Une constance dans l’erreur

Qui peut encore croire, sinon Macron lui-même, qu’il peut incarner la raison et l’intérêt commun ?

Prestidigitateur illusionniste (Image par Mohamed Hassan de Pixabay)

E. Macron été élu en 2017 à la présidence de la République Française sur un programme de réforme de l’État, de relance de l’économie et de redynamisation de la société. La politique mise en œuvre pour concrétiser ce programme a provoqué des oppositions qui ont dépassé le strict cadre partisan et provoqué des troubles sociaux et sociétaux importants et variés. Citons pour mémoire : les ″Gilets jaunes″, la bronca des élus locaux, l’opposition massive à la réforme des retraites et à la réforme de l’assurance chômage, à la privatisation de communs (Barrage de Sivens, Méga bassines de Sainte Soline), les réactions à la rétraction gouvernementale en matière de protection de l’environnement et de santé publique (par ex : pesticides), le changement de cap de la politique énergétique de la France et récemment la tentative de contournement des accords de Nouméa qui provoque des réactions violentes au sein de la population de Nouvelle Calédonie.

Une gouvernance qui pose question

Au bout de 7 ans d’exercice présidentiel, toutes les réformes entreprises, parfois dans des conditions de contrainte de la représentation nationale ou de contournement de la société civile, ne semblent pas avoir atteint leur but.
Ainsi la réindustrialisation de la France peine à se faire, il n’y a pas de changement notable en matière d’emploi et de chômage, la dette se creuse malgré les sacrifices demandés aux citoyens et l’attrition continue des services publics, à l’étranger la France est décrédibilisée par les errements d’une politique étrangère prétentieuse et contradictoire, etc.
Devant ce manque de résultats probants, E. Macron et ses affidés donnent non seulement l’impression de ne pas être capables de faire des choix politiques efficients, mais aussi de persister dans l’erreur. « Cuiusvis hominis est errare : nullius nisi insipientis perseverare in errore », Cicéron (1)

Ces choix politiques et leurs effets ont déclenché le rejet et la révolte de parties importantes de la société qui les perçoivent comme un recul de l’État social au profit de nouvelles dispositions contraires à leurs intérêts et aspiration. Ce ressenti de mesures néfastes, imposées sans réelle consultation, a provoqué et provoque encore des grèves et des manifestations auxquelles répond une escalade de la répression policière, accompagnée de tentatives, parfois réussies, de restriction des libertés publiques.
La propagande gouvernementale, associée aux médias de formatage détenus par quelques oligarques du Cac 40, tend à faire passer certaines manifestations de révolte pour des actes insurrectionnels (2), ce qui permet aux macornistes et à leurs alliés de justifier l’accroissement de la violence policière (Ndlr : Seule la révolte actuelle en Nouvelle Calédonie peut être qualifiée d’insurrectionnelle dans la mesure où elle est armée).

Le recours au ″chevalier blanc ″et à l’autorité du premier de cordée…
Lorsque les tensions deviennent trop fortes, E. Macron scotomise le fait qu’il est à leur origine et se met en scène comme l’arbitre impartial, au-dessus de la mêlée, qui va rétablir, grâce à son génie pacificateur et consensuel, une situation qu’il n’aurait ni voulue, ni souhaitée. Comme le dit si bien Molière : « Selon divers besoins il est une science, D’étendre les liens de notre conscience, Et de rectifier le mal de l’action Avec la pureté de notre intention » …
Dans cette opération perverse, le gouvernement et les services de l’État tendent à être discrédités aux yeux de l’opinion, car le comportement de Macron semble lui suggérer : ″décidément ils ne savent pas faire, il faut que je m’occupe de tout moi-même », tandis qu’en même temps notre ″premier de cordée″ renforce sa stature de ″commandeur des crédules″.
Ainsi, E. Macron, ne cesse de se mettre en scène dans le rôle d’arbitre et de recours suprême. Le décor et la partition peuvent changer, mais il y tiendra toujours le rôle du « Deus ex machina »! Ici ce sera une apparition solennelle à la télé, là ce sera la duperie spectaculaire d’une ″Convention citoyenne sur le climat″ censée lui fournir un projet qu’il s’engagera à exécuter à la tête de son exécutif… et aujourd’hui, sorti de son chapeau, c’est un voyage éclair en Nouvelle Calédonie qui brûle, pour y installer une mission pacificatrice de son crû….

Où s’origine cette politique désastreuse, poursuivie envers et contre tout par E. Macron ?
Les incohérences et erreurs de la gouvernance macroniste suscitent de plus en plus de questions en France comme à l’étranger, même au sein de pays ″amis″ et partenaires. S’agit-il de l’obsolescence de nos institutions ? De la concentration du pouvoir politique aux mains d’une caste trop homogène et en déficit d’expérience, comme le suggérait récemment L. Jospin ?
Plus fondamentalement, les errements de la gouvernance macroniste semblent relever d’une mauvaise interprétation de la doxa néolibérale dont E. Macron s’est pourtant fait le chantre.
Schématiquement : celle-ci propose de substituer à l’accès de tous à des services publics non marchands censés répondre à des besoins essentiels définis collectivement, le libre accès de tous à des services marchands, choisis individuellement. Aux services publics gratuits financés par l’impôt, on substitue des services choisis et payés par le consommateur. Mais ce système, censé “booster” l’économie marchande, implique d’aider financièrement ceux qui n’ont pas les ressources nécessaires pour satisfaire à minima des besoins qui pour eux sont des nécessités ; d’où la mise en place d’aides sociales diverses ″qui coûtent un pognon de dingue (E. Macron).
Ce que Macron et ses exécutants semblent ne pas avoir compris en persistant dans leur acharnement à réduire simultanément service public et aides sociales c’est que même pour leurs maîtres à penser néolibéraux, on ne peut pas détruire les deux en même temps

Combien de temps allons-nous encore subir ces incohérences et ce déclin du politique ? Nous y avons notre part de responsabilité. En 17 ans nous avons réussi a élire : un  président qui ne cesse d’essayer d’échapper à la Justice, un autre qui se tient coi pour échapper aux critiques d’un quinquennat aussi médiocre que trompeur et un autre à la dérive autocratique et violente. Qui peut encore croire, sinon Macron lui-même, qu’il peut incarner la raison et l’intérêt commun ?

Hubert Reys pour le Clairon de l’Atax le 22/05/2024

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Notes
  1. « C’est le propre de l’être humain de se tromper ; personne sinon l’insensé ne persiste dans son erreur. »[]
  2. cf. : barrage de Sivens, ou la méga bassine de Sainte Soline[]
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