Comparaison n’est pas raison ! Mais quand même…

Notre ineffable président Macron aurait entrepris une "guerre" contre la pandémie actuelle. On peut effectivement comparer certains aspects de l'action de son gouvernement à ce qui s'est passé en 1939 : impréparation, indécision, contre-vérités, manipulations diverses... Mais souvenons nous comment la guerre de 1939/45 s'est terminée : par la création de l’État providence, juste le contraire de ce que Macron essaye de réaliser !

Guerre ( Image par Gisela Merkuur de Pixabay)

 

            Quand j’ai entendu MACRON parler de guerre, comme beaucoup, je me suis demandé… De quelle guerre parle-t-il ?
De la « drôle de guerre » entre le 3 septembre 1939 et le 10 mai 1940… qui s’est poursuivie par la bataille de France jusqu’au 22 juin 1940… où 92 000 soldats ont été tués, du fait d’un mauvais choix stratégique reposant sur la ligne Maginot. À Dunkerque, l’armée est désintégrée, une gigantesque panique saisit la population… dix millions de personnes sur les routes… C’est une véritable débâcle que l’on appellera « l’exode », puis l’armistice à Rethondes, la France occupée, PÉTAIN à Vichy, l’Alsace Lorraine rattachée à l’Allemagne, la France divisée géographiquement en deux.
En évoquant cette période beaucoup de témoins et d’historiens parlent d’impréparation ou/et de mauvaise stratégie. Peut-être les deux ensembles ! Je sais l’histoire dit-on ne se reproduit jamais, mais certaines analogies me paraissent troublantes.

L’impréparation ! En 1939, la nation n’était pas préparée ?
En 2020, nous n’étions non seulement pas préparés, face à la pandémie du Covid-19, mais en plus nous avons été affaiblis, depuis 30 ans, par des politiques antisociales, antiétatiques, amorcées par le virage social libéral des socialistes en 1983, devenu « la deuxième gauche », puis « gauche libérale » avec HOLLANDE, et enfin « mouvement néolibéral » avec MACRON, lequel se référait, il n’y a pas si longtemps, à THATCHER et sa formule « TINA : il n’y a pas d’autres alternatives ». Comment avons-nous pu accepter cette incroyable formulation ? À la réflexion, cela procède d’un positionnement totalitaire, presque fasciste ! Un système organisé par, et pour, les puissants, basé sur la recherche éperdue de profits, et soutenu par des techniques de communication permettant de « fabriquer le consentement ». Les gouvernements successifs ont appliqué plus ou moins la même politique qui accompagnait des règles européistes d’austérité budgétaires qui ont eu pour effet de provoquer de la pauvreté en même temps que l’augmentation des dettes était utilisée comme argument justificatif dans un chantage continuel…
C’est ainsi que nous avons été affaiblis…

Pas préparés ? Pourquoi, pour qui ? Tout cela au profit de la globalisation néolibérale, marchande dont on voit actuellement les limites.
Prenons l’exemple du domaine de la recherche et de la santé.
La recherche depuis une quinzaine d’années la science française s’enfonce dans une spirale inquiétante de décadence. Le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche stagne, ce qui le place en constant recul par rapport à d’autres pays qui augmentent le leur ! Et cela tandis qu’ »en même temps » le Crédit Impôt Recherche, destiné aux entreprises, est passé de 1.5 milliard à 6 milliards annuels (soit deux fois le budget du CNRS). Initié sous la présidence Sarkozy, conservé par Hollande, puis Macron, cette mesure constitue un vrai hold-up ! Alors que des enjeux importants nous attendent, il ne faudrait pas que la recherche soit laissée au service exclusif des intérêts privés, particulièrement dans le domaine de la médecine, de l’intelligence artificielle, quasi monopolisée par les fameux GAFAM, qui ont la capacité d’engager des sommes comparables, voire supérieures, à celles des plus grandes nations scientifiques. Selon Yves GAUDIN, directeur de recherche CNRS, en 2018, le budget recherche du CNRS était sept fois inférieur à celui d’Amazon.
Justement, parlons-en ! Les recherches au CNRS sur les coronavirus sont un exemple édifiant du manque de vision de nos gouvernants successifs : entamées au début des années 2000, elles ont été mises en cale sèche en 2006 par manque d’intérêt des politiques ! Les recherches ont continué sur leur lancée, mais avec des financements de plus en plus maigres et des conditions de travail qui, peu à peu, se sont dégradées. En matière de recherche, par définition, on ne sait jamais quoi débouche, ni quand ni comment, mais on se dit tout de même qu’avec quinze ans de continuité dans l’effort on aurait pu en savoir un peu plus sur le coronavirus.
Quant à l’hôpital, la situation n’est pas meilleure. La capacité de nos hôpitaux s’est dégradée de manière très importante au cours de la décennie écoulée, avec pour conséquence la situation actuelle : le manque de lits, de places en soins intensifs, de matériel de réanimation et de protection (masques, gels hydro alcooliques, combinaisons, etc.). Comme le souligne avec consternation le Pr Philippe JUVIN, chef des urgences de l’hôpital Pompidou « La France est aujourd’hui un pays sous-développé en matière de santé : sinon, comment appelez-vous un pays qui n’est pas capable de fournir un masque à ses concitoyens ?! »       

