Les barrages de l’absurde

Entourée de collines couvertes d’une végétation méditerranéenne, la ville de Narbonne est non seulement exposée aux risques d’incendie, mais aussi aux inondations brutales, déclenchées par des épisodes pluvieux aussi soudains que massifs qui peuvent créer de graves problèmes d’écoulement. Les « rec » désignent  en langue locale de petits ruisseaux, qui strient les bassins versants. Souvent à sec en été,  ils se transforment parfois, suite des épisodes de forts orages, en puissantes rivières qui dévastent ce qui se trouve sur leur passage.
Le Rec de Veyret est un ruisseau qui traverse la partie ouest de la ville de Narbonne. Celle-ci  comprend des zones d’activités économiques et des zones  d’habitat individuel et collectif.

La rédaction du Clairon de l’Atax

Barrage, Image par jotoya de Pixabay

Le mardi 6 juillet, la première réunion publique sur l’aménagement du Rec de Veyret s’est tenue à Narbonne. Le propos était simple. Les experts ont déterminé avec les élus la meilleure solution pour lutter contre les crues centennales qui menacent Narbonne, ayez confiance…
La confiance se nourrit de l’expérience, et l’expérience des Narbonnais a consisté à subir la défaillance du barrage de Cap de Pla en 1994 transformant une crue presque anodine en catastrophe. (Le barrage de Cap de Pla est un barrage excréteur de crue qui, quelques années à peine après sa mise en service, manquait déjà d’entretien).

La solution actuellement proposée pour le Rec de Veyret consiste pour l’essentiel à construire deux immenses barrages écrêteurs de crue supplémentaires, au dessus de la ville de Narbonne. Le discours des techniciens se veut rassurant : – nous avons appris de nos erreurs et ces barrages seront de conception radicalement différente prévue pour durer 50 à 100 ans – promettent-ils. Mais dans quelques générations à peine, cette solution sera devenue un fardeau pour nos enfants et fera peser un risque cataclysmique sur notre cité multimillénaire.
Est-ce réellement la seule solution ?

Le Rec de Veyret se jette dans l’étang de Bages à peine quelques kilomètres après les  principales zones sensibles, il n’y a donc pas de contrainte en aval. Toutes les solutions envisageables consistent en une combinaison libre entre l’option d’une retenue de l’eau en amont et celle de l’augmentation du débit vers l’aval. Le seul arbitre étant le coût des aménagements. La solution proposée n’intègre que marginalement l’augmentation du débit vers l’aval.

Interrogés sur un choix opposé consistant à re-naturer le cours d’eau pour lui fournir l’espace dont un écoulement naturel aurait besoin, la réponse de ces experts confine à l’absurde : les ponts situés sur le cours du Rec de Veyret sont trop petits ! Donc, parce que des ouvrages d’art récents ont mal été dimensionnés, nous allons construire d’immenses ouvrages d’art supplémentaires, qui seront tous obsolètes dans moins d’un siècle.

L’argument massue est la continuité du trafic. Dans une ville où l’un des principaux ponts, celui de Carcassonne, est resté fermé pendant des années pour des querelles administratives et à la sortie d’une année et demi de confinements, cet argument laisse un goût de dérisoire.

Le chiffrage de la réfection des ponts n’est pas public. Mais plus que le coût, l’obstacle majeur paraît être la complexité accrue liée à l’intervention d’autres acteurs. Donc, pour s’épargner une complexité administrative absurde, une solution technique absurde est retenue. Notre époque donne le vertige.

 Laurent Fabas pour le Clairon de l’Atax le 21/07/2021

 

 

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