Séparatisme ? Communautarisme ? NON : LAÏCITÉ !

Selon E.Macron : "il y a un certain séparatisme qui s’est installé, c’est-à-dire la volonté de ne plus vivre ensemble, de ne plus être dans la République…". Très bien. Mais pourquoi cet usage inattendu de ce mot « séparatisme » ? Que cache ce mot ?

Macron chanoine de Latran (image Vatican news)

Dès le début de son mandat, j’ai toujours été dubitatif quant à l’engagement laïc de Macron… (Voir mes chroniques de février 2018 : la laïcité de Macron et d’avril 2018 : le sermon de Macron). Est-ce le fait de sa culture ou de son histoire personnelle, mais  le terme même de laïcité semble lui donner des boutons… Ses discours prêtent à interprétation, son diagnostic est flou. Cet homme, que l’on dit intelligent, semble ne pas comprendre que si la République ne doit pas ignorer les communautés, elle ne doit en reconnaître aucune… La République délibère uniquement dans la sphère politique des citoyens et non avec les directions des structures communautaires.
Depuis des mois, les macronistes (médias et politiques) nous ont promis un discours mémorable de Macron sur la laïcité. Puis, nous avons entendu les préconisations des députés macronistes allant dans le sens d’un « partenariat concordataire » entre l’État et le culte musulman qui semblait s’inspirer du souhait de Macron de « réparer » « le lien abîmé » entre l’Église et l’État.  Tout cela assaisonné de propositions tendant à « recréer l’alliance républicaine des territoires » (sic). Ce qui a placé en exergue des paroles que le président de la République a prononcées sur RTL le 27 octobre 2019 : « Il y a une lutte essentielle qui est une lutte contre le communautarisme. Le communautarisme, ça n’est pas le terrorisme, mais c’est le fait que dans certains quartiers de la République, dans certains endroits de notre République, il y a un certain séparatisme qui s’est installé, c’est-à-dire la volonté de ne plus vivre ensemble, de ne plus être dans la République… »

Très bien. Mais pourquoi cet usage inattendu de ce mot « séparatisme » ? Que cache ce mot ? Est-ce un tour de passe-passe de plus pour mieux brouiller les idées ? La « novlangue » avec ses « éléments de langage » allait-elle sévir une fois de plus ?
Comme le disait déjà George Orwell. Si vous enlevez un mot, vous ne pouvez plus le penser. Si vous remplacer un mot par un autre, vous ne pouvez plus penser la contradiction… donc vous n’êtes plus en démocratie qui dont l’essence est le travail des contradictions… Le changement permanent des mots est une façon de déstabiliser une entreprise, une institution, un État. Le Président se paye de mots et cela ne peut pas remplacer les actes, mais cela peut faire des dégâts dans la démocratie.
La novlangue donc pour confirmer le flou et le non dit de la pensée présidentielle qui se situe dans le sillage des dirigeants de l’État qui, depuis des décennies, négocient des « accommodements raisonnables » avec des responsables de structures communautaristes, largement minoritaires dans leur propre communauté ?
Pourquoi utiliser ce mot de « séparatisme » ? Pour oublier les causes du « communautarisme », issu des religions, quelles qu’elles soient et qui fait face aux lois républicaines fondées sur les droits de l’homme et qui se revendiquent universalistes…
Quel serait donc l’intérêt intellectuel, politique, pédagogique à présenter la lutte contre le communautarisme comme une lutte contre « un certain séparatisme » ?

La réponse à cette question relevait d’un exercice difficile pour le Président  Macron. J’attendais que l’oracle parle ! Communautarisme ?  Séparatisme ? Laïcité ?
Mais voici que déjà, ça commençait mal : il parlait sur une terre concordataire (le Haut-Rhin) où la laïcité de la loi 1905 est bafouée. Alors que plus de la moitié de nos concitoyens sont athées ou agnostiques, un geste symbolique aurait été d’abolir le concordat, cet exemple de « séparatisme ».
Mais reprenons les axes de lutte contre le séparatisme prévus par Macron. Selon lui il s’agit de :

Reprendre le contrôle et lutter contre les influences étrangères, en particulier à l’école et dans les lieux de culte.

Comment le faire quand on permet le financement public des écoles privées confessionnelles au détriment de l’école publique ? La loi du 31 décembre 1959 accorde un statut dérogatoire aux établissements scolaires religieux…  Ce qui concernait au départ les catholiques… Lesquels ont ouvert la brèche où se sont précipités les protestants… Difficile alors de refuser les musulmans ? Ainsi l’école publique s’est affaiblie. (Ndlr : aujourd’hui, elle est en plus confrontée aux écoles commerciales payantes réservées aux plus riches…)
Comment alors s’opposer au fait que, sous prétexte d’enseigner les langues et les cultures d’origine, les écoles privées confessionnelles font appel à des « imans détachés », prêchant un Islam venu de sociétés théocratiques au prétexte que leurs élèves devraient s’imprégner de la culture des pays dont leurs parents ou grands-parents sont originaires ? Ainsi des salafistes seraient affublés de l’étiquette lénifiante de « quiétiste » histoire de signifier qu’ils ne seraient pas dangereux.
Comment stopper ces dérives quand la France est liée par des accords commerciaux par avec l’Arabie saoudite salafiste, avec le Qatar ou la Turquie, dirigés par des gouvernements liés à la secte réactionnaire des Frères musulmans ? Ces derniers, qui se revendiquent purs islamistes, ont noyauté en partie l’Association Musulmane pour l’Islam de France (AMIF), créée sous le regard bienveillant  de  l’Etat républicain et laïque.

