes parties et toujours pas de débat sur la dégradation de nos institutions.
Jusqu’où allons-nous descendre ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 21/2/06/2021

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