Cette fois-ci un film : Les sorcières d’Arkélare

 

Les sorcières d’Arkélare

 

Les Sorcières d’Akelarre : 2021, film réalisé par Pablo Agüero avec Alex Brendemühl, Amaia Aberasturi

Énigmes de la nature et fantasmes masculins, les femmes insolentes dont il est question dans ce film, furent coupables de féminité et de liberté. Voici une histoire vraie, durant l’inquisition, puissante et envoutante, où l’autorité patriarcale est bousculée ; dans un monde où les hommes craignent les femmes qui n’ont pas peur. Terrifiant d’actualité.

Sorcière Image par silphatristis de Pixabay

« Les sorcières d’Akelarre » (Un mot qui signifie sabbat en basque), est un film à petit budget, qui a reçu de nombreuses nominations et récompenses en Espagne. Un hymne féministe ensorcelant d’élégance et de courage.  

L’histoire se passe au pays basque, en l’an 1609. Tandis que les hommes sont partis en mer, six jeunes femmes participent à une fête dans les bois, la nuit, avec d’autres filles du village. A l’aube, elles sont immédiatement arrêtées et accusées d’avoir participé à une cérémonie satanique : le Sabbat. Quoi qu’elles disent ou fassent pour leur défense, elles sont diabolisées par ces hommes qui les méprisent et les torturent : le prêtre du village, les soldats, et le juge Pierre de Rosteguy de Lancre (missionné par Henri IV pour purifier la région des actes de sorcellerie ; ce dernier exista réellement puisqu’il fut le beau-frère de Montaigne).

Dans ce pays basque, où la nature devient figure protectrice et complice des jeunes filles, les forêts foisonnantes et mystérieuses se mêlent aux vertigineuses falaises et à la mer, et s’assemblent avec un autre élément originaire : le feu. Les décors oniriques choisis restituent très bien cette poésie, où la lumière et l’obscurité s’offrent en duel. Aux robes d’ivoire portées par les jeunes filles, contrastent les habits noirs des hommes.

C’est l’histoire d’une lutte menée par des femmes effrontées, unies par l’amitié, la fureur de vivre, et le rire, contre un carcan patriarcal et misogyne. Les hommes qui les accusent croulent sous le vice, et les péchés capitaux qui les accablent sont bien représentés : le péché de gourmandise lors des scènes de repas durant seuls lesquels les hommes se sustentent bruyamment et bestialement ; le péché d’orgueil, du savoir moral supérieur et de la mégalomanie ; et enfin, point d’orgue du film faisant écho à la puissance du feu qui afflue chaque plan : le péché de la luxure, incarné par Ana -personnage à la fois désiré et craint par les hommes- véritable succube, inspirée de Schéhérazade, qui va retarder la sentence, en contant à ses ennemis des histoires qu’ils brulent littéralement d’entendre …

« Il n’y a rien de plus dangereux qu’une femme qui danse » déclare un inquisiteur dans le film ; Il y a une lecture moderne de l’histoire à faire dans ce film : autour de la crainte, mêlée à la haine de la femme, mais aussi à une grande fascination inavouable, profondément ancrée dans toute société où règne le patriarcat. Sous l’inquisition ou sous les Talibans, une femme qui jouit de son corps est forcément possédée par le démon et doit disparaitre.

La dernière partie des « sorcières d’Akelarre » est d’une beauté et d’une puissance envoutante : les femmes, à travers des danses machiavéliques et chamaniques, tentent les hommes qui les observent, interdits. Accusées d’être des sorcières et condamnées à mort, elles vont se prendre au jeu et le devenir véritablement jusqu’à faire perdre ses esprits à leur juge : Elles crient : des sons envoutants sortent de leur corps, jouissent, souffrent, rient, et vénèrent la vie une dernière fois avec leurs corps, avant de s’envoler, du haut de la falaise. 

Lena WAAG pour le Clairon de l’Atax le 22/09/2021

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