Tomber le masque (Image par Gordon Johnson de Pixabay)
L’espoir de s’opposer aux menées d’Emmanuel Macron et de son gouvernement semble s’être épuisé le 8 juin, lorsque la présidente de la Chambre des députés a réussi à faire échouer le vote d’une loi présentée par le groupe LIOT, qui visait à annuler la réforme des retraites imposée par l’exécutif macroniste.
Lorsqu’une minorité politique réussit à contrecarrer l’expression légitime d’une majorité politique en utilisant des artifices légaux, alors se pose la question de savoir dans quel régime politique on est.
Ce qui a basculé ce 8 juin va bien plus loin que la seule question des retraites et nous laisse voir le début d’un processus qui peut aboutir à un coup d’État. Tous les contre-pouvoirs démocratiques à l’œuvre lors de la bataille des retraites ont été battus par les manœuvres d’un homme et de son clan.
Aujourd’hui E. Macron est vainqueur et va pouvoir exploiter cette victoire, puisqu’il vient de prouver qu’il n’a pas besoin de majorité parlementaire pour gouverner.
Il s’agit pour lui maintenant de profiter de la sidération des Français et de foncer : la saga des 100 jours est en marche, mais cette fois, plus fort que Napoléon, Macron pense gagner !
Exploiter la victoire sur le parlementarisme démocratique
La manœuvre politique est double :
Il s’agit tout d’ abord d’asseoir définitivement le pouvoir d’E. Macron, d’exploiter l’image du chef victorieux auquel rien ne résiste, puisque ni le Parlement, ni les mobilisations de masse, ni son impopularité, n’ont pu le déstabiliser. Cela prouve qu’il avait raison seul contre tous, qu’il savait, tandis que le « autres » craignaient, se trompaient ou tergiversaient. Bref il a démontré qu’il avait l’étoffe d’un guide capable de conduire le pays…
Et c’est désormais en guide omniprésent qu’il sillonne la France et se répand en paroles performatives. Après avoir relancé le nucléaire : il réindustrialise ici, tandis qu’ailleurs il définit la sobriété, la croissance verte ; ailleurs encore il relocalise la production de médicaments…Puisqu’il a déjà gagné contre tous, pourquoi ne lui ferait-on pas crédit de la réussite de ses annonces ?
Il s’agit ensuite de modeler le peuple des « gaulois récalcitrants » en une masse de « gentils » (1), soumis et/ou coopératifs, à laquelle sert de repoussoir une foule minoritaire de « méchants », c’est-à-dire tous ceux qui s’opposent à la geste macroniste, plus les immigrés et les déviants de tout poil…Le coup n’est pas nouveau, mais il a montré qu’il a gardé toute son efficacité pour faire glisser des démocraties vers des régimes illibéraux.
Les soutiens d’E. Macron
Pour ce faire, le président est puissamment aidé par une part importante de la médiasphère : il bénéficie à la fois du soutien des grand médias, aux mains de ses mandants capitalistes, mais aussi de plus en plus des médias publics qui évoluent en sa faveur au rythme des nominations de leurs nouvelles directions. Ce soutien s’exerce de 2 manières : d’une part par la valorisation de l’image présidentielle et de la politique menée par le chef de l’État ; d’autre part par la diffusion de contenus visant a conforter la passivité du peuple, à réduire son sens critique, à détourner son attention et à canaliser son ressentiment vers des ennemis soigneusement mis en scène (immigrés, bénéficiaires du RSA, éco-terroristes, etc.).
Il y a ensuite des partis politiques, réputés indépendants du macronisme, mais qui servent à donner l’impression que le débat et la négociation politique autour d’idées et de projets de société sont encore possibles. Au premier plan figure le RN (Rassemblement National) : il constitue actuellement l’allié le plus utile du macronisme. Le RN, tout à son entreprise d’acquérir une respectabilité et de devenir fréquentable, joue consciencieusement la partition d’un parti proche du peuple, capable de tenir sa place dans le débat parlementaire et de mener une opposition raisonnée dans le respect des valeurs républicaines. Mais le RN n’envisage pas ses rapports avec le grand capital très différents de ceux qu’entretien la Macronie, d’où ses votes qui ne soutiennent presque jamais l’opposition parlementaire. Des macronistes et du Rassemblement national : chacun a besoin de l’autre…pour le moment…
Un pas de plus vers l’illibéralisme
Le moment semble favorable : comme pour tant de prédécesseurs de notre chef d’État, c’est un sous-fifre, un compagnons fidèle, qui annonce que le « grand homme » a besoin de plus de temps pour parfaire sont œuvre… C’est ainsi que Richard Ferrand propose le 18 juin dernier de changer la Constitution qui limite à 2 les mandats présidentiels. Il se rétracte le 19 juin mais la chose et dite, le ballon d’essai est lancé, il faut laisser mûrir…
Comment cela va-t-il finir ?
Peut-il y avoir un dénouement démocratique à l’évolution politique que nous subissons ? L’espoir est-il dans un dénouement provoqué par un renforcement de la crise climatique, tel qu’il mettrait les institutions actuelles à bas, ou peut-il se fonder sur le sursaut d’une partie du peuple ?
Les temps sont difficiles : les sociétés démocratiques qui revendiquent de mieux répartir les richesses et de ménager la planète, constituent actuellement un handicap pour un capitalisme qui doit se battre face à une crise qu’il a produite, dont la gravité menace ses profits et à terme son existence. Dans un tel contexte, sa seule solution pour perdurer et maintenir le plus longtemps possible son système d’exploitation et ses profits, est d’assouvir le peuple dans un régime autoritaire.
Pour le moment, tant que Macron et ses affidés seront considérés comme utiles et profitables à la classe des détenteurs et des gestionnaires du capital, ils disposeront des moyens nécessaires au confortement de leur pouvoir et à l’exploitation du peuple.
Mais voilà, la parole performative peut se déliter à l’épreuve du réel, surtout quand elle a été proférée sans une sérieuse réflexion préalable. C’est ce qui semble se passer pour la relance du nucléaire…alors comment réagira le grand capital si les promesses du chef foirent ?
Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 21/06/2023
Notes
- cf. le ministre Darmanin : « être méchant avec les méchants et gentil avec les gentils[↩]

