Electricité nucléaire : sure ?… pas chère ?… propre ?

Il semble indispensable que le public soit informé des éventuels risques encourus par la filière nucléaire en cas de pandémie. La Cour des comptes, dans un rapport remis à la commission des finances du Sénat le 4 mars dernier, constate que les obligations et directives relatives au démantèlement des centrales ne sont pas respectées par les industriels du nucléaire.

Chronique d’un désastre annoncé (suite)

Démantèlement (Image par Free Creative Stuff de Pixabay)

1° Le Covid-19 et les centrales nucléaires

Cette question ne semble pas être d’actualité ; la quasi-totalité des médias la passent sous silence. Alors que la possibilité et les conséquences d’une épidémie comme le Covid-19 ne semblent avoir jamais été envisagés dans aucun des scénarios de risque élaborés à ce jour, il semble indispensable que le public soit informé des éventuels risques encourus par la filière nucléaire en cas de pandémie.

Reçues le 13 mars dernier par la ministre de la Transition écologique et solidaire, Élisabeth Borne, les entreprises du secteur de l’énergie on exposé les mesures prises pour poursuivre leurs activités pendant l’épidémie en cours.
Ces entreprises sont dotées de Plans de Continuité d’Activité (PCA)

EDF et les centrales nucléaires :

On a appris que l’électricien nucléaire s’était doté en 2006 d’un « plan pandémie », censé permettre de maintenir la production électrique, même en cas d’absence d’une partie importante de son personnel. En vertu de ce plan, EDF estime pouvoir faire face à 40% d’absence de son personnel pendant 2 à 3 semaines et en cas de durée plus longue de l’épidémie,  à 25 % d’absence pour une durée de 12 semaines. Les mesures concrètes envisagées dans cette  situation sont graduées : gestes barrière, équipes restreintes, horaires de travail allongés, etc.  Ce plan pandémie aurait fait l’objet de plusieurs exercices de simulation.

Au 13 mars 3 salariés employés dans les centrales nucléaires ont été testés positifs au Covid-19. On n’a pas d’information sur les cas détectés chez les prestataires de l’électricien.
Le 15 mars EDF a enclenché la phase 2 de son « plan pandémie » à Flamanville en raison de suspicions de cas de coronavirus dans son environnement. Les travaux de maintenance des réacteurs 1 et 2 arrêtés depuis 2019 ont été suspendus. Seuls les 100 salariés responsables de la sureté et de la sécurité restent en place, les 700 autres sont confinés chez eux.

RTE :

Le transporteur d’électricité RTE à lui aussi déclenché son PCA.  Ce plan est évolutif en fonction de la situation. Le télétravail a été instauré pour certains services. Pour les activités nécessitant la présence d’agents, seules ont été maintenues les activités relatives à l’approvisionnement électrique (connexion avec les fournisseurs) et au fonctionnement du réseau électrique (maintenance des outils informatiques, des postes de commande et de répartition, des transformateurs et lignes électriques).

En raison du ralentissement de l’activité économique RTE pronostique une baisse de la consommation qui devrait concerner toutes les énergies (nucléaire, fossiles et renouvelables)

 

2° Démantèlement nucléaire : les exploitants ne respectent pas leurs obligations

2 méthodes de démantèlement sont préconisées par l’ l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) :

  1. Le démantèlement immédiat où les travaux de traitement du site démarrent dès l’arrêt définitif des réacteurs, sachant que ces travaux dureront plusieurs années.
  2. Le démantèlement « différé » où les installations contenant des substances radioactives sont d’abord confinées pendant une période allant de 30 à 100 ans

La France à choisi la méthode N° 1. La question qui reste posée est de savoir jusqu’à quel point on assainit les sites occupés par les centrales que l’on démantèle.
L’ASN a défini des objectifs d’assainissement dans des guides techniques adressés aux exploitants. Elle préconise un assainissement complet qui aboutit à une site déclassé de toute nomenclature nucléaire et de toute servitude où le site peut être utilisé pour toute activité et sans réserve aucune.

La Cour des comptes, dans un rapport remis à la commission des finances du Sénat le 4 mars dernier constate que ces obligations et directives, relatives au démantèlement des centrales, ne sont pas respectées par les industriels du nucléaire.

