FÉDÉRALISME SUBSIDIARITÉ INTERDÉPENDANCE

Parlement fédéral Suisse Berne (image par Daniel Keller de Pixabay)

La crise institutionnelle couvait depuis longtemps, mais à présent 7 ans de gouvernance macroniste l’on conduite à son acmé. La question de son remède se pose avec urgence, mais aurons-nous les capacités intellectuelles, morales et politiques nécessaires pour le trouver et l’appliquer ? Le Clairon publie ici un texte qui, sous un apparent désenchantement, nous invite à réfléchir à des formes d’État susceptibles de permettre le dépassement de cette crise.
                                                                                                                                                                                                                 La rédaction

 

   J’aurais tant aimé vivre dans une France qui soit la patrie des droits de l’homme, et donc respectueuse des cultures, et des histoires qui l’ont constitué.
   Hélas les cultures de France sont niées, et peu à peu oubliées, ramenées au rang de folklore, les langues de France ne sont ni reconnues, ni enseignées, ni même légales. Radio France interdit même à France Bleu Occitanie de passer de la musique en occitan, même de quelqu’un reconnu comme Francis Cabrel.

   J’aurais tant aimé vivre dans une France où les gens soient entrepreneurs, aillent de l’avant, ne soient pas dans une critique systématique, dans une victimisation, dans une déploration collective.
Cela passe par le fait de confier des responsabilités globales aux échelons municipaux et régionaux. Cela conduit à supprimer les frustrations des partis politiques de l’opposition qui exerceraient un vrai pouvoir dans ces échelons.
   Hélas l’autonomie, la subsidiarité sont des notions taboues en France et personne dans la presse, la radio ou la télévision n’expliquera la descente aux enfers où nous conduit le centralisme et le jacobinisme que la France a hérité autant de ses Rois que de sa Révolution.

   J’aimerai tant vivre dans une France fière de sa diversité, et qui en prenne soin.
Un pays où chaque région, outre le français, pratiquerait sa langue, développerait sa culture, où certains jours fériés seraient spécifiques, où l’architecture, la gastronomie serait différente, où les règles d’urbanisme ne seraient pas les mêmes, où la diversité se verrait et enrichirait la France dans son ensemble.
   Hélas, le rouleau compresseur est en marche, chaque jour les différences s’amenuisent. De toutes petites différences telles que l’usage du mot chocolatine qui est maintenant interdit d’affichage dans les magasins des chaines française de boulangerie en Occitanie. On court vers l’uniformité, on ne veut voir qu’une tête, on ne veut qu’un pays, qu’une langue, qu’une culture, qu’une histoire, qu’une architecture et qu’une gastronomie.

   J’aurais tant aimé vivre dans une France où les richesses seraient uniformément réparties sur le territoire, où il n’y aurait pas d’écart de revenu, d’impôt et redistribution en fonction de la région où l’on vit.
   Hélas le revenu net en parité de pouvoir d’achat est à Paris de + 300% de celui de la moyenne de la France, par comparaison en Allemagne le revenu net en parité de pouvoir d’achat à Berlin est de -1% de celui de la moyenne de l’Allemagne et Madrid est à +14% de celui de la moyenne de l’Espagne.
Cet écart inacceptable, jamais dénoncé ni par la presse, ni par les politiques, est entretenu car l’État Français redistribue 3 fois plus d’argent par habitant en Ile de France que dans la moyenne des régions en France. Cela ne se fait pas à travers les dotations régionales, ce serait trop voyant, mais cela est dû au fait que toutes les agences de l’Etat sont à Paris et qu’en Ile de France les métros, trains de banlieue, opéras, musées, théâtres, Jeux Olympiques…sont des structures nationales. Elles sont donc financées par la France entière, alors que dans tout le reste de la France ces mêmes dépenses sont supportées uniquement par les municipalités ou les régions dans le cadre de leurs dotations.

   J’aurais tant aimé vivre dans une France qui serait un pays performant et en devenir pour mes enfants et mes petits-enfants.
  Hélas le meilleur indicateur : le nombre d’emploi public par habitant (tous niveaux confondus : Etat, régions, départements, communes) est éloquent.
On relève 35 emplois publics/ habitant pour le Suisse, 44 emplois publics/habitant pour l’Allemagne, l’Espagne et la Grande Bretagne. Avec 85 emplois public/ habitant, la France détient un bien triste record. Le coût des dépenses publiques est donc par habitant 3 fois plus élevé en France qu’en Suisse et 2 fois plus élevé qu’en Allemagne, Espagne ou Grande Bretagne. S’ajoute à ces couts énormes le fait que la qualité des services publics est en France bien moins bonne que dans les autres pays.