Pour reprendre la métaphore guerrière, notre pays a été désarmé.
Par mauvaise stratégie ?
Si en 1939, la stratégie n’avait pas été bonne ; en 2020, la stratégie, la communication, la gestion de la crise sanitaire provoquée par ce coronavirus ont été calamiteuses.
Pour le moins A. BUZYN, médecin & ministre de a Santé, savait ce qui allait se produire. Elle affirme maintenant : « Je pense que j’ai vu pour la première fois, ce qui se passait en Chine » en décembre 2019. Le 30 décembre, l’institut Pasteur est alerté. Le 10 janvier, l’OMS a rapidement confirmé l’exposition de l’Europe au virus en déclarant le continent comme nouvel « épicentre » de la pandémie. A. BUZYN dit avoir alerté le directeur général de la santé et envoyé le 11 janvier 2020, un message au Président sur la situation et le risque qu’elle faisait courir à la France. Elle avait compris avant tout le monde que le pire allait advenir.

En janvier, le gouvernement communique en résumé que c’est une grosse grippe qui tue les vieux chinois. Pas grave… Alors que la Chine compte ses morts et met 40 millions de personnes en quarantaine, construit deux hôpitaux en 15 jours…
Le 13 janvier 2020, A. BUZYN classe la Chloroquine (le fameux remède actuellement testé à Marseille) dans les substances vénéneuses (disponible seulement sur ordonnance), alors que cela fait 50 ans qu’elle est en vente libre.
Le 24 janvier 2020, pendant que tout le monde en Chine commence à porter des masques, que la ville de WUHAN est bouclée, la ministre dit « Le risque de propagation du coronavirus dans la population est très faible. » Peu de chances pour que le virus atteigne la France !  
Le 30 janvier 2020, elle dit avoir averti Édouard PHILIPPE que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Il est clair que tout le microcosme autour du pouvoir savait à quoi il fallait s’attendre, y compris bien sûr Macron … Et aucune mesure ne fut prise à l’époque pour essayer d’affronter la catastrophe et d’éviter une hécatombe. C’est assez terrifiant !
En février le discours lénifiant continue : on est les plus forts, le virus n’arrivera pas ici, ce n’est pas grave !
BUZYN quitte son ministère, en sanglots, le 17 février 2020,et déclare aujourd’hui, à postériori : « On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade ». « Quand j’ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. » Mais pourquoi n’a-t-elle pas appliqué la « jurisprudence Chevènement » qui permet à un ministre de démissionner et, le jour dit, de convoquer la presse en expliquant les raisons de son départ du gouvernement, en l’occurrence qu’elle ne pouvait cautionner la politique suicidaire de MACRON en matière de sécurité sanitaire. La morale y aurait trouvé son compte et la politique une certaine noblesse. Mais voilà, par son silence complice et ses mensonges des gens sont morts. Comment expliquer qu’elle se soit laissée entraîner dans cette histoire foireuse des élections municipales à Paris pour remplacer ce GRIVEAUX, tout aussi foireux, si ce n’est pour soutenir encore cette macronie coupable ?
Pendant ce temps, le coronavirus frappe fort en Italie ? C’est parce que les Italiens sont cons, pas grave ! Mais on laissera tout de même se tenir une rencontre sportive entre Italiens et Français.
Fin février 2020 : la situation n’est toujours pas grave. On va continuer à vivre normalement.
Le 7 mars 2020, alors que le virus se répand à travers la France et le Monde, le président de la République parade dans les rues de Paris pour inciter les parisiens à continuer à aller au théâtre ! On est au stade 2, tout va bien ! Pendant que l’Italie se confine le 8 mars !
