Menaces sur l’eau potable des Français ?

En matière de santé public la lenteur des procédures de classement contraste avec les urgences sanitaires

 

Robinet (Image par Peter H de Pixabay)

Le réseau européen de surveillance des pesticides PAN Europe (Pesticide Action Network)a fait analyser au printemps dernier par le Centre technologique de l’eau de Kalsruhe (Allemagne) 55 échantillons d’eau potable recueillis dans 11 pays européens. 36 échantillons provenaient d’eau du robinet et 19 de bouteilles d’eau minérale.

L’analyse des 36 échantillons d’eau du robinet a permis de détecter la présence de TFA dans une plage de concentration allant de la limite de détection soit < 20 ng/L jusqu’à 4 100 ng/L pour les eaux minérales et les eaux de sources embouteillées fait apparaitre des concentrations de < 20 ng/L jusqu’à 3 200 ng/L ;

Le TFA (acide trifluoroacétique) est un métabolite c’est-à-dire une molécule issue de la dégradation d’une substance chimique, en l’occurrence un pesticide : le Flufénacet utilisé principalement comme herbicide dans la culture de céréales. Le Flufénacet est classé perturbateur endocrinien par l’EFSA depuis le 27 septembre dernier.
Le TFA qui fait partie de la grande famille des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), est considéré comme un « polluant éternel ».

D’autres prélèvements réalisés dans 23 fleuves et 6 nappes phréatiques ont permis de détecter la présence de PFAS dans tous les échantillons et de TFA dans 98 % d’entre eux.
La présence de TFA avait jusqu’à présent été quasi ignorée par les autorités françaises et  ce métabolite n’était pas classé comme potentiellement dangereux. Or, compte tenu de la procédure mise en place par l’Anses, toute substance active reconnue comme perturbateur endocrinien entraîne le classement de ses métabolites comme ″pertinents″, donc soumis à un seuil de concentration à ne pas dépasser. Celui-ci est actuellement fixé à 0,1 µg/l (microgramme / litre) : au-delà de ce seuil l’eau est déclarée « non conforme ». Dans ce cas et même si le risque pour la santé n’est pas avéré, le code de la santé interdit aux collectivités de distribuer l’ eau aux usagers. Cependant, une dérogation de 3 ans renouvelable une fois peut être demandée. Au bout des 6 ans, si l’eau n’est pas reconnue « conforme » par l’Anses, elle ne peut plus être distribuée…

Le problème est que, selon les travaux de l’Anses,la dégradation du Flufénacet produit des concentrations de TFA jusqu’à 100 fois supérieures à cette limite règlementaire. Au niveau européen, cette limite est dépassée dans 86% des échantillons. En France, une analyse de l’eau distribuée à 1/3 des usagers de Paris fait apparaitre une concentration supérieure à 2 µg/l
A la suite de ces constats, la direction générale de la Santé a demandé à l’Anses de réaliser une évaluation nationale des ressources en eau utilisées pour la fourniture d’eau potable, d’y mesurer leur teneur en PFAS et particulièrement en TFA. Le rendu de cette étude est attendu pour 2026.

En tout état de cause, cette pollution au TFA pose le problème de l’autorisation de l’emploi du Flufénacet. Ce pesticide est de plus en plus utilisé : en France sa consommation est passée de < 100 tonnes en 2008 à 311 tonnes en 2022. Autorisé en 2004 pour une période de 10 ans, il a bénéficié de 9 autorisations de prolongation dans l’attente d’une procédure d’évaluation par les agences européennes Efsa et Echa, débutée en 2013 et qui s’est terminée par son classement en septembre 2024 comme perturbateur endocrinien…

PAN Europe a demandé le 7 novembre dernier, dans un courrier à la Commission européenne, l’interdiction du Flufénacet. Plus prudent compte tenu d’éventuelles rections du monde agricole, le ministère français de la transition écologique déclare miser sur la non-réapprobation du produit, assure de sa vigilance à suivre le dossier et fait remarquer que le problème est plus de la compétence du ministère de l’agriculture lequel ne dit rien jusqu’à présent…De son côté la commission de européenne déclare par le truchement de son porte parole que : « suite à l’avis de l’Efsa de septembre dernier, le processus législatif pour ne pas réapprouver le Flufénacet a débuté ». Il reste à espérer que ce processus mettra moins de temps à aboutir que la procédure d’évaluation de ce produit.

Louise B. Velpeau pour le Clairon de l’Atax le 20/11/2024

Laisser un commentaire