   J’aurais tant aimé vivre dans une France où je ne transmettrais pas à mes enfants et petits-enfants une dette considérable, et où ma génération aurait géré en prenant en compte l’intérêt des générations futures.
   Hélas la dette officielle de la France est de 3400 milliards d’€.
Les gouvernements de droite et de gauche ont inventé le hors bilan qui comprend 2 types de dépenses : d’une part le cout des retraites de la SNCF et des fonctionnaires et d’autre part les dépenses de développement du pays type CNES, CNRS…, ce hors bilan représente 4300 milliards d’€. Si on additionne les deux on arrive à 7700 milliards soit 257% du PIB, le record du monde, pire que le Soudan qui est à 183% du PIB. Depuis 50 ans la France est devenue addict au déficit.

Palais du congrès, République fédérale du Brésil (Image par Renato Laky de Pixabay)

   Avant de conclure, je voudrais vous lire un petit texte écrit par Yuval Noah Harari l’auteur des deux best sellers Homo Sapiens et Homo Deus.
« Si le fédéralisme a vaincu le centralisme (au plan mondial), ce n’est pas lie à un problème éthique ou à un problème humain. C’est parce que le traitement distribué et direct des données marche mieux que le traitement centralisé des données dans ces périodes d’accélération du changement technique. »
Cela veut dire que : Lorsque la totalité des données doivent remonter et être concentrées et traitées par un petit nombre d’individus, le système peut produire des bombes atomiques, mais il ne peut produire ni Apple, ni Wikipédia.
Pour expliciter cette idée, je vais vous raconter une anecdote :
Lorsque Mikael Gorbatchev tenta de ressusciter l’économie soviétique, il envoya un de ses principaux collaborateurs à Londres pour voir comment fonctionnait le capitalisme sous Margaret Thatcher.
Ses hôtes guidèrent le visiteur soviétique à la City, à la bourse, dans des conférences…….
Après de longues heures l’expert ne put se retenir :
« Oubliez vos théories compliquées, ça fait deux jours que nous parcourons Londres, et il y a quelque chose que je n’arrive pas à comprendre : A Moscou les meilleurs esprits travaillent sur le système de fourniture du pain, et il y a des queues partout. Ici je n’ai pas vu une seule queue. Conduisez-moi auprès de la personne chargée d’approvisionner Londres en pain, il faut que je connaisse son secret. »
Il n’y a personne qui gère le pain, l’information circule librement entre les consommateurs, les producteurs, les boulangers, les moulins, les producteurs de blé, les agriculteurs, les hommes de science….
Les liens directs déterminent le prix du pain, le nombre de pain fabriqué par jour, les priorités en matière de R et D.
Si une mauvaise décision est prise, elle est immédiatement corrigée.
Ce qui est important c’est de comprendre l’effet pervers de la centralisation du pouvoir et des données, l’effet destructeur qu’il engendre au niveau du service rendu et du coût énorme qu’il génère pour quelque-chose de parfaitement inutile.

   Nous sommes bien là au cœur de la problématique française. Ce centralisme, ce jacobinisme exacerbé est à la fois destructeur sur le plan humain : « Personne n’est responsable, l’État peut tout, l’État doit tout, aucun respect pour les langues et les cultures de France », et il conduit à une impasse sur le plan économique et à une dégradation des services publics et à une absence de justice sociale.

La quasi-totalité des pays du monde sont des pays fédéraux comme le dit Yuval Harari. Tous les pays Européens de plus de 5 millions d’habitants le sont. Pourquoi la France s’obstine-t-elle à persister dans son erreur mortifère ? Est-ce par choix, par intérêt, par ignorance, par fuite en avant ?

Dominique Drouet pour le Clairon de l’Atax le 16/01/2025

 

 

 

1 commentaire

Au delà de l’apparent désenchantement, ce texte nous amène à réfléchir à une nouvelle organisation territoriale et citoyenne permettant une véritable coresponsabilite des décisions à prendre …par ex les questions relatives au réchauffement (sécheresse, feux de forêt …) gagneraient à être traitées régionalement voire au niveau de l’Euroregion Pyrénées Méditerranée … avec mises en commun des moyens de surveillance , de prévention et de lutte …plutôt que depuis le lointain ministère de l intérieur … ou l art et la manière d impliquer les habitants – citoyens dans les décisions qui les concernent … À quand une régionalisation forte à l instar de nos voisins espagnols … ou Allemands ? Sans parler de la confédération Helvetique (Suisse) Cf Sociocratie inventée par Auguste Comte ? Ou le consociationalisme mettant les adversaires dans la boucle des décisions prises … .

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