Coup de gueule (encore) contre l’incohérence et l’absurdité.

Il y a plus urgent à faire qu’à ratiociner sur la vaccination : nous devrions plutôt nous concentrer sur les véritables problèmes : les migrations de populations qui ne cessent de croitre, les famines, les catastrophes écologiques, les nouveaux virus qui feront surface ces prochaines années, etc.

 

Un soir, j’étais tranquillement installée à la terrasse d’un bar avec des amis, lorsque Stéphane, un homme d’une quarantaine d’années, s’installe à notre table et entame, dans un langage à peine compréhensible, un discours interminable à propos du vaccin anti-Covid 19…
Stéphane nous a servi les arguments si fréquents  par les temps qui courent : « On est en dictature les jeunes, je vous le dis !»  « Connard de Macron » « On est plus libres » etc., etc.….

Stéphane avait l’air vraiment en colère (j’ai pensé plus tard que cette colère était certainement liée au fait que sa femme venait de le quitter deux jours plus tôt, comme il nous l’apprit quelques instants plus tard). De grosses veines épaisses ressortaient de son front en sueur.  Moi je trouvais qu’il en faisait un peu trop pour une histoire de vaccin, et que c’était dommage de se gâcher autant la vie. Comme il me semblait avoir besoin de s’exprimer, je l’ai laissé déverser son flot de paroles, tout en lançant des coups d’œil amusés à mes camarades, mais à force d’entendre parler de Macron il commençait sérieusement à m’ennuyer, alors que je voulais juste boire ma bière tranquillement.

Quelques jours plus tôt, j’avais déjà eu un débat du même genre avec un autre groupe d’amis, réticents à l’idée de se faire vacciner : pourtant ils travaillaient tous dans la restauration et étaient donc particulièrement exposés à la contamination. Leurs reproches principaux aux mesures gouvernementales faisaient état d’une infantilisation et d’une humiliation inadmissible des gens, d’une pensée unique imposée, et ils affirmaient leur refus catégorique de se faire « scanner » pour pouvoir aller manger un « burger ». En plus de cela, ils exprimaient leurs doutes sur la qualité du vaccin : « Après tout, on ne sait pas ce qu’il y a dans leur vaccin ; ils n’ont jamais trouvé de vaccin pour le cancer et puis là, en deux temps trois mouvements, ils nous en sortent un pour le Covid » ; ou encore : « On est beaucoup trop jeunes pour mourir du Covid, à quoi bon se faire vacciner » 
Mais pire : il y avait ceux qui  allaient jusqu’à reprocher aux « vaccinés » d’être des « moutons », des « faibles », et des « soumis » à Macron. En clair : -cette histoire de vaccins est vraiment hallucinante, et faites bien attention, car vous risquez d’y perdre quelques amis-.

Pour ma part, je trouve ces débats totalement vains, fallacieux, et aberrants. D’abord, je n’admets pas que l’on veuille m’imposer un avis, jusqu’à venir me critiquer pour mes choix, et essayer de me faire culpabiliser. Il me parait aussi totalement stupide de reprocher à quelqu’un(e) de s’être fait vacciner ; on devrait plutôt se réjouir que cette personne essaie de préserver sa santé et de prolonger son espérance de vie, du moins, si on tient un minimum à elle. Pour ma part, il ne me viendrait pas à l’esprit de faire la morale à quelqu’un en le pressant de se faire vacciner, donc de quel droit certains se sentent-ils légitimes à le faire dans la situation inverse ?

Certes, il me semble qu’il y a un déficit de pédagogie à l’égard des citoyens, et qu’en plus les différentes approches médiatiques enferment beaucoup de gens dans un certain « obscurantisme ». La capacité de savoir et le savoir lui-même ne sont pas mis à la portée de tous. A cela s’ajoute une politique autoritaire qui, depuis plusieurs mois, favorise un climat d’inquiétude, tout à fait légitime. On peut aussi reprocher au gouvernement d’avoir trop tardé à prendre certaines mesures et aux ultras riches de s’être enrichis sur le dos de la crise sanitaire.  
Mais peut-on réellement reprocher le « passe sanitaire » à nos gouvernants ?
Parler aujourd’hui de dictature me semble totalement aberrant et relever d’un profond égoïsme. Certes, une forte incitation (mais qui n’est pas une obligation) peut susciter de la méfiance, mais je ne pense pas qu’il soit bon d’y céder. La vaccination relève du bon sens, du bien commun et de la solidarité, car en se protégeant on protège aussi les autres. Cela n’empêche en rien la liberté individuelle de chacun, mais au contraire, la garantit à long terme. Après la crise mondiale que nous avons vécue et qui n’a épargné personne, il semble assez logique que nous nous prémunissions tous ensemble de la Covid.

Les humains sont faits de paradoxes, mais j’avoue ne pas bien saisir celui qui règne actuellement. Après en avoir bavé pendant des mois, après avoir supporté plusieurs confinements, et exprimé un ras-le-bol général, les gens se plaignent à présent d’avoir accès à un vaccin dont le développement fut réalisé dans des délais hors du commun, (puisqu’il faut habituellement attendre une dizaine d’année pour qu’un vaccin devienne opérationnel).
Être effrayé des risques de la vaccination frôle, à mon sens, l’absurdité. Les vaccins sont des médicaments, donc oui, il y a des risques d’effets secondaires « graves » mais qui, selon les données scientifiques disponibles,  ne surviennent jamais à une fréquence supérieure à 1 pour 100 000 vaccinés.
Par ailleurs il est profondément injuste, à mon sens, que la Tunisie, l’Inde, l’Afrique du Sud et d’autres pays moins développés, vivent un drame sanitaire, et que nous, nous jouions les mécontents  et les victimes d’un gouvernement qui certes, est loin d’être exemplaire, mais qui, il faut l’admettre, aurait pu difficilement mieux faire dans une situation aussi complexe.

Le débat actuel sur le vaccin, est non seulement vain et chronophage, mais il ne devrait pas prendre autant de place. Ce qui nous attend dans les prochaines années sera bien pire qu’un simple vaccin. Car il me semble que nous nous éloignons de l’essentiel : notre avenir est en danger et aucune espèce vivante ne s’était encore comportée comme nous les humains dans toute l’histoire de la terre. La possibilité d’un futur prospère et « vivable » fait à présent question pour nous. L’enjeu est immense et multiple et il nous concerne tous. Nous devrions plutôt nous concentrer sur les véritables problèmes : les migrations de populations qui ne cessent de croitre, les famines, les catastrophes écologiques, les nouveaux virus qui feront surface ces prochaines années (et qui nous réservent encore d’interminables discussions sur la vaccination !).

children-of-war-image par janeb13 de Pixabay

Il y a donc plus urgent à faire qu’à ratiociner sur la vaccination. La récente actualité nous fournit une piste avec les scandaleux « exploits spatiaux » de Jeff Bezos et Richard Branson : il y a urgence absolue à  exproprier ces milliardaires qui n’ont rien à faire des milliards qu’ils gagnent par l’exploitation des autres, sinon s’amuser à 2,5 millions d’euro la minute, pendant qu’à Madagascar et ailleurs, la famine ou la précarité s’aggravent !

Lena Waag pour le Clairon de l’Atax le 22/07/2021

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