Favoriser une meilleure organisation du culte musulman dans le respect de la laïcité

Mais est-ce bien à la République de s’occuper de cela ?  De nombreux responsables politiques se sont hasardés à cela, particulièrement Sarkozy en déployant une stratégie qui consiste avant tout  à ne fâcher personne.
On voit les conséquences de cette politique, jusqu’à l’échelle locale. On « achète la paix civile » souvent en employant et rétribuant des « grands frères », eux-mêmes souvent communautaristes qui sur-jouent la victimisation tout en négociant quelquefois, voire souvent, avec les voyous de la drogue ? On a vu des dirigeants successifs, de droite comme de gauche, élus de la République « s’accoquiner » avec ces réseaux. (Ndlr : l’actualité donne comme exemple la situation de Jean-Christophe Lagarde actuellement maire à Drancy). Ils sont beaucoup d’élus locaux à procéder de cette façon. Ils se déclarent hostiles au néolibéralisme mais complaisants, voire plus, avec les communautarismes religieux en général, mais pas que. S’attaquer aux conséquences d’une problématique n’en règle pas les causes, et conduit souvent à des dérives condamnables. Acheter ainsi la paix civile relève objectivement d’une alliance du néolibéralisme avec des forces communautaristes ?

Lutter contre les manifestations du séparatisme islamiste, qui contreviennent aux lois et règlements.

Macron évoque des mesures indispensables pour lesquelles on possède déjà les lois nécessaires. On peut d’ailleurs se demander pourquoi Macron et ses prédécesseurs n’ont jusqu’ici pas appliqué avec rigueur les articles 25 à 44 de la loi dite de 1905, relatifs à la police des cultes!
Utilise-t-il le « séparatisme » pour ne pas stigmatiser l’Islam ? Ce mot plait à une certaine gauche « bien pensante » réunie dans « l’Observatoire de la laïcité » qui promeut une « laïcité ouverte », une laïcité « partenariale », une laïcité « coopérationiste » qui fait davantage penser à une version adaptée du régime concordataire de 1801… Et surtout qui s’oppose à cette « laïcité séparatiste » de la loi 1905, qu’il faudrait d’ailleurs réviser ! Procéder ainsi, dans cette ambiance de « refondamentalisme », n’est-ce pas balayer l’héritage des Lumières dont, rappelons-le, l’idée principale était la « désacralisation » des pouvoirs cléricaux, comme fondement du pacte social et politique ?
La reconquête d’une République laïque implique donc un objectif plus vaste : retrouver et affirmer, par-delà la diversité des croyances et des origines, une vision de l’Homme et de sa Liberté. Dans ces conditions, comment avoir une « reconquête » républicaine, si l’on ne comprend pas ce qui menace la laïcité ?

 Opérer un retour républicain : ramener la République là où elle a démissionné. Par exemple via le renforcement des associations.

Opérer un retour républicain, à partir de quels diagnostics ?
Sur celui des religions, et particulièrement aujourd’hui sur un islam théologico-politique, qui s’engouffre dans les brèches creusées par le recul de la République… En attendant de les étendre aux évangélistes et autres baptistes ou encore aux intégristes catholiques, prêts à entrer dans la danse. Chacun d’entre eux est bien calé dans son communautarisme, son obscurantisme : le terrain est miné, la droite et l’extrême droite s’y engagent en faisant croire que l’on ne pourrait pas avoir des « liens d’affinité » avec des gens différents, n’ayant pas les mêmes croyances…
Ramener la République là où elle a démissionné ? Mais Macron souhaite-il reconquérir les « territoires perdus de la République » ? Encore une fois attaquons-nous à la cause des problèmes. Quand une prétendue république passe son temps depuis des décennies, mais en empirant à chaque gouvernement, à enrichir les plus riches, à appauvrir les plus pauvres, à organiser la ségrégation sociale et spatiale, à détruire les services publics dans les banlieues, mais aussi en zone périurbaine et en zone rurale, alors les prêcheurs des haines communautaristes jouent sur du velours…
Qui n’a pas fait le rapprochement entre la politique antisociale des néo-libéraux et la montée du communautarisme ?
Comment parler de séparatisme quand on augments les inégalités dans ce pays, cause des « quartiers perdus » de la République.
Comment parler de « séparatisme » quand on voit les différences de traitement entre le rural, le péri-urbain et les centres-villes où est mis l’essentiel des moyens publics?

Pour répondre à ces questions gravissimes, nous devons lier le combat laïc, le combat social, le combat culturel. Disjoindre les enjeux laïques et politiques est une erreur théorique et politique ! C’est comme si une laïcité de « surplomb » estimait que ce qui se passe dans la société n’est guère son affaire. Alors qu’à l’inverse, les luttes sociales pour le service public, les régimes de retraite, les droits sociaux, l’assurance maladie, se privent souvent du levier intellectuel majeur qui aiderait le mouvement social et syndical à se prémunir durablement contre son infiltration mortifère par l’idéologie communautariste, ennemie irréductible des valeurs émancipatrices portées par les mouvements ouvriers des XIXe et XXe siècles.
Pour parvenir à cela, nous devons refonder une éducation populaireET POLITIQUE, donc permettre le renforcement des associations, alors que Macron supprime 200 000 emplois aidés dans la vie associative !

En conclusion, nous devons affirmer et répéter que le travail du Président de la République française est de promouvoir une politique laïque, culturelle et républicaine.
Rappeler qu’il faut aller vers plus d’Égalité, donc réduire les inégalités.
Rappeler que la Liberté consiste aussi à aller vers plus de démocratie
C’est la seule façon d’aller vers plus de Fraternité et lutter contre tous communautarisme taxés ou non de « séparatisme »

Mais pour réaliser cela, Macron devra bien comprendre la Laïcité, ce dont je doute…

Oncle JEF  pour la Clairon de l’Atax le 16/03/2020

 

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