Démocratie directe ou démocratie représentative ?

Le problème ce n’est pas le désintérêt des citoyens pour la politique, c’est la politique qui fonctionne dans un cadre périmé.

La question de la représentation des citoyens semble se poser avec une acuité croissante depuis une vingtaine d’années en France. Ses résurgences successives dans l’actualité ne se limitent pas aux périodes électorales, mais elles peuvent se produire à tout moment et à tout niveau du fonctionnement de nos institutions, Que ce soit au niveau gouvernemental ou à celui des communes, la contestation de la légitimité des décisions prises par des exécutifs légalement institués est fréquemment pratiquée par les oppositions, comme par une partie de l’opinion. Telle décision politique conforme au droit en vigueur, ne serait pas légitime car contraire aux intérêts et à la volonté du peuple. Autrement dit : les élus au pouvoir ne respectent pas le mandat qui leur a été donné par les citoyens et servent d’autres intérêts. Cet écart, souvent dénoncé, entre légalité et légitimité interroge sur le fonctionnement démocratique des institutions de la 5ème République.

Agora d’Athenes (photo Pixabay)

Le recours à une expression directe des citoyens

Face à la montée de ces reproches et aux réactions qu’ils provoquent au sein de la population, les exécutifs tentent de mettre en place, avec plus ou moins de succès, des dispositifs de participation de toute nature. Ainsi pour les communes, des conseils de quartier, des commissions extramunicipales, etc., ou plus largement des enquêtes publiques pour des projets d’urbanisme et d’aménagement …Au niveau gouvernemental, sous la présidence d’E. Macron, après un début de mandat peu enclin à la consultation des élus locaux et des instances représentatives de la société civile, l’exécutif s’est trouvé contraint, devant les réactions de l’opinion, à faire marche arrière et à fabriquer divers dispositifs censés consulter ces instances jusque là négligées, mais aussi les citoyens de base. (Ndlr: PM du « Grand débat national » et ses « Cahiers citoyens » en 2019/2020 à la « Convention citoyenne sur le climat »).
Ces opérations de reconquête de l’opinion ne semblent pas avoir atteint leur but, dans la mesure où une majorité des personnes et des instances consultées a estimé que leurs critiques et propositions n’ont pas eu d’impact significatif sur l’action gouvernementale.  Au contraire, le sentiment de ne pas être écouté s’est trouvé renforcé.  Ce qui était annoncé comme des consultations à l’échelle nationale, est apparu, in fine, comme des opérations de communication, voire de manipulation, renforçant encore le doute, d’une part importante de l’opinion, sur la capacité et la légitimité de l’exécutif et du législatif à la représenter.

Nos institutions politiques actuelles sont-elles encore en mesure d’assurer une cohésion suffisante entre gouvernants et gouvernés afin d’assurer un débat public constructif et d’établir une gouvernance soucieuse de l’intérêt et de la sécurité collectives ?

Depuis plusieurs décennies le fossé se creuse entre le peuple et les gouvernants. Pour autant la question de la nécessité d’un changement des institutions ne fait pas l’unanimité au sein de la classe politique. Si certains groupes ou partis se positionnent en faveur d’un changement profond impliquant la mise en place d’une nouvelle constitution, d’autres se prononcent en faveur du maintien des institutions de la 5ème République, sous réserve de quelques toilettages. Pourtant l’urgence de la situation appelle à la mise en place rapide d’une gouvernance capable de faire face aux effets grandissants de la crise climatique.

Réfléchir à de nouvelles institutions implique d’abord de questionner certaines idées  reçues.