Se saisir du problème, informer, anticiper ? Non, non, il ne faudrait pas ralentir l’économie… Tous ceux, professeurs de médecine, spécialistes, chercheurs qui sonnent l’alarme (traitement à la chloroquine, porter des masques, dépistage de masse, fermer les frontières) se font insulter par les serviteurs du pouvoir, de Jean-Michel APATHIE à Christophe BARBIER en passant par l’ineffable Michel CYMES et bien sûr l’inévitable porte parole du gouvernement Sibeth NDIAYE.
15 mars 2020 : Pas grave… 48 millions d’électeurs sont invités à aller voter dans 35 000 communes… comme si le virus ignorait les frontières et respectait les municipales… Mais cela accompli, nos gouvernants adjurent aussitôt la population à ne pas sortir de chez elle.
Le 16 mars 2020 : ça y est. Macron claironne : « On est en guerre ! On est en guerre !! On est en guerre !!! ». Le voici qui prononce un discours en faveur de cet État providence tant décrié encore quelques jours auparavant par lui et ses sbires… Le voilà qui voudrait mobiliser une armée qu’il a contribué, dans la suite de SARKOZY et HOLLANDE, à désarmer !
Comparaison n’est pas raison, mais enfin…
Si le manque de réactivité est le fruit d’une grossière erreur stratégique, si le pays se montre désarmé, comment, dans ces conditions, oser vouloir apparaître en « père de la nation » protégeant son peuple ?
MACRON n’a rien compris sur les causes de cette situation… Fondamentalement s’il y a une guerre, c’est celle contre les revenus du travail, contre une meilleure démocratie. Cette guerre a été jusque là gagnée par ce système néolibéral globalisé, qui a poussé la production de n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment, à partir du moment que cela coûte « moins cher que moins cher », afin de décupler les profits financiers. C’est ainsi qu’a été réalisé le « casse du siècle » ! Cela nous coûte très cher aujourd’hui et nous empêche de disposer de moyens de lutte contre les défis qui nous préoccupent tous : réchauffement climatique, biodiversité, risque d’effondrement, etc.
MACRON se serait-il trompé de guerre ? Pourtant les messages d’alerte n’ont pas manqué : opposition à la modification du code du travail, manifestations des gilets jaunes, mouvements pour la protection de l’environnement, mouvements contre le projet de réforme de la retraite, manifestations dans les milieux hospitaliers, dans les EHPAD, etc. … Les réponses ont été minables, lamentables. Entre autres on se souviendra du « Je garde le cap » … Ou pire « Qu’ils viennent me chercher » … Un désastre !

Nous disions mauvaise stratégie ? Impréparation ?  
Si gouverner, c’est prévoir, comment le faire quand le système de gouvernance est devenu le problème ? Pourtant, nous avons tous conscience que nous allons être dans l’obligation de changer, de prendre en main le changement du modèle de développement de notre société, de transformer notre façon de vivre, de consommer…
Boris Cyrulnick pense qu’après chaque crise il y a un changement de culture, la vie ne reprend pas comme avant.
Quels changements, dans quels domaines ? La culture ? Les valeurs ? Etc.
Va-t-on comprendre que l’individualisme nous a couté très cher collectivement ?
Va-t-on ralentir, se poser la question du temps, de la façon dont nous le traitons. ?
Va-t-on se concentrer sur nos vrais besoins, pour cesser le gaspillage ?
Quelle place pour l’argent ?Cela nous pose beaucoup de questions… particulièrement dans ce moment où l’ensemble de notre système politique est actuellement bloqué à tous les niveaux, du mondial au national, de l’ONU où la représentation des pays n’est pas démocratique, en passant par l’UE devenue une vraie prison juridique d’orientation néolibérale, mais aussi en France coincée dans cette V° République monarchiste et si peu démocratique, avec son empilement de collectivités locales auxquelles les citoyens ne comprennent pas grand-chose…

