Iran, France, Allemagne – 2h46 – 2024
Un film de Mohammad Rasoulof avec Misagh Zare, Soheila Golestani, Mahsa Rostami.
Femmes iraniennes (Image par mostafa meraji, Shima Abedinzade, Stefano Vigorelli de Pixabay)
Quel choc !
On a beau savoir intellectuellement ce qu’est une dictature c’est autre chose de la vivre.
A Téhéran, dans la famille de Iman, l’heure est à la fête, sa femme, Najmeh et ses deux filles Rezvan et Sana se réjouissent, leur père est promu juge au tribunal révolutionnaire de Téhéran.
Cette promotion implique des avantages substantiels, notamment un plus grand appartement et un mode de vie plus conforme à la notoriété liée à la fonction. C’est ainsi qu’une dictature lie ses fonctionnaires qui lui sont alors redevables d’une amélioration notable de leur vie quotidienne (cf les oligarques).
Parallèlement à ces réjouissances, se déroule dans la rue un mouvement de protestation « Femme, vie et liberté » né suite à l’assassinat de Mahsa Amini soi-disant « incorrectement voilée ».
Nous pénétrons, un peu comme un voyeur, dans ce huis clos feutré de femmes, la mère qui est tout à la fois la mère de son mari, tellement attentive à son bien-être, la mère de ses filles qui cherche à tempérer leur enthousiasme et leur dynamisme d’adolescentes, une femme habituée dès sa naissance à obéir, à s’incliner, à accepter tout ce qui vient de la bouche de son mari, le patriarche.
Deux événements vont bousculer cet ordre bien établi, une amie de Rezvan qui se réfugie chez celle-ci, le visage ensanglanté par une décharge de chevrotine et la perte du pistolet du père, objet phallique, garant de sa fonction mais qui va le pousser à des actions démesurées.
Nous assistons alors à la lente désagrégation de cette famille, où la violence s’insinue petit à petit, dans une montée qui atteindra son paroxysme dans les scènes finales.
Mohammad Rasoulof a réussi le tour de force de nous faire plonger dans la réalité de cette dictature sans que l’on en voie les bourreaux. Un film magistral, bouleversant, choquant, on n’en sort pas indemne.
Nous savons que Rasoulof en faisant ce film, signait là son avenir qui a été de fuir le pays pour se réfugier en Allemagne, de même que les trois actrices menacées par le tribunal révolutionnaire de Téhéran.
Patricia Renaud pour le Clairon de l’Atax le 08/10/2024