« La politique c’est un métier »

C’est ce que proclame la quasi-totalité de la classe politique. Mais qu’est ce que la politique ? On peut définir la politique comme un ensemble d’actions pratiquées par des membres d’une société pour définir des normes et des règles du « vivre ensemble », les modifier le cas échéant et décider d’un avenir commun. Le sujet est vaste et complexe : on y réfléchit depuis l’antiquité. Le « vivre ensemble » c’est ce qui fonde notre humanité : elle a été capable de survivre, d’évoluer et d’occuper une place prépondérante sur terre en développant des capacités de coopération uniques dans le monde animal. Le politique c’est la conscience d’appartenir à cette humanité, à ce « vivre ensemble ». Nous sommes tous reliés, c’est pourquoi il y a fort longtemps le Grec Aristote définissait l’homme comme un animal politique.
Pourtant ce lien qui nous unit et fait notre humanité ne garantit pas un fonctionnement harmonieux de notre « vivre ensemble ». Comment se fait-il qu’actuellement, en France,  l’homme, cet « animal politique », se désintéresse à ce point des élections, des partis politiques et jusqu’ au fonctionnement de sa propre commune ?

Ce désintérêt fait l’objet de nombreuses analyses et de nombreuses interprétations :

  • la démocratie représentative n’est pas une démocratie d’exercice : une fois les élections passées, les citoyens n’ont pas les moyens de contrôler la bonne exécution des mandats et donc se détournent de la politique
  • les démocraties néo libérales avancées favorisent l’individualisme
  • la dilution de l’Etat dans un cadre politique plus vaste (Europe, mondialisation) éloigne la politique des citoyens
  • le spectacle de la politique est triste et ne porte plus d’idéaux
  • le personnel politique et à sa tête le chef d’Etat c’est « blanc bonnet et bonnet blanc » ou alors « ils sont tous pourris »
  • le caractère labyrinthique des institutions, on ne sait plus qui a la responsabilité de quoi et à quelle règles se référer
  • l’abrutissement des masses par le « prêt à penser » distillé par les médias
  • etc.

Il est à noter que malgré leur déploration du désintérêt des citoyens, les différentes factions qui se succèdent au pouvoir depuis un demi-siècle n’ont pas entrepris de réformes sérieuses visant à stimuler l’intérêt des électeurs et à les mobiliser (cf. : reconnaissance du vote blanc, vote de tous les résidents, développement de l’instruction civique scolaire, etc.).

Pourtant malgré le désintérêt croissant envers la politique, le politique semble continuer à faire fonctionner le « vivre ensemble ». Dans diverses situations ressenties comme insupportables, des initiatives individuelles convergent et fédèrent soudain des groupes plus ou moins importants. Ainsi la réaction du 11 janvier 2015, suite aux attentats de Paris, provoque une manifestation quasi spontanée de solidarité d’ 1,5 million de participants qui défilent, non pas derrière les « chefs » politiques, mais avec eux. Ainsi, lors de la crise de la Covid-19, la mobilisation du personnel de santé qui s’auto-organise pour maintenir les soins malgré la pénurie provoquée par les gouvernements successifs. Ainsi les gilets jaunes et toutes les mobilisations, comme le mouvement féministe, la lutte contre le racisme, etc., voire les insurrections qui se lèvent pour faire face à des décisions politiques ressenties comme injustes, hors sol, liberticides, ou néfastes pour l’ensemble ou partie de la société.

Toutes ces situations manifestent à la fois de la persistance d’un être politique et en même temps de sa déconnexion avec la politique.

Cela remet en question la classe politique qui nous gouverne et son mode de fonctionnement, puisqu’en de nombreuses circonstances elle n’arrive plus à répondre aux besoins et aspirations du tout ou partie du peuple et à assurer le « vivre ensemble ». N’y a-t-il pas d’autres moyens que le système actuel de représentation par une classe politique de métier pour que le politique en chacun d’entre nous puisse contribuer au fonctionnement de notre société ?

Le problème ce n’est pas le désintérêt des citoyens pour la politique, c’est la politique qui fonctionne dans un cadre périmé.
Autrement dit, la démocratie peut fonctionner autrement qu’avec un personnel politique de métier qui détiendrait le monopole de la représentation du peuple…

A suivre et pourquoi pas, à enrichir par vos contributions

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax

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2 commentaires

C’est juste mais j’ajouterais que les procédures sont l’expression d’une idéologie. C’est aussi sur ce terrain que le fer doit porter.

Merci de ta remarque, je suis tout à fait d’accord avec toi, c’est ce que je vais essayer d’évoquer dans les articles suivants où je vais développer les 2 termes démocratie directe et démocratie représentative

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