Ce qui se passe actuellement en Argentine n’a rien d’exotique, bien au contraire. Tous les ingrédients qui ont provoqué la victoire de Javier Milei aux présidentielles, sont présents dans les vieilles démocraties, chez nous en Europe, en France. Des sociétés dont les institutions démocratiques sont détournées au service d’une oligarchie, où la misère se développe et s’étend à des classes sociales qui se croyaient à l’abri, où l’économie ploie sous la dette et l’inflation, où les partis libéraux de droite comme de gauche ont démontré leur incapacité à assurer le bien commun, où des partis de droite ou d’extrême droite surfent sur le mécontentement populaire, sont mures pour tomber entre les mains d’un clown tragique aux incommensurables capacités destructrices.
Trump, Musk, Bolsonaro, Poutine, Orban, Zelensky et de nombreux dirigeants ou politiciens nationalistes ou conservateurs ont salué sa victoire le 19 novembre dernier. Même notre président E. Macron « ni droite ni gauche » en posant avec un teeshirt offert par Milei, semble apprécier l’arrivée au pouvoir de cet individu qui se proclame anarcho-capitaliste.
Comment faire pour éviter pareille mésaventure en France, alors que le macronisme montre son incapacité grandissante à servir les intérêts du grand capital ? Alors pourquoi ce dernier n’essayerait-il pas l’extrême droite « présentable » ?
En Argentine comme ailleurs, une fois le pouvoir conquis, les déclarations fracassantes qui auront permis le succès électoral sont mises en sourdine : ainsi pour Milei la suppression de la banque centrale est remise à plus tard. Par contre il commence par attaquer ce qui fonde les institutions démocratiques : l’État, les libertés individuelles, etc. C’est ce qui se passe actuellement, comme le montre ce témoignage d’un Narbonnais que ses activités mènent à de fréquents séjours en Argentine.
La rédaction du Clairon
Argentine : manifestation féministe -(Image par Stella Giordano de Pixabay)
En Argentine, le nouveau Président attaque frontalement le droit des femmes
En Argentine, faute de pouvoir mettre en œuvre immédiatement son programme libertarien, comme la suppression de la Banque Centrale ou la légalisation de la vente privée d’organes humains, Javier Milei s’attaque frontalement aux femmes avec l’aide de ses alliés parlementaires de droite emmenés par Patricia Bullrich et d’extrême droite sous le leadership de la révisionniste Victoria Villarruel.
Avant même sa prise de fonction ce Dimanche 10 Décembre, Javier Milei, largement élu à la tête de l’État argentin, avait déjà engagé la bataille contre les avancées sociales durement gagnées par les Argentins depuis la fin de la dictature. Ses vidéos chocs avec sa tronçonneuse pour tailler dans le budget de l’état ont fait le tour de la planète et ses diatribes contre le Pape “Cet imbécile qui veut l’égalité sociale alors que l’égalité sociale c’est du vol“ ont pu choquer mais continuent d’être revendiquées comme lignes conductrices de son action.
Sans majorité au parlement, sa nécessaire alliance avec la bourgeoisie de droite et d’extrême droite l’a conduit à changer une partie de son staff pour faire de la place à des vieux routiers des élites possédantes et à abandonner (pour l’instant dit-il) une de ses mesures phares : la suppression de la banque Centrale. Il est vrai que cette expérience n’a jamais été tentée ni même sérieusement théorisée.
Mais s’il est un domaine qui cristallise sa volonté antisociale, c’est bien le droit des femmes.
D’ores et déjà, depuis des semaines, des plans ont été dressés, des listes noires établies et des ordres donnés pour attaquer frontalement les sociologues, les féministes, les travailleurs sociaux et, d’une manière générale, démanteler les institutions qui œuvrent pour le droit des femmes et des personnes LGBT+.
Je vous retranscris ici, in-extenso, l’appel d’une des responsables du Ministère de la Femme, du Genre et de la Diversité de la Nation, qui parle de lui-même.
“Bonjour ! Je suis Juli, travailleuse au Ministère de la Femme, du Genre et de la Diversité de la Nation. Je viens vous dire que le 11 décembre je perdrai mon emploi car le président élu n’a pas l’intention de continuer à mener des politiques publiques en faveur de la diversité et des femmes.
Ces 3 dernières années, nous travaillons à la Maison d’édition du Ministère, qui compte 15 livres à son actif. Mon idée est d’appeler TOUT LE MONDE à les télécharger gratuitement sur https://editorial.mingeneros.gob.ar/.
En Argentine, le nouveau Président attaque frontalement le droit des femmes
Vous trouverez des livres qui parlent de :
– Les soins
– La violence
– Les masculinités
– L’Interruption volontaire ou légale de grossesse
– La participation politique des femmes et des diversités dans l’histoire argentine
– L’accompagnement des personnes en situations de violences de genre
– De la communication avec une perspective de genre
– Des formations sur la loi Micaela (1)
Vous trouverez aussi une compilation de Dora Barrancos (2) qui rassemble différentes voix qui reflètent et pensent les mouvements des femmes et LGBTI+ (celle-ci est un joyau).
Dans 10 jours le site internet n’existera plus et le travail de 4 ans sera perdu à jamais. C’est pourquoi je vous demande si vous pouvez diffuser cette information à toutes les personnes qui, selon vous, s’intéressent aux questions de genre.
Nous continuerons à tisser un réseau comme nous le faisons depuis des décennies pour conquérir les droits qui nous manquent jusqu’à ce que tout soit comme nous l’avons rêvé.
« Juli“
Au milieu du tumulte mondial actuel – de la Palestine à l’Ukraine en passant par le Haut-Karabakh et tant d’autres – le peuple Argentin va probablement servir de laboratoire discret à la plus sauvage avancée du Néo-libéralisme depuis les années Reagan-Thatcher.
Si nous voulons éviter que, tôt ou tard, nous soyons tous victimes des retombées de l‘arrivée au pouvoir de celui qui se définit comme le premier “Anarcho-capitaliste“ de l’Histoire, ne détournons pas nos yeux du Rio de la Plata et n’économisons pas notre solidarité avec les luttes à venir. Elles nous concernent tous.
Juan H Sandino pour le Clairon de l’Atax le 14/12/2023
Notes
- La loi 27499 ou “loi Micaela“ stipule en son article premier « Une formation obligatoire sur la question du genre et des violences à l’égard des femmes est instituée pour toutes les personnes qui travaillent dans la fonction publique à tous les niveaux et hiérarchies des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire de la Nation. »[↩]
- Dora Barrancos est une sociologue argentine, ancienne directrice de L’institut interdisciplinaire pour l’étude des genres de l’Université de Buenos Aires et autrice de nombreux ouvrages sur ce thème.[↩]

