Le Nouveau Front Populaire de Narbonne (image de L. Fabas)
Samedi 15 juin, à Narbonne, il y avait quelque chose dans l’air. Ce n’était pas la solennité des grands moments, il aurait fallu éviter les chamailleries sur les candidats audois du Front Populaire pour cela. Ce n’était pas non plus de la ferveur devant un tribun talentueux. Ce quelque chose dans l’air était le murmure d’un peuple qui se réveille et réapprend à espérer.
En une semaine à peine, l’histoire politique de notre pays a changé de cours, dissolvant toutes les anciennes logiques et tactiques politiciennes devant une unique question : que faire quand l’extrême droite est aux portes du pouvoir ? Les péripéties frénétiques du monde politique parisien depuis le 9 juin font le bonheur de tout ce que la France, et l’Europe, compte de commentateurs politiques et de chroniqueurs. Ils ont sorti leur plus belle plume pour saisir ce moment d’histoire. Ils se passionnent pour ces réunions d’urgence, ces changements de pied de personnalités politiques et ces ralliements surprises. Gageons pourtant que l’histoire ne leur attribuera aucune fonction motrice dans l’incroyable tectonique des plaques qui se déploie sous nos yeux. L’évènement majeur restera vraisemblablement l’émergence du Nouveau Front Populaire. La précédente alliance de gauche, la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES) était perçue, non sans raisons, comme un vulgaire accord électoral de circonstance. Âprement négociée jusque dans son nom, cette alliance était perçue comme déséquilibrée et était rejetée par de nombreux militants des partis alliés. Le Nouveau Front Populaire est de nature différente. La sidération de la dissolution passée, il s’est présenté comme une évidence pour beaucoup. En moins de 24 heures les partis s’en saisirent et le nommèrent. Ils n’avaient déjà plus d’autre choix. Le monde syndical et associatif s’était déjà défait de sa neutralité traditionnelle pour mener l’union. Même le programme faisait consensus avant qu’ils n’ouvrent les discussions.
A Narbonne, le Nouveau Front Populaire s’est matérialisé le mardi 11 juin dans une cour du Boulevard Gambetta. Une centaine de personnes se sont rassemblées à l’appel d’associations et de partis politiques pour partager leurs sentiments sur cette suite qui ne pouvait être que commune. Un animateur, proposé par la candidate malheureuse de la NUPES de 2022, distribuait la parole en tant que caution neutre. Il était capable de nommer par leur prénom presque tous les membres de l’assemblée. Dans la cour, se trouvait un concentré du monde associatif et politique narbonnais de gauche. Très vite, le dispositif changea. L’animateur fit sortir du public les représentants des partis politiques qui prirent place à ses côtés. Le premier message de l’ancienne candidate fut d’informer que la question du choix du candidat ne serait pas traitée lors de la réunion. Une commission, à Paris, déciderait. La réunion ne manqua pourtant pas d’intérêt. Un citoyen présent, l’un des rares que l’animateur ne pouvait pas nommer, posa un constat. Tous les députés de l’Aude, une terre ayant le cœur à gauche, étaient d’extrême droite et bien d’autres les rejoindraient bientôt sans doute. Tel était le bilan collectif de l’action de tous les élus depuis trente ans et aucun accomplissement qu’ils pourraient y opposer n’était à une échelle comparable. L’échec était massif et systémique. Narbonne pourrait même tomber lors des élections municipales. Il était temps de changer les pratiques politiques. Une première personne déclara alors qu’elle ne porterait pas d’autre bannière que celle du Nouveau Front Populaire. Tous la suivirent. Le Nouveau Front Populaire Narbonne était né.
La désignation de la candidate fut accueillie sans enthousiasme par les militants. La circonscription avait été attribuée aux écologistes malgré leur très mauvais score dans les villages et sur le littoral et la faiblesse de leur assise militante. L’ancienne candidate de la NUPES devint la candidate du Front Populaire. Certains grommelèrent, mais l’unité ne fut pas rompue. Toutes les projections donnaient la circonscription perdue. La circonscription choisie en 1936 par Léon Blum lors du premier Front Populaire pour assurer son élection n’était plus qu’une variable d’ajustement de l’arithmétique entre partis. Le choix de la candidate était, en fin de compte, un sujet secondaire. Ce qui comptait était d’apprendre à être unis pour espérer construire des victoires. Lors des prochaines élections municipales, Narbonne serait une cible prioritaire de l’extrême-droite, entre Béziers et Perpignan déjà tombées. Ces décisions, décrétées à Paris firent beaucoup plus de remous dans la circonscription voisine. Une figure d’envergure nationale sans lien avec le territoire, Philippe Poutou, du Nouveau Parti Anticapitaliste s’y heurtait à l’hostilité de personnalités locales. Un peu partout en France, des investitures clivantes mirent à mal l’élan. Mais l’urgence avait imposé ce mode de désignation, insistait-on.
Le problème n’était pas un manque de préparation. L’hypothèse d’une dissolution en cours de quinquennat avait été formulée dès l’annonce des résultats des législatives de 2022. Pour la première fois depuis longtemps, l’Assemblée Nationale n’avait pas de majorité absolue. Le moment anticipé par les stratèges était supposé après les élections européennes et les Jeux Olympiques. La gauche serait fracturée et le Président, désormais olympique et olympien, serait auréolé d’une stature internationale. Ce n’était évidemment pas la seule hypothèse de travail, mais il est difficile de concevoir qu’un état-major l’ait ignorée. Un été de préparation aurait évidemment été plus confortable. Mais le résultat aurait été le même. Le Nouveau Front Populaire, comme toutes les alliances de gauche, n’a pas de structure hors des partis. Cela permet aux appareils de conserver une fonction décisionnaire incontournable. Sans urgence, les militants, en particulier ceux du monde associatif et syndical non encarté politiquement, n’auraient pas non plus eu d’autre rôle que celui de colleur d’affiches ou de distributeur de tracts. Pourtant, cette fois ci, l’urgence s’est imposée comme élément de langage pour justifier les choix. Quelque chose a brutalement changé. Le Nouveau Front Populaire n’est pas une alliance de partis il s’agit d’abord d’un élan populaire.
Les syndicats se sont érigés en boussole de cet élan. L’union Départementale de la Confédération Générale du Travail de l’Aude (UD CGT 11) en particulier n’a pas mâché ses mots dans une lettre ouverte adressée aux responsables politiques locaux dont les manœuvres exaspèrent.
« Nous ne croyons pas en l’homme ou en la femme providentielle. (…). Nous demandons de respecter et de défendre les couleurs et le programme du Nouveau Front Populaire (…). Nous ne ferons aucun compromis et les acteurs de division devront rendre des comptes. »
A Narbonne, il y a quelque chose dans l’air. Quelque chose qui n’existait pas avant. La conscience de l’impérieuse nécessité de se lever. La conscience de vivre un moment d’histoire où ne se joue rien de moins que la démocratie. La conscience que rien ne sera pareil ensuite.
Les dimanches 30 juin et 8 juillet, votez !
Laurent Fabas pour le Clairon de l’Atax le 21/06/2024
Pour aider, pour donner ou recevoir une procuration, une seule adresse : frontpopulairenarbonne@gmail.com


Excellente analyse. merci mais optimisme mesuré