Les industriels jouent sur des ambigüités :
Dans ses préconisations l’ASN prévoit le cas où  un assainissement complet serait « trop « difficile » à réaliser ! L’industriel pourrait alors se limiter à un assainissement « poussé »,  où il irait aussi loin que possible dans la dépollution du terrain, quitte à laisser une contamination résiduelle qui pourrait, si elle était compatible avec les futures activités prévues sur le site, être acceptée par l’ASN !!

EDF a déjà obtenu une autorisation de limitation à un assainissement « poussé » pour les sols de la station de traitement des effluents de la centrale de Brennilis en cours de démantèlement. L’industriel demande à présent un traitement analogue pour le chantier de démantèlement de Superphénix et donc que soit modifié l’état final du site inscrit dans le décret de démantèlement.
Les 2 autres opérateurs : ORANO et le CEA semblent  eux aussi vouloir faire une entaille à la règle de l’assainissement complet. Selon les auteurs du rapport de la Cour des comptes, Orano souhaite réaliser un assainissement « poussé » des sols dans les installations où une partie du site continuerait à fonctionner et bénéficierait de ce fait d’une surveillance environnementale et sanitaire.  De son côté le CEA semble tout simplement ne pas respecter les objectifs de démantèlement du réacteur Siloe, proche de Grenoble, malgré les différents rappels des autorités de tutelle. Le prétexte relevé par les magistrats de la Cour des comptes serait que : « le coût et la durée de l’élimination finale des derniers Becquerels [ont] été très élevés » !

La Cour des comptes constate la mauvaise volonté des industriels du nucléaire, dont les opérations d’assainissement « complet » tendent insensiblement à se transformer en assainissement « poussé » !

Il apparait de même que la durée des travaux d’assainissement ne cesse de s’allonger. La stratégie des opérateurs consiste à allonger les travaux pour atténuer leur charge financière à court terme, vu la santé financière précaire des uns et des autres.
Mais cet artifice fait augmenter le coût final de l’’opération dans la mesure où les charges d’entretien de surveillance et d’exploitation sont elle aussi allongées…
La Cour des comptes estime que les démantèlements : « connaissent d’importantes dérives de coûts prévisionnels ». « Entre 2013 et 2018 les devis ont correspondants ont carrément été doublés pour EDF (+ 4,5 milliards d’euros) et ont augmenté de plus de 25% pour le CEA (+ 3,2 milliards) comme pour ORANO (+ 1 milliard) ».
Par ailleurs l’achèvement du démantèlement des réacteurs EDF à uranium naturel graphite-gaz (UNGG) serait, selon ce rapport, reporté de 66 ans !
Pour EDF ces retards seraient dus à la nécessité d’inventer une technologie nouvelle de démantèlement, différente des méthodes éprouvées menées sur les réacteurs à eau pressurisée et spécifique  aux réacteurs UNGG…

Pourtant même pour les réacteurs à eau pressurisée comme ceux de Fessenheim, dont le 1er réacteur vient d’être arrêté, la maîtrise technologique d’EDF en matière de démantèlement vient d’être remise en cause par l’ASN, qui juge que le dossier de projet de démantèlement qui lui a été remis, n’a pas la « maturité » nécessaire pour obtenir un feu vert opérationnel !
Rappelons qu’EDF bénéficie par ailleurs de 2 indemnités aux conditions léonines qui ont été arrachées à l’Etat :

  • Une indemnité liée au surcoût du démantèlement (ndlr : qui n’avait pas été assez provisionné par l’industriel)
  • Une indemnité pour « bénéfice manqué » calculé sur une période de 60 ans alors même qu’EDF envisage de fermer au bout de 50 ans des centrales prévues pour 40 ans !

La Cour des comptes  a estimé, en projetant les charges liées au démantèlement des centrales construites dans les années 1980 et 1990, que la facture finale s’élèverait à 46,4 milliards d’euros pour des travaux s’étalant sur une période d’un siècle.

L’électricité nucléaire : sure ?… pas chère ?… propre ? Faut voir…

Curly Mac Toole pour le Clairon de l’Atax le 19/03/2020

 

 

 

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