La Macronie peut elle changer ?

Les appréciations péjoratives de sa gouvernance par une grande partie de l'opinion vont-elles inciter Macron à changer de politique ?

 

graphique : baisse de popularité, naissance d’un nouvel espoir (Image par Mediamodifier de Pixabay)

 

Macronie : ce mot fréquemment employé depuis l’arrivée en 2017 d’E. Macron à la Présidence de la République française ne manque pas d’interprétations. Tantôt il désigne un régime politique qui se caractériserait par son caractère autocratique et son idéologie néolibérale, tantôt il désigne l’ensemble des gens qui entourent E. Macron et qui « marchent » avec lui, tantôt il désigne une sorte de caste ou de clique technocratique qui se serait formée autour de lui pour exercer le pouvoir et changer la société à leur image.

Le second tour des présidentielles 2022 a reconduit E. Macron pour un second mandat de 5 ans, à l’issue d’un duel avec M. Le Pen. Ce résultat qui répète celui de 2017, au grand regret d’une majorité de Français, a été rendu possible par l’obsolescence du système électoral français hérité d’un autre temps, celui d’un Gaullisme porté par « une certaine idée de la France ». L’évolution de la société française, devenue plus diversifiée et complexe, n’a pas trouvé dans ce système électoral la possibilité d’une représentation politique qui exprime la diversité de ses aspirations et pratiques. On aboutit alors avec ce système globalement inchangé, à une répartition politique en 2 « blocs » : d’un coté une caste rassemblée par son aspiration au pouvoir, qui l’exerce et qui en bénéficie, de l’autre un masse hétéroclite, aux aspirations diverses, qui tend à s’atomiser en individualités de moins en moins aptes au débat et à la négociation.

Ce résultat des présidentielles qui correspond si peu aux attentes d’une majorité de Français a pourtant engendré un nouvel espoir : celui d’un 3ème tour que représenteraient les législatives de juin 2022. Alors la majorité parlementaire issue des urnes pourrait être d’opposition et contrecarrer le pouvoir quasi autocratique d’E. Macron. Cet espoir est incarné et alimenté par J. Luc Mélenchon, arrivé en 3ème position aux présidentielles avec un score proche de M. Le Pen. Celui-ci a réussi à rassembler une partie importante de la « gauche » dans une Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES) dotée d’un programme de gouvernement. Cet espoir est d’autant plus fort qu’une majorité de français ne s’illusionne plus sur les promesses de Macron  et considère que sa politique est néfaste pour le pays. Ainsi, il ressort d’un sondage d’opinion IPSOS daté du 15/16 avril 2022 que 56% des Français estiment que le bilan de son premier mandat est mauvais, 69% que la situation de la France s’est dégradée, 51 % que son programme est dangereux et 71 % qu’il est surtout au service d’une caste de privilégiés.

Comment gouverner avec une opinion aux appréciations aussi péjoratives, alors qu’un espoir et une alternative crédible semblent s’incarner dans le projet d’un J. Luc Mélenchon premier ministre, adossé à une majorité parlementaire rassemblée dans la NUPES ?
En utilisant tous les médias de formatage majoritairement entre les mains de la caste macroniste et ceci dans un double mouvement : 1°) discréditer l’adversaire en mettant en doute sa capacité personnelle à gouverner, ainsi que son programme et la solidité de ses alliances politiques ; 2°) En essayant de gommer l’image de « Macron président des riches » et de contester son positionnement politique « à droite ». 3°) En faisant croire à l’opinion que le gouvernement d’E. Borne, fraichement nommée, était là pour longtemps, comme si sa longévité ne dépendait pas du résultat des prochaines législatives dont l’issue favorable aux macronistes serait déjà acquise !
Pour ce faire une nuée de « spécialistes » sont apparus dans ces médias. Économistes distingués, politologues pléthoriques, professeurs de sciences politiques, sociologues, historiens, grands témoins, etc. sont habilement cornaqués par des journalistes patentés pour contribuer à démontrer « en toute objectivité » combien Macron et son programme sont bons et sans alternative possible et combien Mélenchon, son programme et ses alliés sont mauvais, instables, chimériques, irresponsables, etc.
L’entreprise de ces médias confine parfois au sublime lorsque tel intervenant explique que Macron est de « gauche » au prétexte de son « quoi qu’il en coûte » et de l’intervention massive de l’État sous son 1er mandat ! Comme s’il avait pu faire autrement, alors que la pandémie de la COVID servait de révélateur de la crise du néolibéralisme et montrait les limites de la prépondérance de l’économie de marché sur l’État, alors que le détricotage du service public, encore accentué sous son mandat, tournait à la catastrophe, notamment en matière de santé publique.
La pandémie est passée et l’ordre néolibéral se remet en place : austérité pour récupérer plus que ce qui a été distribué, primat de l’économie pour transformer la société, accélération du cycle -innovation, production, croissance- camouflé sous la nouvelle formule empruntée à Mélenchon : la planification écologique !

Mais il y a pire : permettre à E. Macron de disposer à la chambre d’une majorité de députés « béni oui oui », c’est renforcer encore un système de gouvernance qui a déjà montré des failles gravissimes. Ainsi pour le nucléaire, domaine crucial pour la France, sans débat public et sous la pression de divers lobbies du nucléaire et de l’énergie,  E Macron a décidé d’une relance par la création de nouveaux EPR alors que la situation actuelle de la filière vire à l’ingérable techniquement et économiquement et que les problèmes de sureté des installations se multiplient…

L’importance de certaines décisions nécessite un débat largement ouvert, effectué dans des conditions démocratiques, aux conclusions respectées par l’exécutif. Avec Macron on n’y est pas ; il l’a déjà prouvé par le passé et son programme actuel témoigne de la continuité de ses intentions. Priver Macron d’une majorité à sa botte en donnant une chance à la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale, c’est espérer plus de démocratie, plus de justice sociale,  une économie domestiquée au service de tous et préservant la planète. Y a-t-il le choix ?

Le Clairon de l’Atax ne s’est jamais caché d’être un journal d’opinion.

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 21/05/2022

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