Comment sortir de ce blocage ?
Le risque d’un retour au monde d’avant crise viendra des néolibéraux, partisans du profit sans limite : ils vont essayer de reprendre l’initiative, de conserver le pouvoir… Ils seront suivis en cela par des gens de tous milieux qui effrayés par l’inconnu d’un futur à construire, voudront reconstituer à l’identique les conditions de vie qu’ils ont connues.
Un changement profond du fonctionnement de nos sociétés ne pourra que passer par une catharsis collective pour chasser le démon du néolibéralisme qui nous a possédés.
Nous, citoyens-es, devrons d’abord penser et choisir le monde à construire demain ce qui passe par une révision radicale de nos priorités. Ensuite il faudra réfléchir aux institutions les plus adéquates pour traiter au delà de la seule pandémie la crise environnementale que nous avons provoquée et qui menace notre existence.

Cela passera donc par une action politique.
Si notre pays a été désarmé depuis des années. L’équipe d’incompétents qui est arrivée au pouvoir suite à la faiblesse démocratique de nos institutions, n’a pas été à la hauteur, il faut la chasser, mais cela ne suffira pas si les conditions institutionnelles qui ont permis leur prise de pouvoir sont maintenues. Dans l’immédiat et pour assurer la continuité de la République, il faut provoquer de nouvelles élections législatives, mais aussi reprendre cet exercice manqué des élections municipales. Mais simultanément, le pays a besoin de construire un autre projet, de conduire une autre politique et de cela, le peuple doit pouvoir en débattre et légiférer au sein d’une Assemblée constituante réellement représentative.
Les moyens de déposer nos gouvernants actuels existent :
Politiquement, il est possible d’organiser un référendum révocatoire contre Macron, trop protégé par son immunité constitutionnelle et un parlement à sa botte.
La constitution de la V° République, nous le permet :  
ARTICLE 3. La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum.
ARTICLE 68. Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour.
Juridiquement, si tous les manquements, impérities et mensonges sont établis sont établis par des actions en justice, nous allons vers le jugement d’un des plus grands scandales d’État que la France ait connu. Ainsi, si Madame Buzyn a dit la vérité sur la connaissance par le gouvernement de l’imminence de la pandémie, la responsabilité pénale de tous ces décideurs publics sera engagée. Les textes existent dans le code pénal, ceux là même qui furent utilisés dans l’affaire du sang contaminé. La Cour de Justice de la République devra être saisie d’une procédure dirigée contre les ministres pour dire si leur défaillance est établie, et prononcer, si nécessaire à leur encontre les sanctions à la mesure du dommage subi.

            Pour continuer la comparaison avec la guerre… Inspirons nous des résistants de la 2° guerre mondiale, considérés par le régime de Vichy comme des ennemis et aujourd’hui comme des héros. Souvenons-nous que se sont eux qui ont établi, à la fin de la guerre, (il fallait y penser et oser !) le programme d’action du CNR (Conseil National de la Résistance) (1) nommé « Les Jours Heureux » avec au cœur une formule qui devrait nous inspirer aujourd’hui « Chacun selon ses moyens et chacun selon ses besoins ». Programme basé sur la prise en considération des biens communs, particulièrement la mise en place de la sécurité sociale, soit la couverture maladie et retraite. C’était alors la fondation d’un Etat Providence détruit peu à peu par une succession de gouvernants, dévoues à l’idéologie néo libérale, aujourd’hui nous en payons chèrement les conséquences.

Oncle JEF pour le Clairon de l’Atax le 10/04/2020

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Notes:
  1. Voir appel de J.F LAMBERT sur ce numéro du Clairon
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2 commentaires

Martine ROUCH

Super boulot ! MERCI.

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Burger Catherine

Merci pour ce rappel chronologique implacable et impeccable, reste à conserver notre combativité pour la suite

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