
Voici un poème d’un jeune strasbourgeois, Alberto, originaire du Venezuela. Alberto fait des études pour devenir éducateur spécialisé; l’écriture occupe une fonction cathartique dans sa vie. Sous formes d’essais et de poèmes, il extériorise ses émotions et essaie de retranscrire sa vision de la société.
Lena Waag
Si c’est moi qui suis fou
Si c’est moi qui suis bizarre dites le moi ! S’il vous plaît dites le moi !
Enterrez-moi dans une cellule ou dans le coma, si c’est moi qui suis bizarre.
Si c’est juste moi qui suis triste, et trop sensible, dites le moi.
Oui, le poids que porte ma pierre de sang, enfouie dans ma poitrine,
est celui d’une armure brisée par une constante adolescence.
Oui peut être que je ressens trop, et j’en oublie de penser.
peut être qu’à force d’aimer la race Humaine, comme l’assoiffé regarde l’eau
j’ai oublié le pragmatisme et l’odeur de la réalité.
Oui, après avoir senti la mort si proche de mon front,
j’ai réussi à aimer.
peut être que j’aime pour me protéger.
S’il vous plaît, si c’est moi qui suis bizarre, mettez moi en Prison, arrêtez moi,
ou veuillez m’exécuter.
Car cela me tue d’avoir appris les valeurs d’une société que cette dernière même a balayé.
Je sais bien, pour revoir le printemps, il faut encaisser L’Hiver
mais j’attends et le Printemps n’arrive pas
Putain mais si c’est moi qui suis fou, que quelqu’un me le fasse savoir !
Pourquoi lire autant de livres pour les brûler, en réalité ?
Pourquoi développer l’empathie pour finalement fermer les yeux ?
Pourquoi développer la pensée pour se couper les ailes ?
Si c’est moi qui suis fou, ouvrez-moi les veines.
moi, j’en suis incapable
Car on existe, dans une démocratie défaillante de liberté,
une aristocratie insidieuse qui se donne des airs d’égalité
Si c’est moi qui suis fou, tuez-moi comme Galilée
Car on doit sauver la planète, comme nous le disent les publicités
mais responsabilité et impuissance ne peuvent pas s’embrasser;
Va demander au mendiant,
de réparer le système social qui l’a délaissé dans une pauvreté immense et un sentiment d’impuissance
qui fini par l’écraser
Voilà ce que nous demande ce monde
Coca cola nous demande de recycler, tel un garde incitant le prisonnier à se libérer
On nous demande d’être tolérant, et on nous sépare constamment,
dans des bulles dites « sociales »
où tout le monde se pense heureux
Un monde fait de contradictions
Qui nous demande d’être pragmatique et scientifique, tout en prônant l’Homme athée.
De croire en l’argent roi, aux lois du marché, et à la réussite sociale
comme le Chrétien croit et prie un Homme mort et crucifié
Mais si c’est moi qui suis fou, je vous en prie, dites le moi, car j’ai du mal à admettre ce monde qui refuse de m’expliquer
Pourquoi tant d’incohérence et d’absurdité nous façonnent
Où peut être est-ce moi, qui n’arrive plus à penser.
Peut être que l’Humain est devenu le plus fou,
car le monde est malade et ne veut plus de nous.
Alors peut être que je suis fou, tuez moi ou je le ferai
-Alberto-

